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Mieux vaut se faire opérer à la Mayo Clinic qu’au Sierra Leone !

Publié le 05/07/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le Lancet, sans doute en raison du riche passé colonial de la grande Bretagne, s’intéresse infiniment plus à la santé dans le monde que son alter ego américain le New England Journal of Medicine. Depuis quelques mois, il déprime (et peut être culpabilise) ses lecteurs avec des études épidémiologiques financées par l’OMS et/ou la fondation Bill et Melinda Gates sur la mortalité comparée des enfants, des mères ou des jeunes adultes dans les pays occidentaux et dans les régions les plus pauvres du monde quand ce n’est pas sur les risques d’intoxication à l’arsenic des bengalais. 

Aujourd’hui c’est une équipe internationale regroupant des épidémiologistes américains, néo-zélandais, canadiens, britanniques et suisses qui se penche sur l’inégal accès à la chirurgie dans le monde.

Pas d’oxymètre de pouls dans 2 blocs opératoires sur 3 en Afrique de l’Ouest

Grâce à des recherches opiniâtres dans 92 pays, les auteurs ont pu établir le nombre de blocs opératoires disponibles pour 100 000 habitants dans les différentes régions du monde. Sans grande surprise ce taux oscille entre 1/100 000 en Afrique sub saharienne de l’Ouest et 14,3/100 000 en Europe de l’Ouest. Pour tenter de donner à cette étude un caractère qualitatif, Luke Funk et coll. ont également évalué le pourcentage de blocs opératoires disposant d’une oxymétrie de pouls, cet appareil de surveillance simple étant considéré comme indispensable à la sécurité des patients. Là aussi les différences sont très importantes avec (pour les pays où la mesure a été possible) plus de 99 % de blocs équipés d’oxymétrie de pouls dans les régions à hauts revenus contre 76 % dans les hôpitaux urbains des pays pauvres et 33,5 % dans les blocs ruraux de ces pays. Cette absence d’oxymètre dans de très nombreux blocs opératoires est très vraisemblablement représentative de la pénurie d’équipement dont souffrent les hôpitaux desservant 2 milliards d’habitants puisque, par exemple au Sierra Leone, seuls 20 % des centres hospitaliers disposent en permanence de gants stériles ! 

Ces données ne sont d’ailleurs qu’un reflet infidèle de la situation car le nombre de blocs opératoires pour 100 000 habitants n’est probablement pas un bon indicateur de l’excellence chirurgicale, qui dépend bien sûr plus de la technicité des opérateurs et des anesthésistes et des moyens mis à leur disposition que de ce simple paramètre. Nous n’en voulons pour preuve que le premier rang des pays d’Europe de l’Est sur cet indicateur (25,1/100 000) alors que rien ne permet de penser que la qualité des soins chirurgicaux y est supérieure à celle des états occidentaux.

Bref, une étude qui ne nous apprend (hélas) rien…ou pas grand-chose.


Illustration : Bloc opératoire à l’hôpital de Panguma, Sierra Leone



Dr Anastasia Roublev


Funk L et coll. : Global operating theatre distribution and pulse oxymetry supply : an estimation from reported data. Lancet 2010; publication avancée en ligne le 1er juillet 2010 (DOI:1016/S0140-6736(10)60392-3).




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