J.-M. RETBI,
Centre hospitalier Delafontaine, Saint-Denis
L’hypertension intracrânienne du nourrisson revêt des
aspects cliniques particuliers liés à l’âge mais aussi à certaines
étiologies spécifiques. Cet article aborde la physiopathologie, les
différentes présentations cliniques et les modalités de la prise en
charge de l’HTIC en service de neurochirurgie ou de réanimation
pédiatrique.
L’ hypertension intracrânienne (HTIC) est la conséquence de
toute pathologie où l’encéphale se retrouve à l’étroit dans la
boîte crânienne. Elle implique un double risque d’engagement et
d’ischémie cérébraux. Sa sémiologie et ses présentations cliniques
varient avec l’âge du patient. Au cours des deux premières années
de la vie, ces variations s’expliquent par l’ossification des os de
la voûte du crâne. La fontanelle antérieure (FA) reste «
ouverte » jusqu’à 12-18 mois, et les sutures ne se soudent
pas avant 3 ans. Le nourrisson dispose donc d’un témoin de la
pression intracrânienne (PIC), la FA (encadré ci-dessous), et d’un
mécanisme de compensation de l’HTIC, la distension du crâne. Cette
revue générale sur l’HTIC du nourrisson (de 8 jours à 2 ans) ira de
la physiopathologie au traitement symptomatique, en insistant sur
les particularités liées à l’âge. Elle fera une part importante aux
HTIC non traumatiques.
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Fontanelle antérieure ou bregmatique
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– se ferme vers 12-18 mois (extrêmes : 4-26
mois) ;
– tant qu’elle est ouverte, constitue :
• un témoin de la PIC : FA tendue, voire
bombante en cas d’HTIC,
• une fenêtre échographique sur le cerveau : échographie
transfontanellaire,
• un site de ponction : ponction sous-durale/ventriculaire.
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Rappel sur la PIC
La PIC est la pression exercée par le cerveau, le liquide
céphalorachidien (LCR) et le sang du cerveau sur la dure-mère et
les os du crâne. Elle est égale à la pression hydrostatique du LCR
dans les ventricules latéraux. Au repos, en position assise, elle
est voisine de zéro. En position couchée, elle augmente avec l’âge,
mais jusqu’à 2 ans, elle reste inférieure à 10 mmHg (13,6 cmH20).
Elle est sensible aux à-coups de la pression veineuse cérébrale
provoqués par l’agitation, la douleur, la toux, des vomissements…
Avant 2 ans, on ne parle habituellement d’HTIC que si elle dépasse
durablement 15 mmHg (versus 20 mmHg au-delà de 2 ans). Cependant,
en clinique, la mesure de la PIC sert plutôt à surveiller une HTIC
qu’à la prouver.
Physiopathologie
Typiquement, une HTIC évolue en deux phases : l’une compensée,
l’autre décompensée, avec des engagements cérébraux qui mettent en
jeu le pronostic vital.
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Figure 1.
Courbe pression-volume de l’encéphale. Pour une même variation de
volume, la PIC augmente peu dans la 1re partie de la courbe,
beaucoup dans sa 2e partie.
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L’allure exponentielle de la courbe pressionvolume de
l’encéphale reflète bien cette évolution (figure 1).
Les facteurs de l’HTIC
Le niveau de la PIC résulte de l’action en sens contraire de
facteurs promoteurs et de facteurs compensateurs.
Facteurs promoteurs
À tout âge, les facteurs promoteurs sont :
– l’oedème cérébral, localisé ou diffus,
vasogénique/cytotoxique/ interstitiel/hypo-osmolaire (tableau 1)
;
– l’accumulation de LCR sous tension dans les ventricules (ou
hydrocéphalie) par suite d’un défaut de la circulation/absorption
du LCR ou d’un excès de sa production ;
– l’augmentation du volume sanguin cérébral, par turgescence des
artérioles et/ou des veines cérébrales ;
– les processus qui occupent de l’espace aux dépens des
constituants normaux de l’encéphale.
Ces processus expansifs peuvent siéger dans le parenchyme
cérébral ou en dehors de celui-ci (par exemple, un hématome
sousdural, un méningiome).
Facteurs compensateurs
Le nourrisson dispose de deux moyens de compensation :
– la distension du crâne tant que les sutures ne sont pas
soudées, jusque vers 3-4 ans. Ce dispositif est activé surtout s’il
est sollicité précocement (foetus > nouveau-né > nourrisson)
et progressivement (HTIC chronique > HTIC aiguë). Il explique la
rareté relative de l’oedème papillaire et des engagements cérébraux
;
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SNC : système nerveux central ;
LCR : liquide céphalo-rachidien ;
HTIC : hypertension intracrânienne.
* N’est pas pathologique au cours des premiers jours de
vie.
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– la réduction du volume du LCR, surtout par augmentation de son
absorption. Dans l’encéphale, le LCR joue un rôle critique : chez
un petit nourrisson, la soustraction de 8 ml de LCR peut ramener la
PIC de 50 à 5 mmHg. Théoriquement, le parenchyme cérébral est
incompressible, quoique déformable. Le lit artériel réagit aux
variations de la pCO2 : l’hypocapnie produit une vasoconstriction
artériolaire, l’hypercapnie une vasodilatation.
Conséquences de l’HTIC
Sur le cerveau
Soumis à une HTIC, le cerveau en développement est exposé à 2
menaces :
– l’ischémie, y compris quand l’HTIC semble « stabilisée ». Le
débit sanguin cérébral (DSC) doit être > 50 ml/min/100 g pour
assurer l’apport de glucose et d’oxygène nécessaire au cerveau.
Dans certaines limites, il est protégé des changements de la
pression de perfusion cérébrale (PPC) par l’ajustement du calibre
des artérioles cérébrales (figure 2).
C’est la plage d’autorégulation cérébrale, où se vérifient les
relations suivantes : PPC = PAM – PIC = Rc x DSC. (PPC : pression
de perfusion cérébrale ; PAM : pression artérielle moyenne ; PIC :
pression intracrânienne ; Rc : résistances cérébrales ; DSC : débit
sanguin cérébral.) Au cours des premiers mois de vie, cette plage
est plus étroite que par la suite. Une baisse de la pression de
perfusion cérébrale comporte donc un risque d’ischémie plus précoce
pour le cerveau du nourrisson ;
– un engagement, en phase décompensée (tableau 2).
Sur les voies optiques : oedème papillaire et
atrophie optique post-stase.
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Figure 2.
Autorégulation cérébrale. Entre deux valeurs limites de la PPC (50
et 100 mmHg sur le schéma), le FSC reste stable grâce aux
variations de calibre des artères cérébrales.
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Une baisse de la pression
de perfusion cérébrale comporte un risque d’ischémie plus précoce
pour le cerveau du nourrisson.
Étiologies
Il est habituel de classer les causes premières d’HTIC en
traumatiques et non traumatiques : anoxiques, tumorales,
infectieuses, métaboliques, etc. À cette énumération « par
processus », une discussion par situations » est préférable chez le
nourrisson, malgré ses redondances (cf. Présentations cliniques).
Signalons seulement que l’incidence des différentes causes est
influencée par l’âge.
Les traumatismes crâniocérébraux
Ils sont fréquents chez le nourrisson. Environ 80 % d’entre eux
sont dus à des chutes ou à des chocs domestiques (« il est tombé »,
« il s’est cogné »), qui soulèvent le problème de la maltraitance
(enfants battus ou secoués).
Parmi les causes non traumatiques
Les tumeurs cérébrales sont rares avant 2 ans :
la plupart sont des tumeurs primitives neuro-ectodermiques (PNET),
type médulloblastome, qui siègent dans la fosse cérébrale
postérieure (FCP) et compriment le quatrième ventricule (V4).
En contrepartie, on rencontre des malformations du
SNC, comme la sténose congénitale de l’aqueduc de Sylvius, le
syndrome de Dandy-Walker (dilatation kystique de V4 avec agénésie
du vermis cérébelleux), la malformation d’Arnold-Chiari de type II
associée à un spina bifida. Des causes impliquent plusieurs
promoteurs de l’HTIC, en concurrence ou en combinaison. Ainsi, un
traumatisme crâniocérébral peut cumuler une contusion cérébrale, un
hématome intracrânien et un oedème cérébral. Une tumeur cérébrale «
occupe de l’espace », mais elle entraîne aussi une HTIC par oedème
péritumoral, hémorragie in situ, blocage de la circulation/
résorption du LCR, augmentation du DSC et gêne au retour
veineux.

Sémiologie
Examen clinique
L’HTIC du nourrisson se manifeste par des signes fonctionnels et
physiques.
Signes fonctionnels
– Des vomissements alimentaires répétés, associés à une
stagnation pondérale peuvent réaliser un tableau
pseudodigestif.
– Une léthargie, des cris aigus, perçants, sont parfois signalés
par les parents.
Signes physiques
La gamme des signes physiques d’HTIC comprend des signes
crâniens, oculaires et neurologiques (donc sans valeur
localisatrice), et vitaux (tableau 3).
Les signes crâniens
justifient la palpation de la FA et la mesure
du périmètre crânien au cours de tout examen clinique
d’un enfant jusqu’à l’âge de 2 ans.

La gamme des signes physiques dépend de l’allure évolutive chez
un patient donné :
– dans l’HTIC progressive (chronique), la tête prend un aspect
évocateur : macrocrânie avec front haut et proéminent, dilatation
des veines du scalp, parfois regard en « coucher de soleil
». La disjonction des sutures est palpable. L’examen neurologique
trouve souvent une hypotonie axiale, un syndrome pyramidal des 4
membres. Un arrêt du développement psychomoteur est possible ;
– dans l’HTIC aiguë, l’altération de la conscience est rapide.
La FA est bombante, mais les sutures peu ou pas disjointes. Le
syndrome pyramidal est net avec des réflexes ostéotendineux
polycinétiques et un clonus du pied. Un engagement est à craindre
s’il existe une mydriase unilatérale ou des troubles du rythme
respiratoire.
Examens paracliniques
Toute HTIC doit être documentée par une batterie d’examens
complémentaires.
L’examen du fond d’oeil
L’oedème papillaire est rare chez le nourrisson. Des hémorragies
rétiniennes suggèrent un hématome sous-dural. Attention ! Ne pas
instiller de collyre mydriatique avant la fundoscopie quand on
soupçonne une HTIC ou qu’il existe un coma (les pupilles sont un
élément de surveillance !).
Une imagerie cérébrale : échographie, scanner à
RX, IRM L’imagerie cérébrale contribue à la fois au diagnostic
positif et au diagnostic étiologique. Ses différentes modalités
doivent être discutées au cas par cas en fonction de leur apport
potentiel et de l’état du patient (le nourrisson est-il dans un
état stable ?).
– L’échographie transfontanellaire (ETF) est réalisable au
chevet du nourrisson, mais elle est opérateur-dépendante. Si elle
visualise aisément une dilatation ventriculaire, elle explore mal
la périphérie du cerveau et la FCP.
– Le scanner à RX est l’examen de référence en matière d’HTIC.
Il peut révéler un « effet de masse » (un déplacement/déformation/
effacement de la ligne médiane et des ventricules latéraux) ;
l’hypodensité diffuse/ localisée d’un oedème cérébral ; une
dilatation ventriculaire (dont la topographie est à préciser), avec
parfois une hypodensité périventriculaire (résorption
transépendymaire) ; des lésions primaires.
– L’IRM peut être incompatible avec l’état du patient et son
appareillage. Elle est informative dans les processus expansifs
intracrâniens (tumeurs, abcès, hématomes, kystes).
Éventuellement, PL, RX du crâne et EEG
– La ponction lombaire (PL) est en principe contre-indiquée en
cas d’HTIC parce qu’elle peut déclencher un engagement amygdalien
ou autre ; elle est pourtant indispensable au diagnostic de
méningite purulente et de méningoencéphalite. Chez le nourrisson,
les dangers d’un retard au diagnostic et au traitement d’une
infection du système nerveux central (SNC) prévalent sur le risque
d’engagement, au demeurant faible, moyennant des précautions
(encadré ci-dessous). Précautions entourant la PL en cas d’HTIC
dans un contexte infectieux :
– « fond d’oeil avant PL », classique mais souvent normal chez
le nourrisson ;
– stabilisation de l’état respiratoire et hémodynamique ++ ;
– bolus IV de mannitol à 20 %, renouvelable ;
– PL en décubitus latéral, avec une aiguille fine ++ ;
– décubitus prolongé après la PL.
– Les radiographies du crâne (RX du crâne) peuvent montrer une
disjonction des sutures, des impressions digitiformes dans les
craniosténoses, ou encore des calcifications cérébrales…
– L’électroencéphalogramme (EEG) peut être normal ou montrer des
ondes lentes. Il détecte/ confirme des convulsions.
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Précautions entourant la PL en cas d’HTIC dans un
contexte infectieux
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– « fond d’oeil avant PL », classique mais
souvent normal chez le nourrisson ;
– stabilisation de l’état respiratoire et hémodynamique ++ ;
– bolus IV de mannitol à 20 %, renouvelable ;
– PL en décubitus latéral, avec une aiguille fine ++ ;
– décubitus prolongé après la PL.
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Présentations cliniques
En clinique, les HTIC du nourrisson se présentent de 3
façons.
L’HTIC est décelée en surveillant une pathologie connue
La pathologie primaire peut être :
Un traumatisme crâniocérébral
L’HTIC survient au cours d’un traumatisme crânien sévère,
caractérisé par un coma (score de Glasgow pour enfants < 8), des
signes neurologiques de localisation, un polytraumatisme ou une
plaie crâniocérébrale. Elle est due à un oedème cérébral, un brain
swelling (rare chez le nourrisson), un hématome intracrânien (à
évacuer). Il ne faut pas se laisser rassurer par un scanner
cérébral normal au début. Le monitorage de la PIC a amélioré la
prise en charge des traumatismes crâniocérébraux.
Une anoxo-ischémie cérébrale après une asphyxie
par étouffement/strangulation/ noyade ; un arrêt cardiorespiratoire
réanimé. L’oedème cérébral est majeur. Le pronostic est très
sombre.
Une intoxication donnant un oedème cérébral
:
– intoxication par l’oxyde de carbone, au bout de quelques
heures ou quelques jours ;
– intoxication par l’éthylèneglycol ;
– intoxication par le plomb, avec plombémie > 700 ng/ml
(encéphalopathie plombique aiguë).
Une hémorragie intracrânienne
– Hémorragie intraventriculaire (HIV) du prématuré. Une HIV de
grade 3 peut évoluer vers l’hydrocéphalie. Elle justifie une
surveillance de la tête de l’enfant par l’ETF et la mesure du PC.
La dilatation ventriculaire précède l’augmentation du PC, qui est
rarement nette avant la 3e semaine de vie. L’hydrocéphalie est due
à un défaut d’absorption du LCR au niveau des villosités
arachnoïdiennes et aussi à un « feutrage » sur le toit de V4. Les
options thérapeutiques vont de l’abstention à la dérivation du LCR,
en passant par l’acétazolamide et la soustraction de LCR (PL
itératives, pose d’un réservoir sous-cutané).
– Hématome intracérébral, au cours d’un purpura thrombopénique
idiopathique.
Certaines malformations du SNC dépistées in
utero
L’hydrocéphalie qui en résulte n’est pas forcément présente à la
naissance.
Dans le spina bifida– une éventualité rare depuis les
interruptions de grossesse –, elle se démasque/s’aggrave souvent
après couverture de la myéloméningocèle. Dans la sténose
congénitale de l’aqueduc de Sylvius et le syndrome de Dandy-Walker,
elle peut apparaître au cours de la 1re année.
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Principales particularités de l’HTIC du
nourrisson
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• L’HTIC est définie par une élévation durable de la PIC
au-dessus de 15 mmHg.
• L’oedème cérébral et l’hydrocéphalie sont les principaux
promoteurs de l’HTIC, l’ischémie cérébrale une menace
constante.
• Le crâne se laisse distendre, ce qui se traduit par un
bombement de la FA et l’augmentation du PC, et explique la rareté
des engagements cérébraux et de l’oedème papillaire.
• Le scanner à RX est l’examen de référence dans l’imagerie
de l’HTIC, mais l’échographie est facile à faire par voie
transfontanellaire.
• Les traumatismes crâniocérébraux et l’hématome sous-dural
chronique posent la question de la maltraitance.
• Les tumeurs cérébrales sont rares avant 2 ans, les
malformations propres à cet âge.
• L’association « fièvre et FA bombante/tendue »
suggère d’abord une méningite purulente et une méningo-encéphalite
herpétique.
• Toute hydrocéphalie doit faire discuter l’indication d’une
dérivation ventriculopéritonéale.
• L’HTIC bénigne transitoire a dans l’ensemble un meilleur
pronostic que par la suite.
• Une HTIC aiguë doit être prise en charge dans un service de
réanimation/neurochirurgie pédiatrique.
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L’HTIC fait partie d’un syndrome pédiatrique
Syndrome infectieux avec FA tendue/bombante
L’examen clinique d’un nourrisson fébrile, et parfois comateux,
trouve une FA tendue, voire bombante. Parmi les principales causes
:
– les 5 diagnostics de gravité sont la méningite purulente, la
méningo-encéphalite herpétique, l’accès pernicieux palustre,
l’abcès du cerveau et la thrombophlébite cérébrale. Les 3 premiers
sont des plus urgents. Concernant les méningites purulentes, l’HTIC
est significative dans les formes comateuses d’emblée qui ont pour
substratum un oedème cérébral ; elle peut aussi se voir dans les
formes compliquées d’abcès cérébraux ou d’empyème sous-dural,
d’hydrocéphalie aiguë due à une arachnoïdite adhésive ou à une
ventriculite (surtout avant l’âge de 3 mois), de thrombophlébite
cérébrale, d’hématome sous-dural et d’hyponatrémie par sécrétion
inappropriée d’ADH ;
– heureusement, des diagnostics moins graves sont possibles :
une méningite virale, et, avec un LCR normal, une otite ou un
exanthème subit (avant l’éruption).
L’association fièvre et FA tendue/ bombante suggère en priorité
une infection du SNC et impose la PL avec les précautions d’usage.
Il faut instaurer d’urgence le traitement spécifique d’une
méningite purulente (antibiotiques), d’une méningoencéphalite
herpétique (aciclovir) ou d’un accès pernicieux palustre
(antipaludéens).
L’association fièvre et FA
tendue/bombante suggère en priorité
une infection du SNC et impose la PL avec les précautions
d’usage.
Hydrocéphalie
Sur le plan clinique, le crâne du nourrisson est augmenté de
volume, avec des sutures élargies, et l’ETF met en évidence une
dilatation ventriculaire nette. En ce qui concerne les principales
causes, les hydrocéphalies du nourrisson peuvent être :
– posthémorragiques : après une HIV du prématuré, une hémorragie
sous-arachnoïdienne ou de la FCP du nouveau-né à terme ;
– postinfectieuses : après une toxoplasmose congénitale, une
méningite du premier trimestre de la vie ;
– malformatives : au cours d’une sténose congénitale de l’aqueduc
de Sylvius, d’un syndrome de Dandy-Walker. Une hydrocéphalie
obstructive (non communicante) est parfois révélatrice la 1re
année. Dans la sténose de l’aqueduc, la dilatation est
triventriculaire ; un garçon avec des pouces adductus suggère un
syndrome de Bickers et Adams (à transmission liée au sexe) ;
– tumorales : par une PNET de la FCP comprimant V4. Il faut
mentionner à part :
• le papillome des plexus choroïdes avec hyperproduction d’un
LCR riche en protéines, qui est l’apanage du nourrisson ;
• l’anévrisme de la grande veine de Galien qui peut se révéler par
une HTIC ;
– idiopathiques : 10 % à 30 % des hydrocéphalies communicantes
restent inexpliquées.
Hématome sous-dural chronique
Une macrocrânie, des convulsions sans fièvre et des hémorragies
rétiniennes au fond d’oeil suggèrent un hématome sous-dural ;
cependant, cette triade clinique est rarement au complet.
L’hématome est mieux visualisé par le scanner que par l’ETF. Sa
relation avec une forme de maltraitance, le syndrome des enfants
secoués, est bien établie. Son évacuation par ponction sous-durale
à l’angle externe de la FA est parfois impossible (FA presque
fermée, hématome à distance) ou insuffisante, d’où un drainage
externe ou sousduropéritonéal.
Craniosténoses
Les oxycéphalies (touchant la suture sagittale et les sutures
coronales) comportent dans deux tiers des cas une HTIC.
Tableaux cliniques plus rares
– Le syndrome de Reye, associant une encéphalopathie non
inflammatoire et une stéatose hépatique microvésiculaire. Il touche
le nourrisson et comporte, à partir du stade 3, une HTIC avec
oedème cérébral.
– Une encéphalopathie hépatique.
À cet âge, elle a pour causes une hépatite virale fulminante,
une intoxication au paracétamol ou des anomalies héréditaires du
cycle de l’urée.
– Le syndrome hémolytique et urémique, associant une hémolyse,
une insuffisance rénale et une hypertension artérielle. Il peut se
révéler par un coma avec oedème cérébral.
L’HTIC semble isolée
On pense à une HTIC bénigne transitoire, mais c’est un
diagnostic d’élimination. Il faut absolument éliminer une anomalie
structurelle de l’encéphale :
– tumeur cérébrale ;
– thrombose d’un sinus veineux ++, ce qui implique une IRM pour
voir le thrombus et l’arrêt du flux sanguin (angio-IRM) dans un
sinus latéral ou longitudinal supérieur. On retrouve une affection
déclenchante dans 100 % des cas : otomatoïdite (50 %), méningite,
déshydratation ; et une affection favorisante dans 40 % des cas :
thrombophilie, hémoglobinopathie…
Dans l’HTIC bénigne transitoire (autrefois dénommée méningite
séreuse, pseudotumor cerebri), l’HTIC serait due à un trouble de
l’absorption du LCR par hyperpression veineuse dans les sinus
veineux et/ou augmentation des résistances des villosités
arachnoïdiennes. Par définition, l’imagerie structurelle doit être
négative (sauf des ventricules latéraux réduits à des fentes) et le
LCR normal (en dehors de l’hyperpression). Le risque n’est pas
l’engagement cérébral mais l’atrophie optique. Chez le nourrisson,
cette HTIC se manifeste surtout par des vomissements, une
irritabilité, un bombement de la FA. On retrouve des facteurs
déclenchants dans plus de 50 % des cas : une hypervitaminose A ; la
prise de médicaments tels que des quinolones, des tétracyclines ;
l’arrêt d’une corticothérapie ; une otite (éliminer une thrombose
d’un sinus latéral) ; une fièvre éruptive (exanthème subit,
varicelle). L’évolution est, dans l’ensemble, plus simple que chez
l’adulte. La plupart des nourrissons répondent bien au traitement
médical : acétazolamide et PL soustractives ; reprise d’une
corticothérapie arrêtée trop brusquement. Ils ne font pas de
récidives et guérissent en moins de 6 mois.
Détection des complications
Toute HTIC fait craindre un engagement ou une ischémie
cérébrale. Un engagement temporal ou central se discute
cliniquement devant un enfant comateux. Signes alarmants : score de
Glasgow < 8, mydriase aréactive (uni- ou bilatérale), absence de
mouvements des yeux de poupée, tonus anormal (attitude de
décortication/ décérébration ou flaccidité), hypertension
artérielle avec bradycardie, troubles du rythme respiratoire,
oedème papillaire. C’est une urgence neurochirurgicale,
l’intervention étant précédée d’une mise en condition rapide
(intubation, osmothérapie, etc.). L’ischémie cérébrale est latente.
Elle est révélée par un Doppler de l’artère cérébrale moyenne. Une
vélocité diastolique < 0,25 m/sec et un Indice de Pulsatilité
(IP = [Vs – Vd]/Vm) > 1,3 au niveau de cette artère sont en
faveur d’une ischémie cérébrale.
Traitement symptomatique
Le traitement symptomatique de l’HTIC aiguë, hors engagement,
sera abordé pour terminer. Il exige un niveau de technicité et
d’expertise que seuls sont à même de procurer des services de
neurochirurgie ou de réanimation pédiatrique.
Objectif
Il faut abaisser la PIC en dessous de 15 à 20 mmHg, tout en
maintenant la PPC (PPC = PAM – PIC) à :
– 40-50 mmHg de J7 à 1 an (avant J7, les valeurs sont plus
basses chez les prématurés) ;
– ≥ 50 mmHg au-delà de 1 an.
Moyens
Certains visent à supprimer les surcroîts
d’HTIC liés à :
– une mauvaise position de la tête. La tête doit être maintenue
droite, dans l’axe du corps et relevée à 30° ;
– des compressions du cou, du thorax ou de l’abdomen. Attention
! Vérifier qu’un collier cervical n’est pas trop serré chez un
enfant polytraumatisé ;
– l’agitation et la douleur. Il y a intérêt à regrouper les
soins, à placer des cathéters à demeure pour perfuser, prélever
et/ou monitorer. Une sédation-analgésie est systématique. Elle
associe habituellement une benzodiazépine et un morphinique.
L’utilisation de curares est controversée chez le nourrisson.
Malgré tout, les aspirations endotrachéales restent un moment
délicat, à faire précéder d’une injection de thiopental ou à
encadrer avec une brève hyperventilation. Attention ! Ne pas
utiliser le MEOPA en cas d’HTIC – le protoxyde d’azote et les
halogénés, à l’exception de l’isoflurane, augmentent la PIC ;
– des convulsions. Les convulsions, fréquentes au cours des
HTIC, provoquent des poussées de PIC par augmentation du DSC et
précipitent les engagements. Elles sont tonicocloniques ou réduites
à des clignements de paupières, un nystagmus, une déviation des
yeux. Il faut les arrêter, de préférence avec une hydantoïne ;
– la fièvre. Des antipyrétiques sont en général suffisants.
D’autres s’appuient sur la physiopathologie de
l’HTIC (tableau 4)
Parmi les moyens non chirurgicaux, les agents osmotiques sont
les plus utilisés chez l’enfant. Ils réduisent l’oedème
cytotoxique, contractent le cerveau normal dans l’oedème
vasogénique. Le mannitol entraîne une polyurie (avec risque
potentiel d’hypovolémie) contre-indiquant son emploi en cas
d’hypotension artérielle ou d’insuffisance rénale, et il est suivi
d’un rebond ; il ne peut être renouvelé quand l’osmolalité dépasse
320 mOsm/kg. Le sérum salé hypertonique est une alternative. On
accepte des natrémies allant jusqu’à 170- 180 mEq/l. Il n’y a pas
d’essai le comparant au mannitol chez l’enfant, mais il est logique
de le préférer en cas d’hypotension artérielle :
– des PL soustractives sont possibles dans certains cas ;
– l’hyperventilation est limitée en intensité et en durée au strict
minimum étant donné qu’elle aggrave l’ischémie cérébrale.

Conduite à tenir
Traitement de base
Les premières mesures à mettre en oeuvre comprennent :
– l’installation du nourrisson : tête droite, relevée à 30°,
sans compressions ;
– la pose de voies d’abord ;
– une restriction hydrique à 50 ml/kg/jour pendant les premières 48
heures afin d’éviter une hyponatrémie ;
– une intubation trachéale (sous anesthésie générale) et une
ventilation mécanique (indications : hypoventilation, choc, coma)
;
– le maintien de la PA : remplissage, drogues vasoactives ;
– en cas d’imminence d’engagement, une perfusion IV de mannitol.
Son effet débute au bout de 15- 30 min et dure 4 à 6 heures ;
– si besoin est, un traitement antiinfectieux : céphalosporine de
3e génération ± aciclovir.
Réévaluation
Une réévaluation est faite à court terme, afin de diriger en
temps opportun un nourrisson qui en a besoin vers un service de
réanimation pédiatrique ou de neurochirurgie.
Mesure de la PIC
C’est dans ces services que sera décidé et installé un
monitorage invasif de la PIC chez un nourrisson comateux, en règle
générale intubé et ventilé. (Les capteurs de fontanelle ou
fontanomètres, testés chez les nouveau-nés et les petits
nourrissons dans les années 1980, ne sont pas fiables.)
– Indications : le monitorage est recommandé dans les
traumatismes crâniocérébraux et dans le syndrome de Reye sévère (≥
stade 3). Il ne change pas le pronostic des anoxo-ischémies
cérébrales. Il n’y a pas de consensus sur d’autres indications.
– Techniques : la pression peut être mesurée dans un ventricule
latéral non collabé, l’espace épidural ou sous-dural, ou le
parenchyme cérébral. Le cathétérisme intraventriculaire est la
technique de référence ; il permet des soustractions de LCR, mais
le risque infectieux croît rapidement au-delà de 72 heures. La
prise de pression intraparenchymateuse est la technique la plus
fiable, avec un coefficient de corrélation avec la pression
intraventriculaire, voisin de 1. Le capteur est mis en place par un
orifice percé dans le crâne, sous anesthésie générale. Dans le
système Camino®, son signal est transmis par des fibres
optiques.
Traitements en fonction de la PIC
Si la PIC dépasse 20 mmHg pendant plusieurs minutes malgré le
traitement de base, il faut envisager des soustractions de LCR, une
osmothérapie, ou une hyperventilation brève avec un insufflateur
manuel (notamment lorsque les poussées de PIC surviennent lors des
aspirations endotrachéales). Si la PIC reste élevée malgré cela («
HTIC réfractaire »), l’hyperventilation profonde permet de
temporiser. Les techniques de seconde ligne comprennent :
– le « coma barbiturique », déconseillé chez le nourrisson
;
– l’hypothermie provoquée. Son intérêt est battu en brèche par les
résultats d’un essai incluant des enfants de 1 à 17 ans traités
dans les 8 heures suivant un traumatisme crâniocérébral par une
hypothermie entre 32 et 34 °C pendant 24 heures (J.S. Hutchinson et
coll.) ;
– la crâniectomie décompressive.
Problèmes éthiques
On n’occultera donc pas les problèmes éthiques que pose parfois
la poursuite des soins.
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Points à retenir
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• Il n’y a pas d’hydrocéphalie à pression normale chez le
nourrisson.
Quelle que soit sa cause, une hydrocéphalie fait discuter la
pose d’une dérivation du LCR, type dérivation ventriculopéritonéale
(DVP), d’emblée ou après dérivation externe.
• L’apparition de troubles de la conscience chez un
nourrisson dérivé pour une hydrocéphalie évoque, en premier lieu,
un dysfonctionnement de la dérivation (obstruction,
disjonction).
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l’enfant : de la physiopathologie à la prise en charge
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Copyright © Len medical, Neurologie pratique, avril 2010
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