Quatre vingt pour cent des cancers du poumon sont des cancers
non à petites cellules (CBNPC). Au moment du diagnostic, la maladie
est avancée et n’est pas résécable dans 70 % des cas. Par ailleurs,
15 à 30 % de ces CBNPC surviennent chez des non fumeurs et ce sont
en général des adénocarcinomes. Or, on sait aujourd’hui que la
plupart des cancers du non fumeur sont déclenchés par une mutation
des exons 19 et 21 du gène du récepteur du facteur de croissance
épithélial (EGRF).
Initialement, on a observé que le bénéfice clinique des
inhibiteurs de tyrosine kinase de l’EGFR (EGRF TKI) (prescrits en
2e ou en 3e ligne) était plus important chez des femmes non
fumeuses ayant un adénocarcinome avec un taux de mutations
important de l’EGRF. Des études cliniques menées ensuite avec
ces molécules ont montré un taux de réponse élevé chez les
patients recevant ce traitement en première ligne.
Dans cette étude randomisée en phase III (IPASS pour Iressa
PAn-ASia Study) conduite chez 1 217 patients non fumeurs ayant
un adénocarcinome bronchopulmonaire, un EGRF TK I a été comparé à
un sel de platine en première intention. Ces patients provenaient
de 9 pays asiatiques (où le taux de mutation du récepteur de l’EGRF
est le plus important).
Les résultats montrent une supériorité significative pour le
traitement par EGRF TK I (comparativement à l’autre
traitement) sur le taux de survie sans progression (Hazard
Ratio [HR] = 0,74 ; p < 0,0001) et la réponse tumorale.
L’analyse de la tumeur réalisée chez 461 patients montre que la
survie sans progression est significativement beaucoup plus longue
en présence d’une mutation pour EGFR (HR = 0,48 ; p < 0,0001),
alors que le temps de survie sans progression est beaucoup plus
faible en l’absence de mutation. Le taux de réponse tumorale sous
EGRF TK I est de 71,1 % en présence de mutation et de 1,1 % en
l’absence de mutation.
Pour les auteurs, les EGFR TK I représentent une option
thérapeutique nouvelle pour les patients ayant des mutations sur le
gène de l’EGRF. A contrario, ce traitement ne doit pas être proposé
aux patients n’ayant pas de mutations. En conclusion, les auteurs
estiment que l’adénocarcinome pulmonaire du non-fumeur et une
entité clinique à part, dont la pathogénie et l’évolution sont
particulières. Puisque ce cancer dépend de la mutation de l’EGRF,
le traitement standard de première ligne devrait désormais reposer
sur les inhibiteurs de tyrosine kinase de l’EGFR.
Dr Emmanuel Cuzin
Mok T : Non smoking adenocarcinoma of lung. 21st International Congress on Anti-Cancer Treatment/ICACT (Paris) : 1er-5 février 2010.
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