Le syndrome métabolique guette le personnel soignant de nuit

Plusieurs études, transversales ou rétrospectives, ont établi un lien entre travail de nuit et développement d’un syndrome métabolique (SM), celui-ci étant grevé à son tour d’un quasi-doublement du risque d’événements coronariens et d’un risque d’AVC multiplié par 2 à 3. Des auteurs italiens se sont plus particulièrement intéressés à cette relation au sein du personnel soignant.

L’évaluation a porté sur 738 infirmières et infirmiers de deux CHU et d’un hôpital général, indemnes de toute composante du SM à l’entrée dans l’étude et qui ont été suivis de janvier 2003 à décembre 2007. Les critères de SM retenus étaient ceux du National Cholesterol Education Program c'est-à-dire la présence d’au moins trois des éléments suivants : tour de taille ≥ 102 cm chez l’homme,  ≥ 88 cm chez la femme ; triglycéridémie ≥ 150 mg/dl ; HDL-cholestérol < 40 mg/dl chez l’homme, < 50 mg/dl chez la femme ; pression artérielle ≥ 130 mmHg ou ≥ 85 mmHg ; glycémie plasmatique à jeun ≥ 100 mg/dl.

Quatre cent deux infirmières et infirmiers travaillaient de nuit et 336 de jour, sans différence significative de fréquence de facteurs de risque cardiovasculaire entre les deux groupes. Les premiers, âgés en moyenne de 38,9 ± 8,4 ans, comprenaient 30,9 % d’hommes, 29,7 % de fumeurs, 17,9 % de sujets consommant quotidiennement plus de 30 g d’alcool ; leur tour de taille moyen était de 80,4 ± 9,7 cm, 34,3 % avaient un antécédent familial d’obésité, d’HTA, d’hyperlipidémie, de diabète, ou de cardiopathie ischémique patente, ou bien plusieurs de ces antécédents, et 79,1 % avaient un mode de vie sédentaire. Les chiffres correspondants, chez les seconds, travaillant de jour, étaient : 37,9 ± 8,5 ans, 27,5 % d’hommes, 27,1 % de fumeurs, 20 % de buveurs d’alcool ; 79,2 ± 9,3 cm de tour de hanche, 30,4 % de sujets ayant des antécédents familiaux cardiovasculaires et métaboliques ; et 77,1 % de sédentaires.

Les résultats montrent une incidence cumulée de SM, pour l’ensemble de la population d’étude, de 5,7  % (42/738). Chez les soignants travaillant de nuit, l’incidence cumulée de SM était de 9 % (36/402) ; chez ceux travaillant de jour, elle était de 1,8 % (6/336) (risque relatif : 5,0 ; IC à 95 % : 2,1-14,6).

Le taux d’incidence annuelle de SM était de 2,9 % chez les infirmiers et infirmières travaillant de nuit, de 0,5 % chez ceux travaillant de jour (p < 0,001).

L’analyse met en évidence, au sein de toute une gamme de variables sélectionnées (notamment l’âge, le sexe, le tabagisme, la consommation d’alcool, les antécédents familiaux, l’activité physique, les horaires de travail), deux facteurs prédictifs de la survenue d’un syndrome métabolique :

- la sédentarité, avec un ratio de risque de 2,92 (IC à 95 % 1,64-5,18) ; p = 0,017) ;
- le travail de nuit (ratio de risque = 5,10 ; 2,15-12,11 ; p < 0,001).

Cette étude, selon les auteurs la première sur le sujet conduite de façon prospective, porte sur une population d’infirmières et infirmiers relativement jeunes, et indemnes de toute composante du syndrome métabolique à l’inclusion. Elle associe fortement SM et travail de nuit, et appelle à la prise en compte des altérations, même légères, de la pression artérielle, de la glycémie et des taux sanguins de lipides, du poids corporel, au conseil médical et diététique, ainsi qu’à la mise en œuvre d’études prospectives chez les travailleurs exerçant de nuit d’autres activités professionnelles.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Pietroiusti A et coll. : Incidence of metabolic syndrome among night-shift healthcare workers. Occup Environ Med 2010 ; 67 : 54-7.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Ce ne sont pas des sujets lambda

    Le 12 février 2010

    Qui choisit de travailler la nuit ?
    Une étude visuelle suffit à noter que les adeptes du travail nocturne, je l'ai fait à tous les postes para médicaux et médicaux, ne sont pas des sujets lambda, je parle du personnel qui ne fait que ça.

    Dr, Roger Turbide, Cardiologue /I.D.F.

Réagir à cet article