Exclusif : pour les professionnels de santé, il faut autoriser les recherches sur les cellules souches embryonnaires

Paris, le mardi 16 février 2010 – Il est des sujets, relevant peu ou prou de l’éthique, où la position des professionnels de santé s’éloigne quelque peu de celle de l’opinion publique générale. Sans doute, leur expérience leur apporte en effet sur certaines questions un jugement plus aiguisé et en tout état de cause différent. Il en est notamment ainsi de la légalisation de l’euthanasie, qui si elle est largement plébiscitée au sein de la population générale, est moins largement acceptée par les soignants. Or, on peut supposer que les freins rencontrés dans la communauté médicale expliquent l’immobilisme des pouvoirs publics pourtant confrontés régulièrement à cet écueil. Il eut pu en être de même en ce qui concerne la recherche sur les cellules souches embryonnaires ; la réticence des professionnels de santé aurait alors expliqué la défiance des pouvoirs publics dans ce domaine. Pourtant, à l’instar de l’ensemble des sociétés savantes et des institutions s’étant penchés sur le sujet (de l’Académie de médecine à l’Académie de pharmacie en passant par l’Agence de biomédecine ou encore le Conseil d’Etat) et sans différence avec les Français (qui se sont exprimés sur ce point lors des états généraux de la bioéthique), les professionnels de santé sont majoritairement favorables à une « autorisation pure et simple des recherches sur les cellules souches embryonnaires ». Alors que la législation actuelle interdit ce type de travaux, mais a cependant mis en place un moratoire d’une durée de cinq ans qui a permis à des dizaines d’équipes françaises de mener des expériences utilisant ces cellules, l’opportunité d’une autorisation franche est interrogée à la veille de la révision des lois de bioéthique. Cette option séduit, selon notre sondage réalisé sur notre site du 2 au 12 février, 63 % des professionnels de santé (sur 230 répondeurs). Une minorité, 18 %, s’est prononcée en faveur d’un statu quo en la matière, c'est-à-dire pour le maintien de l’interdiction assortie de dérogations. Enfin, une proportion similaire (17 %) a estimé que ce type de travaux devait être totalement exclu.

Vers des débats parlementaires passionnés ?

Les résultats de notre sondage rendent plus difficilement compréhensible encore la position des députés et du ministre de la Santé. On le sait, la mission d’information parlementaire chargée de se pencher sur la révision des lois de bioéthique a estimé que devait être maintenue l’interdiction actuelle, mais a proposé que le moratoire soit assoupli. Cette orientation devrait sans doute être reprise dans le projet de loi en cours de préparation au ministère de la Santé, Roselyne Bachelot ayant en effet à plusieurs reprises fait part de sa volonté de maintenir le dispositif en l’état. Cependant, au vu des divergences qui se sont exprimées au sein de la mission sur cette question et tandis que les scientifiques devraient multiplier leurs interventions auprès des parlementaires afin de leur démontrer l’importance de libéraliser la recherche sur les cellules souches embryonnaires, les débats devraient être vifs à l’Assemblée et au Sénat. Il est certain, que forts du soutien de l’ensemble de la population et des professionnels de santé, les élus partisans d’une autorisation sans dérogations auront plus d’une voix à faire entendre. Sans nul doute, cette question sera l’un des enjeux centraux de ces nouvelles lois de bioéthique.

Aurélie Haroche

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