La Suisse veut lutter contre l’évasion létale

Zurich, le mercredi 17 février 2010 – A la fin de l’année 2005, le parlement zurichois chargeait l’Office fédéral de la justice (OFJ) helvète de se pencher sur l’opportunité de mieux réglementer les pratiques d’euthanasie en Suisse. Les législations en vigueur dans le pays sont en effet caractérisées par leur imprécision. Si l’euthanasie active directe est formellement interdite, l’euthanasie active indirecte n’est pas l’objet de poursuites judiciaires, dans la mesure où certaines conditions sont respectées. Ce relatif « flou juridique » a contribué à la création de plusieurs organisations qui se sont spécialisées dans le suicide assisté. L’activité de ces associations est loin d’être toujours observée d’un œil serein par la population et les dirigeants politiques, notamment parce qu’elle a engendré un « tourisme de la mort » qui voit chaque année des dizaines d’étrangers, le plus souvent britanniques, allemands et français, choisir comme destination finale les cantons helvètes. Pourtant, l’OFJ n’avait pas considéré nécessaire de légiférer face à ce phénomène. S’il convenait qu’il fallait « prendre des mesures », ces dernières ne devraient pas être « autres que celles qui sont d’ores et déjà possibles s’agissant de l’assistance au suicide », précisait, sibyllin, l’OFJ.

Vers une votation populaire pour la création d’une taxe, digne de Caron

En réponse à cette recommandation, le président du Parti de l’Union démocratique de la Suisse Fédérale à Zurich, Daniel Suter a soumis récemment au parlement zurichois un texte visant à créer une taxe s’imposant aux organisations qui accueillent des étrangers, en vue d’un suicide assisté. Pour justifier cette contribution qui pourrait s’élever à 34 000 euros (50 000 francs suisses), pour chaque candidat étranger au suicide, accueilli par une organisation suisse, il est rappelé que ces autolyses particulières engendrent fréquemment des frais de procédure, liés à l’ouverture d’une enquête et souvent à la réalisation d’une autopsie, qui s’élèvent en moyenne à 600 000 francs suisses par an. Or, certains responsables suisses ont pu s’émouvoir du fait que leur pays soit contraint de prendre en charge de tels coûts pour des ressortissants étrangers venus chercher la mort en Suisse. Cet argument, qui va à l’encontre des principes d’égalité qui s’appliquent chez nos voisins entre les étrangers et les suisses, a suscité la réticence de certains élus, notamment dans les rangs des socialistes. D’autres arguments cependant ont pu les convaincre, comme le fait que ce tourisme de la mort contribue à ternir l’image de la Suisse. Les parlementaires zurichois ont finalement estimé par 91 voix contre 51 qu’un tel texte était recevable : il devrait être soumis à la votation populaire le 28 novembre prochain.

« Le bureau des assassinats de Jack London »

Au-delà des arguments officiels avancés par les partisans de cette taxe sur la mort, beaucoup voient dans la création de cette contribution l’occasion de troubler durablement l’activité de l’association Dignitas. Le plus connu des organismes suisses proposant des suicides assistés est en effet l’objet depuis plusieurs années de critiques. D’ailleurs, le texte retenu par le parlement souligne que la nouvelle taxe permettra de mieux lutter contre les risques de dérive. Le fondateur de Dignitas, Ludwig Minelli, qui assure que le texte entre en contradiction avec les lois fédérales suisses, réfute pour sa part toutes accusations d’abus. Pourtant, en 2008, un rapport réalisé en France par le député UMP Jean Leonetti, spécialiste de ces questions avait révélé que le critère d’incurabilité ne pouvait pas être systématiquement mis en évidence chez les patients pris en charge par Dignitas. Une étude concernant « 274 personnes accompagnées par Dignitas (….) entre 2001 et 2004 » indiquait ainsi que « 79 % souffraient d’affections incurables ». Ces résultats ainsi que des soupçons quant à la transparence financière de l’association avaient valu à l’organisation d’être comparée au « bureau des assassinats de Jack London » par un responsable de l’association française pour le droit de mourir dans la dignité, Gilles Antonowicz. En tout état de cause, la taxe qui pourrait être créée pourrait être un rude coup pour l’activité internationale de Dignitas, qui accueille en moyenne 200 étrangers chaque année. Le coût pour un étranger souhaitant recourir aux services de cette association s’élève en effet déjà à 6 000 euros. La répercussion de la taxe sur le prix de ce voyage sans retour pourrait dissuader plus d’un candidat au suicide. Une solution alternative existera cependant : pour les étrangers vivant en Suisse depuis plus d’un an, la contribution ne s’appliquera pas. Choisir l’exil avant la mort pourrait être un moyen de mourir à moindre coût… voir, si la quiétude suisse a un effet sur les maux les plus profonds d’y renoncer.

 

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article