L’obésité morbide et le reflux gastro-œsophagien (RGO) sont deux
entités fréquentes, et la première est censée favoriser la seconde
(facteurs mécaniques, comportementaux, hormonaux). Mais, chez les
obèses, le RGO, quoiqu’authentifié par les épreuves fonctionnelles,
est assez souvent asymptomatique.
Il est donc apparu intéressant d’étudier quel était, sur le RGO,
l’impact du traitement chirurgical le plus utilisé contre
l’obésité, à savoir le court-circuit gastrique (CCG).
Les auteurs brésiliens ont opéré par CCG par voie ouverte 126
obèses (87 femmes) dont l’âge était compris entre 18 et 70 ans, et
l’indice de masse corporelle entre 35 et 40 kg/m². Aucun n’avait
subi de chirurgie gastrique ni œsophagienne.
Le RGO a été évalué par la clinique, l’endoscopie, la pH-métrie,
la manométrie, la radiologie avant et 6 mois après le CCG.
Cliniquement, un score symptomatique a été établi à partir des
réponses à un questionnaire (pyrosis, régurgitations, dysphagie) et
on s’est enquis de la nécessité d’un traitement par anti-H2
ou inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). L’endoscopie a aussi
classifié de A à D les éventuelles œsophagites par reflux.
En manométrie, l’étude du tonus et des relaxations du sphincter
inférieur de l’œsophage (SIO) a permis de déceler les hypotonies et
troubles du péristaltisme. La pH-métrie des 24 h a précisé le
nombre d’épisodes de reflux, leur durée et le pourcentage de temps
passé au-dessous d’un pH 4. Enfin, un index baryté a pu visualiser
le RGO et l’existence concomitante d’une hernie hiatale par
glissement.
Le CCG (par incision médiane sus-ombilicale) a créé un «
petit estomac » de 20 à 30 cc3, et l’estomac restant a été
cerclé avant d’être anastomosé au jéjunum.
Dans l’ensemble, les signes de RGO, rencontrés chez 64 % des
patients avant le CCG, ne sont retrouvés que chez 33 % des opérés
(p<0.0001). Sur les 47 patients symptomatiques, en
préopératoire, 39 (79 %) sont nettement améliorés par
l’intervention ; mais, sur les 39 qui ne se plaignaient de rien, 4
ont des symptômes postopératoires, plutôt à type de dysphagie,
alors que la plainte principale en préopératoire était le pyrosis.
La consommation d’IPP a nettement diminué. Les 16 patients accusant
des signes laryngés ou de la toux en préopératoire se sont déclarés
guéris. Les signes d’œsophagite endoscopique ont été améliorés 27
fois, aggravés 8 fois et non modifiés 51 fois. Les mêmes progrès
ont été observés en termes d’acidité et de pression du SIO.
Dr Jean-Fred Warlin
Madalosso CAS et coll. : The impact of gastric bypass on gastro-esophageal reflux disease in patients with morbid obesity. Annals of Surgery 2010 ; 251 :244-248.
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