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Prisons : établissements géants et vidéosurveillance constante, des tendances qui ne soigneront rien

Publié le 10/03/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mercredi 10 mars 2010 – Triste record détenu depuis de nombreuses années : la France compte le plus grand nombre de suicides en prison. La situation tend en outre à s’aggraver avec 115 autolyses recensées dans les établissements pénitentiaires en 2009, contre 109 en 2008, tandis que 22 suicides ont déjà été comptabilisés depuis le début de l’année. Ces dernières années, cependant, le gouvernement a semblé déterminé à proposer de nouveaux dispositifs destinés à accroître la vigilance publique quant au respect de la dignité dans l’univers carcéral. C’est ainsi qu’a été créée, il y a deux ans, la mission de contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) charge exercée aujourd’hui par Jean-Marie Delarue. Ce dernier assure son rôle avec un esprit d’indépendance et un souci d’exhaustivité remarquable : ainsi les 215 visites effectuées l’année dernière par ses services n’ont pas seulement concerné les prisons à proprement parlé mais également les locaux de garde à vue, les centres de rétention administrative, sans oublier les unités de soins intensifs psychiatriques.

Soutien gorge soustrait : dignité perdue ?

Il rend aujourd’hui public son second rapport annuel d’activité animé par le souci de dénoncer toutes les situations qui concourent à nier la dignité des prévenus et détenus et a accroître potentiellement le risque de violence, voire de suicide. Ainsi, de façon ponctuelle, Jean-Marie Delarue signale comment la tendance à « aligner le traitement de la masse des captifs sur le comportement » des détenus les plus dangereux conduit à des pratiques pouvant affecter fortement la dignité des prisonniers. Il souligne ainsi comment les détenus sont dans la majorité des cas menés à l’hôpital entravés de menottes. Il déplore par ailleurs la persistance d’une pratique consistant à imposer le retrait du soutien gorge aux femmes incarcérées, alors que le risque de suicide utilisant ces morceaux de tissu est considéré comme « infinitésimal ». « Est-ce qu’il justifie qu’on humilie 55 000 femmes chaque année », s’interroge le contrôleur.

Big Brother en prison

Au-delà de ces phénomènes ponctuels, le rapport pointe du doigt deux tendances qui se font jour aujourd’hui dans l’organisation du système pénitentiaire et qui accroissent selon lui le sentiment profond d’une déshumanisation. Il s’inquiète tout d’abord de la multiplication des caméras de vidéo surveillance. Ces dernières sont présentes partout dans les nouveaux locaux. On en a notamment retrouvé dans une unité de soins intensifs psychiatriques, observant les entrées des visiteurs, mais également la salle de détente ou encore les chambres de patients. Pour le contrôleur, plusieurs limites doivent être respectées dans le déploiement de ces caméras. « Le droit à l’intimité justifie l’interdiction de tout système de vidéosurveillance dans les lieux suivants: les locaux ou se pratiquent des examens médicaux, les locaux de fouilles, les WC, les parloirs familiaux », énumère entre autres le rapport.

Prison à taille humaine

Ces caméras sont souvent la marque de fabrique des établissements nouvellement sortis de terre dont le contrôleur semble également dénoncé les trop grandes tailles. « Au-delà de 200 places, la relation humaine entre les surveillants et les détenus se perd », assure Jean-Marie Delarue interviewé aujourd’hui par le quotidien Libération. « Le risque est de tuer dans ces établissements toutes les relations sociales, humaines », ajoute-t-il. La situation dans le très récent établissement de Mont-de-Marsan semble lui donner raison : trois suicides ont déjà été recensés dans cet univers carcéral où les caméras ont tendance à remplacer les hommes. Enfin, une part importante du rapport de Jean-Marie Delarue est destinée à mettre en évidence les dangers de l’oisiveté, qui en dépit, de récentes recommandations législatives, demeure généralement la règle. Le désoeuvrement des prisonniers doit être partout combattu selon le contrôleur, y compris dans les unités de soins intensifs psychiatriques.

Conditions d’hygiène intolérables à Mulhouse

Soulignons que si le rapport dresse un tableau général de la situation carcérale en France, le contrôleur émet également certaines recommandations concernant spécifiquement tel ou tel établissement. C’est ainsi que plusieurs critiques sont adressées à l’Unité hospitalière sécurisée de Marseille et que des conditions d’hygiène déplorables à Mulhouse ont été récemment sévèrement dénoncées.



Aurélie Haroche




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