Malgré les progrès de la thérapeutique spécifique, l’usage des
produits de médication familiale n’a pratiquement pas changé. Dans
l’American Migraine Prevalence and Prevention study, publiée en
2007, on constate que 97,9 % des patients traitent leurs crises
mais que parmi eux, 20 % suivent une prescription, près de 50 % ont
surtout recours aux OTC (over- the- counter medication) et
le reste passe de l’un à l’autre type de médicaments.
En amont de la prescription, il est recommandé au migraineux de
faire en sorte de mener une vie la plus calme possible ; il faut
aussi lui faire entrevoir la nature de ses troubles et l’intérêt
d’un traitement au long cours, ce qui n’est pas évident pour une
pathologie chronique dont les acmés sont courtes, imprévisibles et
plus ou moins fréquentes. Or les failles thérapeutiques conduisent
parfois aux urgences et l’on estime que le migraineux risque 5 fois
plus qu’un autre d’y être reçu. Il est donc important de comprendre
les motifs de mauvaise observance et d’échec de la prise en
charge.
Ces questions ont été bien étudiées et il s’avère que les
obstacles à la conduite rationnelle du traitement sont multiples,
venant du patient, du médecin, du médicament ou de la nature de la
pathologie, avec intrication possible de plusieurs origines. On
sait que l’on peut se trouver face à un usage excessif des produits
prescrits, qui peut induire la chronicité des céphalées, soit, au
contraire, à un sous dosage, un abandon rapide de la prescription,
un non respect des conditions d’utilisation, avec le plus souvent,
un délai prolongé entre le début de la crise et la prise
médicamenteuse, sans parler du « switch sauvage » déjà
évoqué. Il s’agit de faits notables puisque, par exemple, il est
apparu, dans un travail de 2005, que 49 % des membres de
l’échantillon différaient l’absorption du traitement « afin
d’être sûrs que la crise soit sévère » et pourtant,
l’intensité des accès n’est pas, en soi, un garant de bonne
observance puisqu’un autre travail américain a montré que 11 % des
1 160 migraineux étudiés, qui ne se traitaient pas comme prévu,
étaient affectés de formes invalidantes. Parmi les « entorses » à
la prescription les plus fréquentes figure l’abandon rapide
du médicament recommandé, les crises successives étant gérées
autrement. En Europe, un abandon dès la seconde crise a été
enregistré selon une fréquence allant de 55 à 61 % des
cas.
Pour ce qui est de la prophylaxie, les résultats sont aussi
navrants puisque l’on a pu montrer, dans un travail un peu ancien,
il est vrai, que seuls 34 % d’une population de migraineux
poursuivaient le traitement, même à brève échéance.
Les raisons invoquées par les patients non observants sont très
variées : déception quant à une faible efficacité ou une
inconstance de l’effet, délai d’action excessif, prix trop élevé,
nécessité de renouveler l’ordonnance…A remarquer aussi que les
prescriptions sont mieux suivies en semaine que pendant le
week-end, dans un souci de productivité mais que la simple
curiosité peut motiver l’abandon d’un produit au profit d’un autre,
puisqu’une petite étude américaine a montré que 66 % des 109
migraineux choisis étaient « satisfaits ou très satisfaits
» de leur traitement en cours mais avaient néanmoins envie d’en «
essayer un autre ».
Il est donc nécessaire de ne pas négliger les attentes des
patients et de savoir, si besoin, modifier les prescriptions. Bien
évidemment, la tolérance des produits est un argument important
pour le suivi des traitement mais il faut insister sur le fait
qu’une simple peur d’un effet indésirable potentiel peut être en
cause et que ces aspects sont rarement abordés spontanément par les
intéressés.
Au total, le médecin doit parvenir à éduquer ses patients
migraineux dans un climat de confiance, pour les convaincre
d’adopter au long cours des prescriptions, les plus simples
possibles, et qu’ils prennent ainsi une part active à la maîtrise
de leurs troubles.
Dr Françoise Ponchie Gardelle
KaticBJ et coll.: Adherence to acute migraine medication: What does it mean, What does it matter ? Headache 2010; 50: 117- 129
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