Philippe BRENOT,
Directeur DIU de sexologie, Université Paris Descartes
Les termes populaires pour parler du trouble érectile ont
un caractère très imagé qui décrit cependant bien la clinique : on
parlait autrefois d’un pousse-mou ou d’un pisse-froid, car cet
homme handicapé de l’érection avait perdu la clé du dressoir,
s’endormait sur le rôti, ou faisait fausse-queue ! Les causes de
l’impuissance étaient alors très simples, quelqu’un ayant lancé un
sort, c’est ce que l’on appelait le froid par
maléfice*.
Les temps ont changé, on parle aujourd’hui populairement de «
panne sexuelle », défaut d’érection émotionnel et occasionnel, le
plus souvent sans lendemain, mais qui provoque souvent des
réactions secondaires majeures par l’angoisse, la honte, la
culpabilité qu’il réveille. Une attitude féminine bienveillante
contribue à la banalisation de ce moment de défaillance et la
majorité des partenaires (surtout dans les jeunes générations) ont
aujourd’hui des gestes et des mots d’accompagnement rassurants : «
Ce n’est pas grave, ne t’inquiètes pas… ». Cette
réassurance, qui est certainement la meilleure attitude au début
d’un trouble émotionnel, permettra dans la plupart des cas que le
symptôme ne se pérennise pas. Dans d’autres circonstances, il aura
souvent suffi d’une seule réflexion négative : « Oh, non !
T’arrêtes pas comme ça ! » « C’est fichu ! » «
T’es pas un homme ! », pour que le trouble s’installe
durablement en raison du lien fort de la détumescence pénienne avec
la culpabilité et la crainte du désamour. L’angoisse d’anticipation
s’installera ensuite pour provoquer une cascade d’échecs échappant
alors à la commande consciente.
Trouble émotionnel
Il faut savoir qu’un trouble émotionnel fréquemment renouvelé va
ensuite s’organiser de façon fonctionnelle et même organique.
L’émotion s’organise dans le corps par le biais de réactions
émotionnelles incoercibles. En cela, il est important d’informer,
de conseiller et éventuellement d’orienter de façon spécialisée
avant que le trouble ne se pérennise. Il existe des causes
organiques, ou de fragilisation, qui devront être systématiquement
recherchées car le trouble érectile est, la plupart du temps, mixte
: un facteur organique ou une fragilité fonctionnelle, qui n’est
pas suffisante pour faire symptôme, donnera un trouble érectile
organisé si de l’émotion, de l’angoisse, de la culpabilité, des
sentiments négatifs lui sont associés. Des circonstances conjugales
pourront également être en cause, comme un défaut d’excitation, une
absence d’érotisme, des difficultés de la partenaire à avoir du
désir ou à éprouver du plaisir. La sexualité est avant tout un
échange de signaux entre deux partenaires. Les caresses, les mots,
les pressions amoureuses sont des signaux destinés à notre propre
excitation, mais sont aussi des messages en direction du
partenaire. C’est ainsi qu’une chaîne s’installe pour permettre la
montée de l’excitation : je te caresse et sens tes caresses en
retour, je t’embrasse, te serre contre moi et ressens tes
réactions. L’absence de signaux de la part du partenaire empêche
alors la montée de l’excitation et peut, par exemple chez l’homme,
être un facteur de chute de l’excitation. Devant une plainte
féminine de défaillance du partenaire (« il bande mou »)
il est intéressant d’explorer l’éroticité de cette femme qui s’en
plaint, comprendre son attitude devant l’amour : passivité,
accompagnement, activité, activisme… Les attitudes trahissent notre
degré de liberté par rapport à la pudeur, au ressenti corporel, à
la proximité du partenaire, à son état d’excitation. Cet inventaire
sensuel et émotionnel est essentiel pour comprendre le vécu sexuel
quand il est en difficulté, qu’il s’agisse de l’homme ou de la
femme. La partenaire d’un homme défaillant est la première
observatrice des symptômes et le meilleur atout pour éviter qu’ils
ne se pérennisent. Elle fait cependant partie du tableau clinique
et nous devons nous en faire une alliée.
*Philippe Brenot. Les Mots du sexe, l’Esprit du temps,
2000
Copyright © Len medical, Gynecologie pratique, juin 2010