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Dermatite atopique du nourrisson : quand suspecter une allergie alimentaire ?

Publié le 03/03/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

J.-L. BROCHOT,

Besançon

 

La dermatite atopique (DA) est fréquente et débute très tôt chez le nourrisson(1,2). Il est admis qu’il existe une relation entre l’allergie alimentaire et la DA. Mais quand doit-on chercher cette allergie ?

Chez un enfant atopique, la dermite séborrhéique laisse très tôt (dès 2-3 mois) la place à une peau sèche, notamment aux jambes, voire à un eczéma typique parfois sévère respectant la zone péribuccale et le siège. Des signes extra-cutanés peuvent précéder la DA : pleurs, RGO, vomissements. L’allergie alimentaire doit être systématiquement
recherchée surtout s’il existe des antécédents d’atopie dans la famille du premier degré (père, mère, fratrie).

Bilan

• La numération globulaire peut montrer une hyper-éosinophilie, parfois importante, signe d’inflammation. Elle permet de dépister une carence en fer ou une hémoglobinopathie.

• Le Trophatop enfant est fréquemment positif (f26 : blanc d’oeuf, lait de vache, arachide, moutarde ; f27 : poisson, noisette, soja, blé ; f28 : crevette, kiwi, boeuf, sésame).

• Il faut alors réaliser des pricktests aux trophallergènes. La peau du nourrisson est réactive : les tests seront réalisés sur les avant-bras ou sur les fesses lorsque la DA est très étendue, en dehors de tout traitement antihistaminique per os ou par corticoïdes locaux.

Les allergènes testés correspondent à ceux du Trophatop ; ils sont tous disponibles dans le commerce en dehors du lait de vache, qui doit être testé natif.

Cas particulier : l’allergie aux protéines du lait de vache (APLV)

L’APLV est précoce car l’allergène est introduit au moment du sevrage. Elle entraîne en général une DA sévère.

• Le régime d’éviction-réintroduction est la mesure la plus démonstrative et mérite d’être réalisé d’emblée lors de la première consultation chez l’enfant de moins de 6 mois non encore diversifié. Les prick-tests aux PLV et les IgE spécifiques anti-alphalactalbumine, anti-bêtalactoglobuline et anti-caséine confirment la sensibilisation et le mécanisme de l’allergie.

• Les atopy patch-tests ou le Diallertest® ne doivent être réalisés qu’en deuxième intention si les prick-tests sont négatifs.

• Les substituts du lait sont des hydrolysats extensifs (HE), à base de lactosérum (Peptijunior®, Alfaré®) ou à base de caséine (Nutramigen®, Prégestimil®, Galliagène ® Progress, Allernova®, Nutriben®). Leur introduction doit être progressive pour une meilleure acceptation. En cas d’échec, les préparations à base d’acides aminés seront utilisées (Néocate® ou Nutramigen® AA).

La diversification

S’il existe une sensibilisation, il apparaît indispensable d’en faire le diagnostic avant la diversification pour éviter une poussée de DA.

Tous les aliments habituellement consommés dans la famille doivent être introduits dès le 5e- 6e mois à l’exception des aliments testés positifs lors des tests cutanés( 3).

Il est démontré que la diversification tardive (après 6 mois) est délétère.

Étude personnelle

Un total de 3 267 dossiers d’enfants vus au cabinet ont été repris afin de connaître les enfants ayant eu un bilan allergologique pour eczéma entre 6 et 12 mois : 145 dossiers ont été retenus.

Sur 1 699 dossiers de nourrissons vus au cabinet dès l’âge de 2 mois, 54 (3 %) présentaient des symptômes évocateurs d’atopie confirmés par les prick-tests à 6 mois (avant la diversification) positifs.

Les résultats des prick-tests positifs sont présentés dans le tableau 1. Les parents des enfants ont été recontactés deux ans au moins après les prick-tests, 59 enfants sur 145 ont pu être contactés (41 %).

Ces cas ont fait l’objet d’une enquête dont les résultats sont présentés dans le tableau 2.

En pratique, on retiendra

  Le Trophatop enfant permet un dépistage facile et fiable de l’allergie alimentaire avant 6 mois lors d’un eczéma.
  Les tests cutanés peuvent et doivent être faits avant la diversification, avant 6 mois.
  La diversification ne doit plus être retardée(3,4). Seuls les aliments dont la sensibilisation a été prouvée(5) peuvent et doivent être évités et réintroduits au cours de la 2e année.
  Certains cosmétiques contiennent des dérivés alimentaires (blé) ; il faut les éliminer si l’enfant est sensibilisé.
  Cette prise en charge facilite la prise en charge de la dermatite atopique, soulage efficacement l’enfant, simplifie les traitements, diminue la consommation de corticoïdes.
  Peut-on prévenir une polysensibilisation alimentaire ? Malheureusement, cette prise en charge n’empêche pas la marche atopique(6).

Références

1. Venter C et al. Prevalence and cumulative incidence of food hypersensibility in the first 3 years of life. Allergy 2008 ; 63 : 354-9.
2. Peroni DG et al. Prevalence and risk factors for atopic dermatitis in preschool children. Br J Dermatol 2008 ; 158 : 539-43.
3. Zutavern A et al. The introduction of solids in relation to asthma and eczema. Arch Dis Child 2004 ; 89 : 303-8.
4. Zutavern A et al. Timing of solid food introduction in relation to atopic dermatitis and atopic sensitization: results from a prospective birth cohort study. Pediatrics 2006 ; 117 : 401-11.
5. Bath-Hextall F et al. Dietary exclusions for improving established atopic eczema in adults and children: systematic review. Allergy 2009 ; 64 : 258-64.
6. Sprikkelman AB et al. Development of allergic disorders in children with cow’s milk protein allergy or intolerance in infancy. Clin Exp Allergy 2000 ; 30 : 1 358-63.



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