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L’acceptation de la mort d’un enfant : une option thérapeutique

Publié le 29/07/2010   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

T.Detaille1, M.C.Nassogne2, S.C. de Cléty1,

1. Soins intensifs pédiatriques, Clin Univ St-Luc, UCL, Bruxelles
2. Neurologie pédiatrique, Clin Univ St-Luc, UCL, Bruxelles

 

L’accompagnement de l’enfant mourant et de sa famille fait partie intégrante des soins intensifs pédiatriques. Le respect de la vie nécessite de réfléchir sur la qualité de celle-ci, pendant et après le passage dans l’unité, ainsi que d’accepter, dans certaines circonstances, la mort comme une prise en charge totalement respectueuse de l’enfant et de notre métier de soignant. Dans notre univers hautement technique, des décisions de limitation ou d’arrêt de soins sont régulièrement prises. L’établissement d’un projet thérapeutique, la transmission de celui-ci aux parents et l’accompagnement de l’enfant et de sa famille nécessitent à la fois professionnalisme et investissement personnel. Ce chemin est sans doute plus facile à parcourir par ceux qui consacrent leur vie professionnelle au bien-être de l’enfant. 

Introduction

Les progrès de la médecine ces vingt dernières années ont contribué à reculer les frontières de la vie. Les mises au point diagnostiques sont plus précises; des interventions chirurgicales plus difficiles sont réalisées, avec davantage de succès; des techniques de support d’organes parfois très complexes sont mises à la disposition des intensivistes pédiatriques; de nouveaux traitements sont disponibles. La mortalité en soins intensifs pédiatriques a ainsi diminué au fil du temps pour atteindre 3 à 6% selon les unités. Parallèlement, la manière dont les enfants décèdent en soins intensifs pédiatriques a aussi changé. De plus en plus d’enfants décèdent à la suite d’une décision de limitation ou d’interruption de soins (1, 2). Ces enfants ne sont ni en arrêt cardiaque, ni en mort cérébrale. La maladie ou les complications qu’ils présentent sont par contre sources de séquelles incompatibles avec une vie de qualité. Cette évolution oblige qu’un projet thérapeutique soit élaboré avec les parents par une équipe multidisciplinaire. Toute décision requiert de la part des personnes présentes l’acceptation que la mort de l’enfant peut être une délivrance. Certaines personnes ne peuvent y souscrire, préférant la lutte médicale jusqu’à l’arrêt cardiaque. Le cas rapporté illustre à quel point un projet de fin de vie peut être difficile à accepter. Il montre aussi que de tels projets sont plus faciles à porter par ceux qui consacrent leur vie professionnelle au bien-être de l’enfant.

Cas clinique

Un enfant de 9 ans, en parfaite santé, perd brutalement connaissance à domicile. Il est admis aux urgences, aréactif et en coma profond; il est dès lors rapidement intubé et ventilé. Le bilan révèle une hémorragie intracrânienne massive secondaire à une malformation artério-veineuse. Un drainage chirurgical est réalisé en urgence au décours duquel l’enfant est admis aux soins intensifs. L’évolution postopératoire est marquée par d’énormes inquiétudes neurologiques; elle se complique aussi d’une instabilité hémodynamique et respiratoire majeure qui alourdit un pronostic déjà réservé. Une semaine après l’accident, l’enfant est toujours en coma profond et est aréactif aux stimuli extérieurs; il présente des mouvements d’enroulement des membres supérieurs et aucun mouvement au niveau des membres inférieurs; il n’existe aucune ouverture des yeux et aucune motricité faciale. L’enfant est dépendant d’un support vasopresseur et d’une ventilation artificielle. Les examens électrophysiologiques confirment l’atteinte majeure corticale et sous-corticale. Cette évolution inquiétante est expliquée aux parents.

Ces derniers sont inquiets quant à l’avenir de leur enfant, tant immédiat qu’à long terme. Ils demandent que les décisions de soins soient respectueuses de leur fils. Plus de deux semaines après son admission, une détérioration respiratoire significative est observée. Des divergences de vue apparaissent au sein de l’équipe soignante quant aux traitements à mettre ou non en route. Les parents s’inquiètent encore davantage de la qualité de vie future de leur fils; leurs questions sont nombreuses et les réponses divergent. Confrontée à des difficultés d’accompagnement des parents, et en accord avec eux, l’équipe soignante décide de transférer l’enfant vers notre unité de soins intensifs pédiatriques. A l’admission dans notre unité, l’examen neurologique est très sévèrement perturbé: le score de Glasgow est de 4; l’enfant ne présente aucune réactivité à la stimulation, aucun réflexe de toux, aucune déglutition; l’examen révèle d’autres signes de dysfonction majeure du tronc cérébral avec, notamment, une respiration ataxique. Les parents sont rencontrés, d’abord seuls puis en compagnie des frères et soeurs. Ils nous parlent de leur enfant tel qu’il était avant l’accident: heureux, épanoui, actif. Ils nous confient leurs inquiétudes, espoirs et angoisses, vécus depuis plus de deux semaines. Ils nous parlent de leur crainte de voir leur fils et frère vivre, ou survivre, profondément handicapé, tout en acceptant le handicap si les décisions médicales restent respectueuses de leur fils. Au cours des longues heures d’entretien, nous apprenons à connaître l’enfant et sa famille. Nous sentons progressivement la confiance s’instaurer et parlons ouvertement de vie et de mort. La qualité de vie future de l’enfant ne pouvant être précisée dès les premières heures, un certain délai d’évaluation et de réflexion est proposé aux parents. Au cours des deux jours qui suivent, les visites se succèdent au chevet de l’enfant: sa famille et ses amis viennent le voir et accompagner parents, frères et soeurs. Les entretiens se répètent, les examens cliniques et paracliniques également.

Ces derniers confirment tous la sévérité de l’atteinte neurologique, corticale et sous-corticale, laissant entrevoir de profondes séquelles. Le risque vital est toujours majeur en raison d’une dépendance d’un support respiratoire et d’un traitement vasopresseur. Cette évaluation est transmise aux parents puis aux frères et soeurs. Du temps s’écoule, fait de silence et de questions. Toute la famille comprend que la poursuite des manoeuvres de réanimation n’a plus de sens. L’enfant est alors extubé et son support vasopresseur arrêté. L’inconfort et l’angoisse potentiels de l’enfant ont été prévenus par une analgosédation adéquate. Il est placé, malgré son âge, dans les bras de sa mère puis de son père, qui lui racontent son histoire préférée. Le coeur s’arrête, la famille est apaisée. Les contacts avec les parents, frères et soeurs ont été poursuivis à plusieurs reprises après le décès; ils ont permis de reparler de l’enfant, de son hémorragie cérébrale, de sa prise en charge et des décisions prises au cours des trois semaines d’hospitalisation, mais surtout au cours des derniers jours vécus avec nous.

Fin de vie aux soins intensifs

Les unités de soins intensifs pédiatriques sont régulièrement confrontées à la mort d’un patient. L’accompagnement d’un enfant en fin de vie y est dès lors sans doute plus aisé que lorsque ce petit patient est accueilli dans une unité de soins intensifs «générale», comme l’illustre le cas rapporté. Tout projet thérapeutique ne peut être défini que s’il s’appuie sur des bases et une réflexion éthiques, ainsi que sur une expérience clinique acquise par une équipe soignante multidisciplinaire.

Projets thérapeutiques

Comme dans toute unité d’hospitalisation, mais avec sans doute une acuité plus importante en soins intensifs, quatre projets thérapeutiques peuvent être proposés.

Absence de restriction thérapeutique

Le patient bénéficie ou peut bénéficier de la totalité des moyens disponibles pour l’amener vers la guérison.

Limitation des soins ou non-escalade thérapeutique

Il s’agit dans la plupart des cas du maintien des soins en cours, sans escalade thérapeutique en cas de défaillance d’organe(s) supplémentaire. On maintiendra par exemple l’oxygénothérapie et les diurétiques à un patient en détresse respiratoire sans aller jusqu’à la ventilation assistée. On peut également opter pour certains soins, mais s’abstenir d’en prodiguer d’autres ou les limiter dans le temps. Il peut ainsi être proposé d’instaurer un support hémodynamique en limitant la dose maximale d’inotrope ou en établissant une durée maximale pour ce support.

Arrêt des soins thérapeutiques ou désescalade thérapeutique

L’arrêt des soins thérapeutiques signifie l’interruption des moyens mis en oeuvre pour soutenir les fonctions vitales du patient. Dans ce cas de figure, les traitements jugés déraisonnables compte tenu du diagnostic ou du pronostic sont arrêtés. Cela peut signifier l’arrêt d’une dialyse rénale, d’une ventilation artificielle ou encore d’une assistance cardio-respiratoire extracorporelle. Le projet de prise en charge est dès lors redéfini et orienté entièrement vers des soins de confort et de bien-être.

Euthanasie

La notion d’euthanasie implique la volonté délibérée (du médecin) de donner la mort à la demande du patient. L’euthanasie est tolérée en Belgique, sous conditions précisées par la Loi. Elle est interdite chez l’enfant. Certains médecins semblent cependant y recourir (3), mais de nombreux amalgames existent entre l’euthanasie et les projets thérapeutiques précédents. De même, les notions d’euthanasie active, passive, volontaire ou involontaire n’ont aucune raison d’être car sources de confusion. L’emploi de médicaments visant à améliorer le confort ou à diminuer la douleur d’un patient en fin de vie ne s’apparente aucunement à de l’euthanasie. La justification de l’action n’est pas de donner la mort, mais d’améliorer le bien-être, même si l’administration d’un sédatif ou d’un antalgique peut parfois accélérer la survenue du décès (4).

Bases éthiques

Avant toute considération théorique, il est essentiel de garder en mémoire que chaque histoire est unique. Confrontés à la maladie, l’enfant et sa famille d’une part, l’équipe soignante de l’autre, vont réagir de manière personnelle, non prévisible, non reproductible. Ce que l’on peut considérer comme bien dans une situation précise peut être tout à fait inadéquat dans une autre. Plusieurs principes régissent les choix éthiques en fin de vie et doivent participer à la décision (1, 5). Ils concernent non seulement l’enfant malade, mais aussi sa famille, l’équipe soignante et, bien audelà, tout l’entourage du patient.

Le principe d’autonomie

L’enfant et ses parents doivent être considérés comme responsables. Le principe d’autonomie implique le respect de la personne, le droit au libre choix, le droit à l’information et le droit à l’implication. Ce principe sous-entend que pour pouvoir choisir, il est nécessaire de disposer de toutes les informations et de les comprendre. L’enfant admis aux soins intensifs pédiatriques n’est que très rarement capable d’exprimer une opinion en raison, notamment, de son jeune âge, d’un support respiratoire invasif (qui empêche toute conversation), d’une analgosédation, d’une encéphalopathie. L’enfant qui peut comprendre et s’exprimer doit être informé en tenant compte de ses capacités de compréhension. Les explications fournies aux parents nécessitent d’être répétées, formulées de différentes manières, par différentes personnes, pour pouvoir être bien comprises. Quand la question de la limitation ou de l’arrêt de soins se pose, une concertation pluridisciplinaire est très souvent indispensable avant toute prise de décision. Seule une situation vitale critique oblige l’intensiviste pédiatrique à décider seul. La sévérité d’une affection neurologique majeure ou l’implication d’une maladie grave sur la qualité de vie future de l’enfant sera jugée d’autant plus adéquatement que différents soignants sont impliqués. Le médecin traitant, le pédiatre référent, les pédiatres spécialistes, l’équipe infirmière, le kinésithérapeute, le psychologue et le représentant du culte choisi par les parents sont autant de personnes à intégrer activement avant toute décision. Il est d’ailleurs réconfortant pour la famille de l’enfant de savoir qu’autant de soignants sont impliqués dans les soins et que l’information qu’ils reçoivent découle d’une concertation pluridisciplinaire. L’équipe infirmière joue un rôle important. Elle connaît l’enfant et assure des soins lourds. Elle a rencontré les parents à de nombreuses reprises et va très souvent répondre à leurs questions après que le médecin leur ait donné des nouvelles graves ou communiqué une décision de fin de vie. Elle participe à l’information sous un angle différent, complémentaire et essentiel. L’écoute de cette équipe est donc primordiale.

Le principe de bienfaisance

Les soignants ont l’obligation d’agir pour le bien de la personne, pour l’intérêt supérieur de l’enfant. Les décisions prises doivent offrir davantage de bénéfices que d’inconvénients. Toute décision, de traitement ou de non traitement, doit être guidée en priorité par la volonté de faire du bien, non seulement à l’enfant mais également à sa famille. Cette notion s’étend dans le temps. Etre bienfaisant implique en effet de tenir compte du devenir de l’enfant et de sa famille, de sa qualité de vie et de son autonomie futures. Un enfant peut passer par des moments difficiles si cela a un sens. De même, le principe de bienfaisance sous-entend que le soignant doit agir avec la volonté d’éviter un mal futur. L’enfant peut garder des séquelles d’une maladie ou d’un traumatisme, mais celles-ci ne peuvent compromettre de manière significative sa qualité de vie dans les années à venir. L’appréciation d’une qualité de vie est excessivement compliquée; elle est personnelle et non universelle; elle est variable au cours du temps et nécessite donc une réévaluation régulière. Elle ne peut être appréciée qu’en tenant compte de l’avis des différentes personnes concernées: l’enfant si possible, ses parents, sa famille, les médecins, les infirmier(e)s, les paramédicaux. L’enfant doit être au centre du questionnement et chacun doit s’effacer en pensant uniquement à lui.

Le principe de non-maléficience

Notre prise en charge ne doit pas porter préjudice à la qualité de vie future de l’enfant. Ceci est d’autant plus vrai dans une unité de soins intensifs pédiatriques où l’on fait appel à des techniques et soins lourds et parfois très sophistiqués. La capacité d’une équipe à commencer rapidement une réanimation cardio-pulmonaire et la disponibilité de techniques de support complexes ne justifient nullement que ces gestes soient débutés sans réflexion préalable. Les risques sont en effet grands que la vie soit maintenue à un prix déraisonnable. Le principe de non-maléficience réfère encore à la suppression de quelque chose de nocif pour la personne. Il ouvre ainsi la porte à l’arrêt de techniques de réanimation devenues futiles parce que responsables d’effets indésirables trop lourds. Le principe de non-nuisance ne s’applique pas uniquement à l’enfant. La famille, l’équipe soignante, l’entourage de l’enfant doivent également être protégés  d’actions nuisibles. De même, le principe de non-nuisance ne vaut pas uniquement pour la prescription d’un traitement, mais concerne aussi l’information, dans la manière dont celle-ci est partagée et comprise.

Le principe de justice distributive

Ce principe détermine le droit aux mêmes soins pour tous au sein d’une société. L’égalité de traitement doit exister quels que soient la classe sociale, l’appartenance philosophique ou les moyens financiers de la personne. Le principe de justice pose également la question de l’adéquation des moyens mis en oeuvre vis-à-vis de la société: l’instauration à mauvais escient de traitements lourds, coûteux et longs ampute en effet les moyens disponibles pour l’ensemble des autres patients.

Démarche clinique basée sur ces principes

Confrontée à un patient gravement malade pour lequel la question de l’utilité ou de la futilité des soins est posée, l’équipe soignante est amenée à établir un projet thérapeutique. Celui-ci nécessite plusieurs étapes.

Le choix d’un projet thérapeutique

Une évaluation médicale complète précède toute discussion de projet thérapeutique. Elle inclut une revue de l’histoire de l’enfant, du bilan réalisé, du diagnostic retenu, des traitements instaurés. Elle impose de réfléchir à l’ensemble des choix thérapeutiques potentiels ainsi qu’aux perspectives d’avenir. Le diagnostic de l’affection doit être précis, ce qui impose parfois un complément de mise au point. Le traitement doit être revu; une nouvelle proposition peut être suivie. Le pronostic doit être affiné; l’avis d’autres experts peut être requis avant toute autre démarche. Les parents doivent avoir été informés et écoutés. Le choix d’un projet thérapeutique se fait au cours d’une ou de plusieurs réunions qui permettent à chacun de s’exprimer librement, sans crainte d’être jugé par ses pairs. Toutes les options thérapeutiques potentielles doivent y être débattues. Des avis divergents peuvent exister. L’objectif est d’obtenir un consensus sur un projet de soins centré sur l’enfant. En l’absence de consensus, le médecin responsable doit décider, en s’aidant des avis émis. Toute décision doit être comprise, mais pas nécessairement acceptée, par l’ensemble des soignants présents. Les parents sont alors rencontrés.

L’information des parents et la prise de décision

Bouleversés par la maladie de leur enfant, animés par des sentiments très divers et variables dans le temps, les parents ne peuvent comprendre qu’après de longs entretiens, faits de temps de parole, d’écoute et de silence. Le langage ne peut être compliqué; il doit être juste et honnête. Les informations sont souvent répétées car l’incompréhension peut être totale, surtout si toute une vie a basculé en l’espace de quelques instants. Certaines questions peuvent rester sans réponse car il n’y a pas de place pour le mensonge. L’incompréhension, la peur, la colère, l’injustice, la révolte, le fatalisme, le refus s’entremêlent souvent chez les parents, comme parfois chez certains soignants. Les parents peuvent cheminer différemment, ce qui impose de consacrer du temps à chacun. Du temps doit ensuite être réservé aux frères et soeurs, vus souvent par après et en présence de leurs parents, quelque peu «préparés». Les tenir écartés est une erreur qui peut être lourde de conséquences pour leur équilibre futur. Ils participent à leur manière à l’accompagnement de leur frère ou soeur, par des paroles, des gestes, des dessins, un silence. La plupart du temps, de nombreux entretiens précèdent celui au cours duquel un projet de fin de vie est présenté aux parents. Une certaine confiance a pu s’établir; elle facilite les échanges. Les différents projets thérapeutiques sont exposés, mais celui qui a été choisi par l’équipe est précisé. Impliquer les parents dans le processus décisionnel sans leur faire porter le poids de la décision nous semble en effet très important. Même si certains parents nous devancent par leurs réflexions, il importe de reprendre la main afin de ne pas leur laisser l’impression que ce sont eux seuls qui ont choisi. C’est une manière de les aider dans leur processus de deuil. La réflexion peut être longue si l’état de santé de l’enfant le permet; des choix doivent cependant être pris parfois rapidement. Les parents doivent comprendre la décision prise par l’équipe puis l’accepter comme la plus respectueuse de leur enfant. Si tel n’est pas le cas, les soins sont poursuivis sans modification, les parents sont revus et un nouveau chemin est parcouru avec eux. Les rencontres ont lieu dans la chambre de l’enfant s’il est inconscient mais plus souvent, du moins au début, dans une pièce extérieure qui permet à chacun de s’asseoir. Un ou deux médecins ainsi que l’infirmière en charge sont présents. Lorsque les parents sont de nouveau avec leur enfant, il est souvent inutile de reparler longuement. Une réponse à l’une ou l’autre question est parfois nécessaire. C’est surtout un moment de réflexion et d’attention, un moment où l’équipe reste disponible tout en laissant une certaine intimité familiale.

La mise en pratique de la décision

Une décision de limitation ou d’arrêt des soins entraîne souvent, pour un patient admis en soins intensifs, des changements rapides de son état clinique. Une certaine programmation est donc possible et permet la plupart du temps aux parents d’être là s’ils le souhaitent. Ceuxci déterminent s’ils veulent être là, s’ils veulent être seuls ou au contraire entourés par leurs famille et amis. Ils peuvent prendre leur enfant dans les bras ou le laisser dans son lit. L’accompagnement par l’équipe médicale doit s’adapter à chaque situation, toujours différente et parfois imprévisible. Il n’y a donc pas de «recette miracle». Il est cependant indispensable d’être présent, médecin(s) et infirmier(e)(s), d’offrir aux familles un environnement adéquat, d’expliquer les moments à venir et les gestes qui vont être posés. Il est tout aussi important de répéter que les soins de confort sont toujours assurés et que toute souffrance peut être évitée. Soulager la souffrance des parents est cependant impossible. Un accompagnement religieux peut être proposé; il peut aider les parents d’une manière différente. La richesse intérieure des parents nous surprend chaque fois; elle nous enrichit et nous aide dans nos décisions.

Après le décès

L’action de l’équipe soignante ne s’arrête pas avec le décès de l’enfant. La question du don d’organes ou de tissus doit être abordée à chaque opportunité. Ce don peut être un moyen de rendre la perte de l’enfant moins «inutile». C’est aussi le moment de réaliser un geste souvenir, comme une empreinte de pied ou de main, voire une photographie si les parents le souhaitent. Les démarches administratives sont expliquées et notre aide proposée en cas de problèmes. La porte des soins intensifs pédiatriques ne se referme pas; elle reste ouverte pour une nouvelle entrevue, des semaines, des mois voire des années après le décès. Cet entretien permet de reparler de l’enfant et de son histoire médicale; il permet aussi de répondre à certaines questions et de demander comment chacun, parent, frère et soeur, chemine sur le difficile chemin du deuil. Un accompagnement psychologique est proposé chaque fois. Nous avons également pris l’habitude d’écrire un petit mot aux parents d’enfants décédés l’année suivant le décès. L’équipe soignante doit également pouvoir bénéficier de soutien après le décès; il est important de pouvoir reparler de l’enfant, de sa famille, des décisions prises.

Conclusion

La mort de l’enfant fait partie intégrante de la pratique des soins intensifs pédiatriques. En tant que soignants, la quête de la vie et de la santé doit justifier l’emploi de tous les moyens disponibles. Cependant, dans certaines circonstances, la mort reste inévitable. Dans près de la moitié des cas, le décès d’un enfant en soins intensifs pédiatriques résulte d’une décision de l’équipe soignante de limiter ou d’arrêter les soins thérapeutiques. Cette prise de décision et sa mise en pratique sont un soin au patient au sens propre du terme, qui est de veiller au bien-être de la personne dont on a la charge. Elle doit être formellement dissociée de la notion d’euthanasie. Elle nécessite un cheminement avec la famille, un investissement important de la part des soignants et un travail d’équipe sans faille.

Références

1. Hubert P, Canoui P, Cremer R, Leclerc F. Limitations et arrêts de traitements actifs en réanimation pédiatrique: recommandations du GFRUP. Archives de pédiatrie 2005;12:1501-8.
2. Devictor D, Nguyen DT. Fin de vie en réanimation pédiatrique. Archives de pédiatrie 2003;Suppl. 1:167s-176s.
3. Inghelbrecht E, Bilsen J, Pereth H, Ramet J, Deliens L. Medical End-of-Life Decisions: experiences and attitudes of Belgian Pediatric Intensive Care Nurses. AJCC 2009;18:160-8.
4. Vincent JL. Décisions de fin de vie: entre non-escalade et désescalade. Hospitals.be 2008;2:18-29. 5. Brazeau-Lamontagne L. Ethique et décisions médicales. La revue de médecine interne 2005;26:S22-S24.



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Vos réactions

Humanité

Le 03 août 2010

Beaucoup d'humanité dans cet article. Je sais par mon vécu personnel comme il est important de se sentir accompagné et compris dans cette épreuve.

AF

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