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HPV, sexe et cancers oropharyngés

Publié le 01/06/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le tabagisme et la consommation d’alcool sont des facteurs de risque largement documentés de cancers de la tête et du cou (CTC) mais des travaux récents ont également mis l’accent sur le rôle probable de l’infection par les Papillomavirus (HPV) dans la survenue de ces tumeurs. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) considère actuellement qu’il existe suffisamment  d’arguments pour impliquer les HPV dans les cancers de la cavité buccale et l’oropharynx, alors que leur cancérogénicité pour le larynx reste moins bien établie. Estimant que la transmission sexuelle pourrait être la voie d’exposition aux HPV menant aux cancers de la tête et du cou, et notant l’incidence croissante de certains CTC ces dernières années, en particulier dans les tranches d’âge jeunes, près d’une trentaine d’auteurs, de différents pays, ont évalué le risque de CTC associé aux pratiques sexuelles.

Cette évaluation s’est appuyée sur les données poolées recueillies par l’lnternational Head and Neck Cancer Epidemiology (INHANCE) consortium, regroupant des participants d’Argentine, d’Australie, du Brésil, du Canada, de Cuba, d’Inde, d’Italie, d’Espagne, des États-Unis, de Pologne, de Porto Rico, de Russie. 

Elle a porté sur les données regroupées de 8 études cas-témoins, 4 menées en population générale et 4 conduites en milieu hospitalier, et inclus 5 642 cas de CTC et 6 069 témoins. Sept de ces études reposaient sur les réponses obtenues au cours d’interviews en tête-à-tête, une s’est fondée sur les réponses à un auto-questionnaire.

Après ajustements, notamment sur le centre d’étude, l’âge, l’ethnie, le niveau d’éducation, la consommation d’alcool et le tabagisme, l’analyse associe :

- cancers de l’oropharynx et partenaires sexuels multiples. L’odds ratio, OR, est de 1,25 (IC à 95 % 1,01-1,54) pour 6 partenaires sexuels ou plus au cours de l’existence, et de 2,25 (1,42-3,58) pour des contacts sexuels oraux avec 4 partenaires ou plus vie entière ;

- cancer de l’amygdale et partenaires multiples, avec un OR de 3,36 (1,32-8,53) pour les contacts sexuels oraux avec 4 partenaires ou plus vie entière et, chez les hommes, cancer de l’amygdale et antécédents de contacts sexuels oraux (1,59 ; 1,09-2,33) ainsi que cancer de l’amygdale et âge plus jeune au début de la vie sexuelle (2,36 ; 1,37-5,05) ;

- cancer de la base de la langue et, pour les femmes, avoir eu des contacts sexuels oraux (4,32 ; 1,06-17,6), avoir eu 2 partenaires sexuels, (2,02 ; 1,19-3,46) en comparaison d’un seul, et, chez les hommes, cancer de la base de la langue et antécédents de contact sexuel avec un partenaire de même sexe (8,89 ; 2,14-36,8).

Le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec des prostituées n’est pas apparu associé au CTC chez le petit nombre d’hommes ayant rapporté avoir eu ces relations. Il n’a pas été mis en évidence de lien entre infections sexuellement transmissibles signalées et CTC chez les quelques participants ayant déclaré avoir eu une IST, et ceux, moins nombreux encore, à avoir rapporté plus spécifiquement un antécédent d’herpès, de condylomes génitaux, ou des relations avec un partenaire atteint de ces mêmes affections.

De cette étude, la plus vaste selon les auteurs menée à ce jour sur le sujet, il ressort des liaisons à risque entre pratiques sexuelles et cancers de la tête et du cou, le risque portant sur des localisations de cancers ayant été associées à l’infection par HPV. JE Heck et coll. prônent la mise en œuvre d’études visant à déterminer l’impact de la vaccination anti-HPV sur la prévention de ces infections et, à terme, sur la prévention des cancers de la tête et du cou.



Dr Claudine Goldgewicht


Heck JE et coll. : Sexual behaviours and the risk of head and neck cancers : A pooled analysis in the International Head and Neck Cancer Epidemiology (INHANCE) consortium. Int J Epidemiol 2010 ; 39 : 166-81.


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