Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC)
estimait, en 2004, à 500 000 le nombre de cas de cancers de la tête
et du cou (CTC), cancers de la cavité buccale, de l’oropharynx, de
l’hypopharynx et du larynx, survenant chaque année dans le monde,
les plaçant au 7e rang des cancers les plus fréquents. À
l’horizon 2020, c’est un doublement du nombre de nouveaux cas de
ces cancers que prévoit le CIRC, avec pour facteurs de risque
majeurs, le tabagisme et la consommation d’alcool, les deux réunis
comptant pour près de 75 % des cas. Si nombre de travaux ont porté
sur l’effet de l’arrêt du tabagisme sur le risque de CTC, et
rapporté une réduction, de 16 à 85 % de ce risque, peu ont évalué
l’impact de l’arrêt de l’alcool. Près d’une cinquantaine d’auteurs,
de différents pays, ont donc cherché à préciser la réduction de
risque de CTC après arrêt du tabac et après arrêt de l’alcool,
ainsi que le profil évolutif de cette diminution au fil du
temps.
M Marron et coll. se sont appuyés, pour cette évaluation, sur
les données poolées d’études cas-témoins, recueillies par
l’International Head and Neck Cancer Epidemiology
(INHANCE) consortium, auquel participaient des équipes de
nombre de pays d’Europe et des Amériques. Ont été ainsi soumises à
analyse, 13 études intéressant l’arrêt de l’alcool (vin, bière,
apéritifs, digestifs…), impliquant 9 167 cas et 12 593 témoins, et
17 études concernant l’arrêt du tabac (cigarettes, pipe, cigares),
incluant 12 040 cas et 16 884 témoins, toutes fondées sur les
réponses à des questionnaires.
L’analyse a pris en compte l’âge, le sexe, le niveau
d’éducation, l’ethnie, le centre d’étude, le tabagisme, la
consommation d’alcool, en poussant les ajustements aussi sur
l’indice de masse corporelle, et les antécédents familiaux de
CTC.
Après ajustements sur les facteurs confondants potentiels,
l’arrêt du tabagisme depuis 1 à 4 ans est apparue associée à une
réduction du risque de CTC (odds ratio, OR = 0,70 ; IC à 95 %
0,61-0,81), en comparaison d’une poursuite de la consommation de
tabac au moment de l’étude. Après 20 ans et plus d’arrêt du
tabagisme, l’OR pour les CTC était de 0,23 (0,18-0,31), le niveau
de risque atteignant celui des sujets n’ayant jamais fumé (0,23 ;
0,16-0,34), la relation inverse entre arrêt du tabac et risque de
CTC étant observée pour toutes les localisations de CTC (p pour la
tendance < 0,01).
Une réduction du risque de CTC après arrêt de l’alcool n’a été
mise en évidence, en comparaison des buveurs, qu’au bout de 20
années et plus (0,60 ; 0,40-0,89). Le niveau de risque rejoignait
alors le niveau de risque des sujets jamais buveurs (0,74 ;
0,51-1,06), la tendance à une relation inverse avec le temps écoulé
depuis l’arrêt de l’alcool n’étant apparente que pour les cancers
de la cavité buccale (p pour la tendance = 0,05)
Cette vaste étude montre que dès 1 à 4 ans après l’arrêt du
tabagisme, le risque de cancers de la tête et du cou diminue.
L’effet bénéfique de l’arrêt de la consommation d’alcool est moins
substantiel, ne devenant manifeste que seulement 20 ans plus tard.
Mais 20 ans après avoir cessé de fumer et de boire le risque de CTC
rejoint celui de ceux qui n’ont jamais fumé ni été intempérants
vis-à-vis de l’alcool.
Dr Claudine Goldgewicht
Marron M et coll. : Cessation of alcohol drinking, tobacco smoking and the reversal of head and neck cancer risk. Int J Epidemiol 2010 ; 39 : 182-96.
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