Le tabagisme et la consommation d’alcool sont des facteurs de
risque largement documentés de cancers de la tête et du cou (CTC)
mais des travaux récents ont également mis l’accent sur le rôle
probable de l’infection par les Papillomavirus (HPV) dans la
survenue de ces tumeurs. Le Centre international de recherche sur
le cancer (CIRC) considère actuellement qu’il existe
suffisamment d’arguments pour impliquer les HPV dans les
cancers de la cavité buccale et l’oropharynx, alors que leur
cancérogénicité pour le larynx reste moins bien établie. Estimant
que la transmission sexuelle pourrait être la voie d’exposition aux
HPV menant aux cancers de la tête et du cou, et notant l’incidence
croissante de certains CTC ces dernières années, en particulier
dans les tranches d’âge jeunes, près d’une trentaine d’auteurs, de
différents pays, ont évalué le risque de CTC associé aux pratiques
sexuelles.
Cette évaluation s’est appuyée sur les données poolées
recueillies par l’lnternational Head and Neck Cancer
Epidemiology (INHANCE) consortium, regroupant des
participants d’Argentine, d’Australie, du Brésil, du Canada, de
Cuba, d’Inde, d’Italie, d’Espagne, des États-Unis, de Pologne, de
Porto Rico, de Russie.
Elle a porté sur les données regroupées de 8 études cas-témoins,
4 menées en population générale et 4 conduites en milieu
hospitalier, et inclus 5 642 cas de CTC et 6 069 témoins. Sept de
ces études reposaient sur les réponses obtenues au cours
d’interviews en tête-à-tête, une s’est fondée sur les réponses à un
auto-questionnaire.
Après ajustements, notamment sur le centre d’étude, l’âge,
l’ethnie, le niveau d’éducation, la consommation d’alcool et le
tabagisme, l’analyse associe :
- cancers de l’oropharynx et partenaires sexuels multiples.
L’odds ratio, OR, est de 1,25 (IC à 95 % 1,01-1,54) pour 6
partenaires sexuels ou plus au cours de l’existence, et de 2,25
(1,42-3,58) pour des contacts sexuels oraux avec 4 partenaires ou
plus vie entière ;
- cancer de l’amygdale et partenaires multiples, avec un OR de
3,36 (1,32-8,53) pour les contacts sexuels oraux avec 4 partenaires
ou plus vie entière et, chez les hommes, cancer de l’amygdale et
antécédents de contacts sexuels oraux (1,59 ; 1,09-2,33) ainsi que
cancer de l’amygdale et âge plus jeune au début de la vie sexuelle
(2,36 ; 1,37-5,05) ;
- cancer de la base de la langue et, pour les femmes, avoir eu
des contacts sexuels oraux (4,32 ; 1,06-17,6), avoir eu 2
partenaires sexuels, (2,02 ; 1,19-3,46) en comparaison d’un seul,
et, chez les hommes, cancer de la base de la langue et antécédents
de contact sexuel avec un partenaire de même sexe (8,89 ;
2,14-36,8).
Le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec des prostituées
n’est pas apparu associé au CTC chez le petit nombre d’hommes ayant
rapporté avoir eu ces relations. Il n’a pas été mis en évidence de
lien entre infections sexuellement transmissibles signalées et CTC
chez les quelques participants ayant déclaré avoir eu une IST, et
ceux, moins nombreux encore, à avoir rapporté plus spécifiquement
un antécédent d’herpès, de condylomes génitaux, ou des relations
avec un partenaire atteint de ces mêmes affections.
De cette étude, la plus vaste selon les auteurs menée à ce jour
sur le sujet, il ressort des liaisons à risque entre pratiques
sexuelles et cancers de la tête et du cou, le risque portant sur
des localisations de cancers ayant été associées à l’infection par
HPV. JE Heck et coll. prônent la mise en œuvre d’études visant à
déterminer l’impact de la vaccination anti-HPV sur la prévention de
ces infections et, à terme, sur la prévention des cancers de la
tête et du cou.
Dr Claudine Goldgewicht
Heck JE et coll. : Sexual behaviours and the risk of head and neck cancers : A pooled analysis in the International Head and Neck Cancer Epidemiology (INHANCE) consortium. Int J Epidemiol 2010 ; 39 : 166-81.
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