Le Lancet, sans doute en raison du riche passé colonial
de la grande Bretagne, s’intéresse infiniment plus à la santé dans
le monde que son alter ego américain le New England Journal of
Medicine. Depuis quelques mois, il déprime (et peut être
culpabilise) ses lecteurs avec des études épidémiologiques
financées par l’OMS et/ou la fondation Bill et Melinda Gates sur la
mortalité comparée des enfants, des mères ou des jeunes adultes
dans les pays occidentaux et dans les régions les plus pauvres du
monde quand ce n’est pas sur les risques d’intoxication à l’arsenic
des bengalais.
Aujourd’hui c’est une équipe internationale regroupant des
épidémiologistes américains, néo-zélandais, canadiens, britanniques
et suisses qui se penche sur l’inégal accès à la chirurgie dans le
monde.
Pas d’oxymètre de pouls dans 2 blocs opératoires sur 3 en
Afrique de l’Ouest
Grâce à des recherches opiniâtres dans 92 pays, les auteurs ont
pu établir le nombre de blocs opératoires disponibles pour 100 000
habitants dans les différentes régions du monde. Sans grande
surprise ce taux oscille entre 1/100 000 en Afrique sub saharienne
de l’Ouest et 14,3/100 000 en Europe de l’Ouest. Pour tenter de
donner à cette étude un caractère qualitatif, Luke Funk et coll.
ont également évalué le pourcentage de blocs opératoires disposant
d’une oxymétrie de pouls, cet appareil de surveillance simple étant
considéré comme indispensable à la sécurité des patients. Là aussi
les différences sont très importantes avec (pour les pays où la
mesure a été possible) plus de 99 % de blocs équipés d’oxymétrie de
pouls dans les régions à hauts revenus contre 76 % dans les
hôpitaux urbains des pays pauvres et 33,5 % dans les blocs ruraux
de ces pays. Cette absence d’oxymètre dans de très nombreux blocs
opératoires est très vraisemblablement représentative de la pénurie
d’équipement dont souffrent les hôpitaux desservant 2 milliards
d’habitants puisque, par exemple au Sierra Leone, seuls 20 % des
centres hospitaliers disposent en permanence de gants stériles
!
Ces données ne sont d’ailleurs qu’un reflet infidèle de la
situation car le nombre de blocs opératoires pour 100 000 habitants
n’est probablement pas un bon indicateur de l’excellence
chirurgicale, qui dépend bien sûr plus de la technicité des
opérateurs et des anesthésistes et des moyens mis à leur
disposition que de ce simple paramètre. Nous n’en voulons pour
preuve que le premier rang des pays d’Europe de l’Est sur cet
indicateur (25,1/100 000) alors que rien ne permet de penser que la
qualité des soins chirurgicaux y est supérieure à celle des états
occidentaux.
Bref, une étude qui ne nous apprend (hélas) rien…ou pas
grand-chose.
Illustration : Bloc opératoire à l’hôpital de Panguma, Sierra
Leone
Dr Anastasia Roublev
Funk L et coll. : Global operating theatre distribution and pulse oxymetry supply : an estimation from reported data. Lancet 2010; publication avancée en ligne le 1er juillet 2010 (DOI:1016/S0140-6736(10)60392-3).
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |