> Accueil JIM > Pour se traiter, le migraineux n’en fait qu’à sa tête !

Partenaires Partenaire





ACTUALITE MEDICALE

Pour se traiter, le migraineux n’en fait qu’à sa tête !

Publié le 04/03/2010   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Malgré les progrès de la thérapeutique spécifique, l’usage des produits de médication familiale n’a pratiquement pas changé. Dans l’American Migraine Prevalence and Prevention study, publiée en 2007, on constate que 97,9 % des patients traitent leurs crises mais que parmi eux, 20 % suivent une prescription, près de 50 % ont surtout recours aux OTC (over- the- counter medication) et le reste passe de l’un à l’autre type de médicaments.

En amont de la prescription, il est recommandé au migraineux de faire en sorte de mener une vie la plus calme possible ; il faut aussi lui faire entrevoir la nature de ses troubles et l’intérêt d’un traitement au long cours, ce qui n’est pas évident pour une pathologie chronique dont les acmés sont courtes, imprévisibles et plus ou moins fréquentes. Or les failles thérapeutiques conduisent parfois aux urgences et l’on estime que le migraineux risque 5 fois plus qu’un autre d’y être reçu. Il est donc important de comprendre les motifs de mauvaise observance et d’échec de la prise en charge.

Ces questions ont été bien étudiées et il s’avère que les obstacles à la conduite rationnelle du traitement sont multiples, venant du patient, du médecin, du médicament ou de la nature de la pathologie, avec intrication possible de plusieurs origines. On sait que l’on peut se trouver face à un usage excessif des produits prescrits, qui peut induire la chronicité des céphalées, soit, au contraire, à un sous dosage, un abandon rapide de la prescription, un non respect des conditions d’utilisation, avec le plus souvent, un délai prolongé entre le début de la crise et la prise médicamenteuse, sans parler du « switch sauvage » déjà évoqué. Il s’agit de faits notables puisque, par exemple, il est apparu, dans un travail de 2005, que 49 % des membres de l’échantillon différaient l’absorption du traitement « afin d’être sûrs que la crise soit sévère » et pourtant, l’intensité des accès n’est pas, en soi, un garant de bonne observance puisqu’un autre travail américain a montré que 11 % des 1 160 migraineux étudiés, qui ne se traitaient pas comme prévu, étaient affectés de formes invalidantes. Parmi les « entorses » à la prescription  les plus fréquentes figure l’abandon rapide du médicament recommandé, les crises successives étant gérées autrement. En Europe, un abandon dès la seconde crise a été enregistré selon une fréquence allant de 55 à 61 % des cas.                                                                                                                                        

Pour ce qui est de la prophylaxie, les résultats sont aussi navrants puisque l’on a pu montrer, dans un travail un peu ancien, il est vrai, que seuls 34 % d’une population de migraineux poursuivaient le traitement, même à brève échéance.

Les raisons invoquées par les patients non observants sont très variées : déception quant à  une faible efficacité ou une inconstance de l’effet, délai d’action excessif, prix trop élevé, nécessité de renouveler l’ordonnance…A remarquer aussi que les prescriptions sont mieux suivies en semaine que pendant le week-end, dans un souci de productivité mais que la simple curiosité peut motiver l’abandon d’un produit au profit d’un autre, puisqu’une petite étude américaine a montré que 66 % des 109 migraineux choisis étaient « satisfaits ou très satisfaits » de leur traitement en cours mais avaient néanmoins envie d’en « essayer un autre ».

Il est donc nécessaire de ne pas négliger les attentes des patients et de savoir, si besoin, modifier les prescriptions. Bien évidemment, la tolérance des produits est un argument important pour le suivi des traitement mais il faut insister sur le fait qu’une simple peur d’un effet indésirable potentiel peut être en cause et que ces aspects sont rarement abordés spontanément par les intéressés.

Au total, le médecin doit parvenir à éduquer ses patients migraineux dans un climat de confiance, pour les convaincre d’adopter au long cours des prescriptions, les plus simples possibles, et qu’ils prennent ainsi une part active à la maîtrise de leurs troubles.



Dr Françoise Ponchie Gardelle


KaticBJ et coll.: Adherence to acute migraine medication: What does it mean, What does it matter ? Headache 2010; 50: 117- 129




IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions

Pas une vue de l'esprit

Le 04 mars 2010

J'ai toujours été frappé dans mon ancienne pratique (je suis retraité) par l'inobservance des migraineux; à se demander si tout migraineux n'est pas un masochiste ! Cet article conforte mon observation: ce n'était donc pas une vue de l'esprit. J'ai remarqué cela jusque dans ma propre famille.

Dr Jean-Luc Tortel

Réagir à cet article