Y. BOUREZANE,
Besançon
Figure 1/illustration : APEC. Érythème papuleux
pseudo-urticarien unilatéral du pli axillaire.
Cette affection a été rapportée pour la première fois par
Brunner en 1962 dans la revue Archives of Dermatology dans
un article intitulé « Nouvel érythème papuleux de l’enfance, à
propos d’une série rétrospective de 75 cas observés sur une période
de 10 ans » (1). C’est finalement A. Taïeb qui, en 1993,
propose l’acronyme APEC (Asymmetric Periflexural Exanthem of
Childhood) pour désigner cette affection et qui sera depuis
retenu (2). L’APEC survient classiquement chez l’enfant d’âge
pré-scolaire, en moyenne 24 mois (17 à 36 mois), plus rarement vers
5-7 ans, mais exceptionnellement à l’âge adulte. En effet, à notre
connaissance, il n’y a qu’une seule observation publiée par une
équipe allemande (3) chez un homme de 25 ans. Le tableau 1 résume
les principales caractéristiques des trois principales publications
ayant permis de préciser cette entité.
Diagnostic
Le caractère saisonnier est souvent retrouvé (printemps-hiver)
de même que la prédominance féminine (2/1). La présentation
clinique et l’évolution sont caractéristiques de l’APEC. Quelques
jours après un syndrome grippal, pouvant d’ailleurs passer
inaperçu, survient un érythème maculopapuleux pseudo-urticarien
(figure 1/illustration), unilatéral, débutant au niveau de la
région du pli axillaire d’aspect annulaire ou circiné et
d’extension centrifuge avec parfois atteinte de la région dorsale
(figure 2). La bilatéralisation des lésions est possible. L’aspect
de l’exanthème peut parfois être eczématiforme simulant une
dermatite atopique (figures 3 et 4) lorsque l’éruption est
prurigineuse ou papuleuse, pouvant ainsi simuler un syndrome de
Giannotti-Crosti (figure 5), ou plus rarement purpurique (figure
6).
Le prurit est le plus souvent discret et l’évolution est
spontanément favorable en 4 à 6 semaines (4). Le reste de l’examen
clinique permet de retrouver une adénopathie satellite dans environ
50 % des cas. L’examen histologique n’est pas nécessaire et ne
semble pas être spécifique. Cependant, une étude canadienne portant
sur 48 cas d’APEC avec réalisation de 15 examens histologiques
insiste sur la présence d’un infiltrat lymphohistiocytaire autour
des glandes eccrines, qui semble être un signe histologique
évocateur d’APEC(5). Le traitement de l’APEC est purement
symptomatique : émollient, dermocorticoïdes et antihistaminiques.
Il faut surtout rassurer les parents et les convaincre de la
bénignité des lésions.

Similitudes avec d’autres exanthèmes
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Figure 6. Aspect purpurique.
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Sur le plan étiologique, l’hypothèse virale est au premier plan
à l’heure actuelle, malgré l’absence de preuves virologiques(6,7),
et basée sur les arguments suivants : aspects cliniques et
évolutifs similaires aux exanthèmes viraux, recrudescence hivernale
et printanière, présence de prodromes (syndrome pseudo-grippal, cas
familiaux rapportés).
Certaines similitudes entre l’APEC, le syndrome de
Giannotti-Crosti et le pityriasis rosé de Gibert (PRG) sont
troublantes, telle la survenue par petites épidémies saisonnières
et l’évolution spontanément favorable en quelques semaines
suggérant la même origine virale. Ce virus serait responsable
d’éruptions différentes survenant à différents moments de la vie :
durant la première année pour le Giannotti- Crosti, puis vers l’âge
de 2 ans pour l’APEC et vers 5-6 ans et à l’âge adulte pour le PRG.
Le tableau 2 résume les caractéristiques de ces trois
affections.
Conclusion
L’APEC présente des similitudes avec deux autres affections
dermatologiques bénignes d’évolution spontanément favorable et dont
l’origine virale est probable : le syndrome de Giannotti-Crosti et
le pityriasis rosé de Gibert, suggérant l’existence d’un spectre
continu entre ces trois affections, dont la différence principale
réside dans l’aspect clinique et l’âge de survenue. Des études plus
approfondies et contrôlées devraient être réalisées pour
approfondir cette hypothèse.

Références
1. Brunner MJ et al. A new papular erythema of childhood. Arch
Dermatol 1962 ; 85 : 539-40.
2. Taïeb A et al. Asymmetric periflexural exanthem of childhood. J
Am Acad Dermatol 1993 ; 29 : 391-3.
3. Gutzmer R et al. Unilateral laterothoracic exanthem (APEC)
report of an adult patient. J Am Acad Dermatol 1997 ; 37 :
484-5.
4. Clyti E et al. Exanthème aigu infantile. Ann Dermatol Venereol
2007 ; 134 : 577-8.
5. McCuaig CC et al. Unilateral laterothoracic exanthem. A
clinicopathologic study of forty-eight patients. JAAD 1996 ; 34 :
979-84.
6. Coustou D et al. Asymmetric periflexural exanthem of childhood:
a clinical, pathologic, and epidemiologic prospective study. Arch
Dermatol 1999 ; 135 : 799-803.
7. Coustou D et al. Asymmetric periflexural exanthem of childhood:
microbiologic case-control study. Pediatr Dermatol 2000 ; 17 :
169-73.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, avril 2010