MICI : des patients à haut risque de thromboses veineuses

Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI), terme qui regroupe schématiquement maladie de Crohn et rectocolite hémorragique, s’accompagnent d’un risque accru d’événements thrombo-emboliques veineux (ETEV) lors des poussées. De ce fait il est habituel de prescrire une thrombo-prophylaxie lors des hospitalisations pour MICI. Cependant l’importance de ce risque est mal évaluée et l’on ne sait pas si la fréquence des ETEV est également élevée en dehors des périodes d’hospitalisation.

Pour préciser le phénomène, une vaste étude de cohorte a été conduite au Royaume Uni. Au total, 13 756 patients atteints d’une MICI et inclus entre novembre 1987 et juillet 2001 dans une base de données de recherche en médecine générale ont été comparés à 71 672 témoins appariés par l’âge le sexe et le médecin traitant.

Un risque multiplié par plus de 15 lors des poussées suivies en ambulatoire

Au cours d’une période de surveillance moyenne de 3,9 ans, 139 ETEV sont survenus chez les patients contre 165 chez les témoins soit une multiplication par 3,4 de la fréquence de la maladie thromboembolique veineuse en cas de MICI (p<0,0001). Le risque était particulièrement élevé lors des poussées (définies par la prescription de corticoïdes) avec une fréquence des ETEV multipliée par 8,4 (p<0,0001), mais restait significatif lors des phases d’activité chronique (multiplication de la fréquence par 6,5) ou même des rémissions (multiplication par 2,1).

Lorsque phase d’hospitalisation et période ambulatoire ont été comparées, il est apparu que l’augmentation de fréquence des ETEV était plus importante en ambulatoire (multiplication par 4,3) qu’en hospitalisation (multiplication par 2,1), le risque maximum par rapport aux témoins étant retrouvé lors des poussées traitées en ambulatoire (multiplication de la fréquence des ETEV par 15,8 ; p<0,0001). Ce risque moins élevé en apparence lors des hospitalisations s’explique peut-être par les thrombo-prophylaxies prescrites lors des phases hospitalières de la maladie.

Une étude de ce type a bien sûr de nombreuses limites, notamment car on manque de précisions sur l’état clinique des patients (pas d’indice d’activité des maladies), qu’une tendance à plus souvent diagnostiquer des ETEV lors des poussés est possible et que l’on ne sait rien des prophylaxies prescrites.  

Cependant, il semble que le risque thrombo-embolique veineux des MICI soit bien confirmé par ce travail. Il apparaît corrélé à l’activité de la maladie mais il subsiste même en phase chronique ou lors des rémissions. Par comparaison avec d’autres types de populations à risque, la fréquence des ETEV est apparue plus élevée lors des poussées de MICI traitées en ambulatoire que lors d’une grossesse ou du post-partum et équivalente à celle observée chez des patients atteints de cancer.

Selon les auteurs, pour limiter ce risque, des stratégies de prophylaxie pourraient être mise en place non seulement lors des hospitalisations, comme c’est souvent déjà le cas, mais aussi en cas de poussées sévères (car traitées par corticoïdes) prises en charge en ambulatoire. Cette prévention pourrait être basée sur des mesures physiques (bas de contention), des héparines de bas poids moléculaire ou sur les nouveaux anticoagulants actifs per os.

Dr Céline Dupin

Référence
Grainge M et coll. : Venous thromboembolism during active disease and remission in inflammatory bowel disease : a cohort study. Lancet 2010 ; publication avancée en ligne le 9 février 2010 (DOI :10.1016/S0140-6736(09)61963-2).

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article