Paris, le jeudi 1er juillet 2010 – C’était une des nouveautés de
la loi Hôpital patients santé territoire (HPST) : désormais les
présidents du conseil de surveillance des hôpitaux (anciennement
appelé conseil d’administration) ne sont plus systématiquement des
élus. Si un consensus, pour reprendre le mot du Maire de Paris,
Bertrand Delanoë, a été trouvé pour que les CHU ne voient pas la
tradition ébranlée, il semble que l’AP-HP n’ait pas bénéficié de
cet accord. Inaugurant la nouvelle règle, le plus grand CHU de
France a vu accéder hier à la présidence de son conseil de
surveillance, Raoul Briet, conseiller maître à la Cour des comptes,
membre du Collège de la Haute Autorité de Santé et président du
conseil de surveillance du Fonds de réserve pour les retraites
(FRR), structure amenée à disparaître prochainement. L’ancien
directeur de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des
travailleurs salariés (CNAVTS) a été préféré au troisième tour à
Jean-Marie Le Guen, élu parisien, président sortant du conseil
d’administration. L’équipe du conseil de surveillance est désormais
dûment composée : cinq représentants des collectivités
territoriales, cinq représentants du personnel et cinq
personnalités qualifiées y siègent. Raoul Briet y était présent en
tant que « personnalité qualifiée », nommé par le directeur de
l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, l’ancien
ministre socialiste, Claude Evin.
Un lien perdu avec la Ville
Cette élection suscite aujourd’hui de nombreux commentaires
alors que l’AP-HP qui n’a toujours pas adopté son plan stratégique
pour la période 2010-2014 est l’objet de nombreuses critiques par
les personnels des établissements franciliens. Ainsi, le perdant,
Jean-Marie Le Guen a dénoncé une arrivée « téléguidée par
l’Elysée », tandis que Bertrand Delanoë a regretté que n’ait
pas été réaffirmé « le lien, si fortement historique, entre la
Ville de Paris et l’Assistance Publique. Je regrette cette rupture
supplémentaire du pacte de confiance entre l’Etat et les
collectivités locales. (…). La légitimité de ce conseil de
surveillance est grandement affaiblie » a-t-il analysé dans un
communiqué rendu public hier.
Pas de fermeture à Trousseau…
Déjà contesté avant même qu’il ait commencé à officier, le
conseil de surveillance dont le rôle est notamment de se prononcer
sur la stratégie du groupe et de contrôler sa gestion, doit
désormais s’atteler à la finalisation du plan stratégique de
l’institution francilienne. On le sait, les orientations dessinées
ont été fortement contestées, tant par les centrales syndicales que
par les représentants des praticiens fédérés au sein du Mouvement
de défense pour l’hôpital public. Ces dernières heures, c’est
l’avenir de l’hôpital Trousseau qui est le plus vivement discuté.
Le rapport rendu public la semaine dernière par un comité de
médecins experts n’est qu’à moitié rassurant pour tous ceux qui
défendent la pérennité du centre pédiatrique de l’est parisien. Ces
recommandations qui après avoir été examinées par le Conseil
exécutif mardi 29 juin, doivent désormais être reçues par les
communautés médicales concernées, les instances centrales et le
Directoire de l’AP-HP révoquent toute idée de fermeture totale de
l’hôpital. « L’hôpital Trousseau, dont la fermeture n’a jamais
été évoquée notamment en raison de sa vocation de centre de
référence en périnatologie (…) verra ses activités de pédiatrie
général renforcées », résume dans un communiqué récent
l’AP-HP.
… mais des transferts en pagaille
Cependant, les transferts de nombreux services sont vivement
conseillés. Ainsi, doivent être regroupés à Robert Debré les
services de néphrologie et de gastro-entérologie de Trousseau. A
Necker, seront transférés les enfants brûlés, tandis que les
spécialités de neuro-pédiatrie doivent rejoindre Bicêtre. Enfin, en
ce qui concerne l’onco-hématologie, le comité d’experts n’a pas
tranché entre un départ vers Robert Debré ou Necker. Pour les
différents chefs de service concernés, cette cascade de fermetures
et de déplacements reste très inquiétante. « On classe toujours
Trousseau comme un hôpital de pédiatrie lourde, mais si toutes les
spécialités partent, ça va être dur », ironise ainsi le
professeur de néphrologie, Albert Bensamn. Pour ce spécialiste, les
arguments qui affirment que les restructurations permettront des
meilleurs taux d’occupation des lits sont difficiles à étayer : «
On ne peut pas supprimer des postes et fermer des lits et
prétendre que la qualité des soins ne sera pas touchée »,
observait-il récemment cité par le quotidien La Croix. Plus
précisément, la déplacement du service des enfants brûlés est vécue
comme la manifestation d’une « logique de site prédateur au
dépend d’une logique de soins » par le professeur Constant,
coordonnateur du centre de traitement des grands brûlés de
l’hôpital Trousseau qui rappelle les trente-trois d’expertise de
son service.
Aurélie Haroche
Copyright © http://www.jim.fr