Sida : la Cour des comptes tacle le ministère de la Santé

Paris, le jeudi 11 février 2010 – La Cour des comptes s’atèle parfois à épingler l’action globale d’un ministère face à un sujet majeur. On se souvient ainsi, comment, dans le domaine de la Santé, elle avait relevé en 2000 les insuffisances de la lutte contre le cancer. Cette année, son attention s’est portée sur les actions des pouvoirs publics face au Sida. Ses commentaires se font souvent acerbes et invitent le ministère de la Santé à reprendre en main « une politique publique insuffisamment active ». Le premier marqueur de ces « insuffisances » est aux yeux des magistrats de la rue Cambon la différence entre le coût de la prise en charge sanitaire (1,1 milliard d’euros en 2007 pour le seul régime général de la sécurité sociale) et les dépenses publiques « consacrées à la prévention et au dépistage du VIH » qui en comparaison présentent « un caractère marginal (environ 54 millions pour la prévention et 34 millions pour les consultations de dépistage anonyme et gratuit », signale le rapport publié ce mardi 9 février.

Un trop grand pouvoir laissé aux associations ?

Au-delà de ces considérations financières, la Cour des comptes semble remettre en cause le manque de volonté du ministère de la Santé. Quelques remarques se font ainsi cinglantes : « Parfois le ministère de la santé paraît plus jouer le rôle d’un arbitre des débats entre associations, que celui d’un décideur d’orientations publiques » ! Plusieurs exemples sont données illustrant cette faiblesse du ministère face aux organisations et notamment le fait que « l’expérimentation en cours de tests de dépistage rapide » prenne place « non seulement dans des services d’urgence hospitalière, mais aussi dans le cadre communautaire et non médicalisé de l’association Aides ».

Les séropositifs pas assez souvent mis face à « leurs responsabilités » !

Trop souvent influencé par les orientations dessinées par les associations, le ministère pêche également par un manque de structuration de ses plans pluriannuels dédiés au Sida. L’un des défauts majeurs de ces programmes semble résider notamment dans l’absence, jusqu’à une époque très récente, d’objectifs chiffrés et par des défauts dans le suivi de l’application de ces plans. Et le contenu même de ces programmes est remis en cause. La Cour des comptes regrette notamment que les messages destinés aux personnes séropositives se limitent la majeure partie du temps à lutter contre la discrimination dont peuvent être victimes les malades. « Si les campagnes télévisuelles soulignent de manière récurrente la nécessaire solidarité à l’égard des personnes infectées, son corollaire, la responsabilité de celles-ci à l’égard d’autrui n’est pas abordée. Même dans les canaux spécialisés de diffusion de message de prévention en direction des homosexuels, les comportements responsables des personnes séropositives ne sont pas valorisés », assène le rapport, dans une remise en cause sévère de certains choix des pouvoirs publics quant à leurs messages sur le VIH/Sida. Par ailleurs, les magistrats de la rue Cambon regrettent avec force qu’au cours des vingt dernières années aucune action claire n’ait été réalisée en faveur d’une « réglementation sanitaire des établissements de rencontres ».

Saupoudrage

Sur ces différents points, la Cour invite le ministère de la Santé à agir à travers différentes propositions qui outre l’instauration « d’une réglementation sanitaire des établissements de santé » et une meilleure structuration des plans de santé publique dédiés au Sida recommandent une amélioration « substantielle du dispositif de dépistage » et la fin « du saupoudrage et de la multiplication des subventions à des associations n’ayant pas une capacité d’action suffisante ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Dépistage chez la femme enceinte

    Le 11 février 2010

    Pourquoi le dépistage du VIH n'est pas obligatoire chez la femme enceinte comme la rubéole, la toxoplasmose, la syphilis alors qu'il existe un traitement efficace pour le foetus ?

    Marc Besson-Leaud

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