Tendances sur ordonnances

Une étude américaine examine certaines tendances récentes (1996-2006) en matière de traitements psychotropes, parmi la patientèle vue aux cabinets des psychiatres installés. Bilan essentiel : on observe une « augmentation significative » du volume des prescriptions médicamenteuses par les psychiatres libéraux, concernant aussi bien les antidépresseurs que les neuroleptiques. Ce constat corrobore des statistiques déjà connues : en comparant par exemple les ordonnances rédigées (outre Atlantique) entre les années 1974-1979 d’une part et 1990-1995 d’autre part, on a observé une multiplication par treize de la proportion des patients prenant « trois médicaments psychotropes ou davantage » (43,8 % vers 1995, contre seulement 3,3 % avant 1980).

Cette tendance peut se décomposer en associations médicamenteuses justifiées (car leur efficacité a été démontrée rigoureusement par des essais thérapeutiques contrôlés) et en associations moins légitimes et hasardeuses. Les auteurs déplorent la propension des psychiatres (américains) à recourir ainsi à des combinaisons de molécules dont l’intérêt n’a jamais été prouvé par des essais contrôlés. Ce phénomène s’avère inquiétant, car il expose les patients à des risques préjudiciables d’interactions médicamenteuses, et de surcroît sans bénéfice compensateur, en termes d’efficacité ni d’évolution escomptée. La prudence voudrait pourtant que les médecins limitent toujours leurs prescriptions à des indications « clairement justifiées » (clearly justifiable).

Indépendamment de ces tendances (ou au contraire, à cause d’elles), de nouvelles études s’imposent pour vérifier l’efficacité et la sécurité de nos ordonnances, « en particulier pour les patients souffrant de pathologies multiples ou ne répondant pas à une molécule unique ». Devant ces orientations préoccupantes de la psychiatrie américaine, deux attitudes sont possibles : espérer qu’elles ne sont pas transposables à la psychiatrie française, ou admettre que l’enseignement du médicament est un ouvrage devant être remis sur le métier, toujours et partout, tel un défi permanent digne de Sisyphe ou des Danaïdes...

Dr Alain Cohen

Références
Mojtabai R et Olfson M : National trends in psychotropic medication
polypharmacy in office-based psychiatry. Arch Gen Psychiatry 2010 ; 67 : 26-36.

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