Sida : les pouvoirs publics refuseraient la proposition systématique de dépistage

Paris, le jeudi 1er juillet 2010 – Hier, à l’occasion d’un colloque dédié aux Coordinations régionales de lutte contre l’infection à VIH (COREVIH) baptisé « COREVIH en actions », le ministre de la Santé a insisté sur la nécessité de développer une coopération solide entre ces instances et les Agences régionales de Santé (ARS). Derrière cette belle invitation, demeureraient des imprécisions quant aux modes de collaboration entre ces institutions. C’est ce que l’on découvre à la lecture du rapport du Conseil national du Sida (CNS) et de la Conférence nationale de santé, qui évalue les orientations du futur plan de lutte contre le VIH élaboré par le ministère de la Santé. Soulignant que « l’architecture de la gouvernance » de la lutte contre le Sida doit être mieux précisée, les deux instances notent l’importance « d’affirmer davantage le rôle des COREVIH en appui des ARS dans l’élaboration du volet VIH des programmes régionaux de santé (PRS) ».

Un avis sévère

Ces critiques face aux failles que comporterait la structuration du pilotage de la politique de lutte contre le Sida en France sont loin d’être les seules adressées par le CNS et la Conférence nationale de santé. Dès leur introduction, ces deux institutions qui appuient leurs commentaires sur un « document stratégique » faute d’avoir jamais reçu le plan définitif en dépit des promesses des autorités, constatent que le futur programme « ne définit pas une politique publique efficace face aux défis actuels de la lutte contre le VIH et les IST », aussi leur avis ne peut-il être que « sévère ».

Pas de redéfinition de la politique de dépistage en vue

C’est notamment dans le domaine du dépistage que les déceptions des rapporteurs sont les plus vives. Les mots choisis par les rédacteurs du document stratégique laissaient déjà deviner que le programme ne serait pas à la hauteur des ambitions des spécialistes. « L’orientation stratégique numéro trois qui traite de ces questions, signale la modestie de ses intentions dès son titre : « clarifier la prévention et renforcer la politique de dépistage », bien éloigné de la redéfinition du discours de prévention et de la politique de dépistage unanimement attendue » écrivent les membres du CNS et de la Conférence nationale de santé.

Une orientation « incompréhensible »

Si une telle réforme est espérée, c’est que la politique de dépistage en France n’a guère connu d’évolutions significatives depuis les années 80. Depuis lors, l’immobilisme des pouvoirs publics a été maintes fois dénoncé, notamment son refus d’envisager une proposition de dépistage plus systématique. Cependant, lorsque les pouvoirs publics ont « missionné la HAS » de mener une nouvelle réflexion sur la question du dépistage afin de pouvoir « fonder leurs décisions sur une évaluation de type coût-efficacité », beaucoup avaient cru l’ère des changements annoncée. Il apparaissait en effet presque acquis que forts des recommandations de la HAS prônant une proposition de dépistage systématique à l’ensemble de la population âgée de 15 à 17 ans et ce « hors notion d’exposition à un risque » et surtout aguerris par l’évaluation bénéfique du coût d’une telle mesure menée par la HAS, les pouvoirs publics s’orienteraient dans cette voie. Le document préparatoire soumis pour avis au CNS et la Conférence nationale de santé ne porte pourtant nulle mention de l’entérinement des propositions de la HAS. Ce choix est jugé « incompréhensible » par le rapport qui appelle à « un véritable changement de paradigme et d’échelle en matière de stratégie de dépistage » et à la reprise sans « restrictions de l’ensemble des recommandations de la HAS ».

France, qu’as-tu fait de ton leadership ?

Les deux instances marquent encore leur déception en ce qui concerne le dépistage ciblé des personnes à risque. Elle déplore que le gouvernement n’ait retenu que certains groupes, excluant d’une politique de dépistage annuel « les personnes hétérosexuelles ayant eu plus d’un partenaire sexuel au cours des 12 derniers mois, les populations des autres départements français d’Amérique (hors Guyane, ndrl) », les prostitué(e)s et « les personnes dont les partenaires sexuels sont infectés par le VIH. De même, la recommandation de systématiser la proposition de test dans certaines circonstances particulières (interruption volontaire de grossesse, en cours d’incarcération, en cas de suspicion ou de diagnostic d’IST, d’hépatite B ou C, de tuberculose,…) est absente du document stratégique », regrette le rapport. Enfin, le CNS et la Conférence nationale de santé déplorent l’apparent abandon par la France de sa position de « leadership » sur la scène internationale, le document préparatoire se contentant apparemment en la matière d’un satisfecit adressé à l’action française et d’engagements flous.

Aurélie Haroche

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