Les statines sont des médicaments puissants qui permettent
d’abaisser fortement les taux plasmatiques de LDL-cholestérol. Cet
effet biologique s’accompagne d’une baisse significative de la
morbi-mortalité cardiovasculaire chez les sujets à haut risque,
tout au moins dans le domaine de la prévention secondaire. D’un
point de vue quantitatif, les résultats sont impressionnants et il
n’est pas excessif de penser que cette classe pharmacologique a
transformé le pronostic de la maladie coronaire (MC), voire de la
maladie cardiovasculaire (MCV).
L’idée d’associer une statine au sein de plats hautement
athérogènes, dans son principe, n’est certes pas mauvaise, mais
elle mérite tout de même d’être examinée de près ! A cet égard, les
menus du McDonald’s sont le type même de la fast-food plutôt riche
en calories, puisque leurs composants principaux sont les graisses
athérogènes et les sucres d’absorption rapide. Certes, cette chaîne
de restauration rapide a fait des efforts pour informer le
consommateur et améliorer ses plats, mais il n’en reste pas moins
qu’elle ne peut pas influer sur les comportements alimentaires
individuels à base de goinfrerie, de laisser-aller et de
grignotage…
Le principe du MacD-o-statine est simple : il faut neutraliser
le risque athérogène lié à la consommation d’aliments type
fast-food en lui « coupant l’herbe sous le pied » au moyen
du médicament ad hoc, en l’occurrence une petite dose de statine
prise en même temps que le repas… Une méta-analyse qui a porté sur
sept essais randomisés et sur un total de 42 848 patients est
à l’origine du concept MacD-o-statine. Ces études visaient la
prévention primaire de la MC par la prise de statines. Les auteurs
ont ainsi réussi à déterminer que la diminution du risque
cardiovasculaire, induite par la prise quotidienne d’une statine,
est plus importante que son augmentation liée à la consommation
quotidienne d’un hamburger de 200 g environ, style Mac géant
complété par du fromage, des frites et un milk-shake, soit un total
de graisses saturées de l’ordre de 36 g…auxquels if faut rajouter 4
g d’acides gras trans.
Pour les auteurs, les statines représenteraient l’arme fatale
pour mettre un terme aux conséquences cardiovasculaires néfastes de
la « mal -bouffe » d’où quelle provienne. En clair, un peu
de statines au menu pour neutraliser les effets négatifs du
fast-food ! En raisonnant par analogie, il est vrai que certaines
activités humaines à haut risque peuvent s’exercer en prenant
des précautions ou en utilisant un antidote au moins
potentiel. Un casque si vous vous déplacer sur un deux-roues ou
encore un parapluie couplé à un paratonnerre si l’orage et la
foudre menacent…
Oui, mais les statines ne sont pas dénués d’effets indésirables
et, de plus, le raisonnement par analogie a ses limites en
médecine, depuis la notion d’aléa thérapeutique et même bien avant.
Au passage, ces médicaments ne sont pas encore OTC (over the
counter). Cependant, la question est posée aux décideurs qui, pour
l’instant, restent opposés à la vente libre des statines, mais pour
combien de temps ? Peut-on imaginer un comprimé d’une statine collé
sur les emballages contenant la fast-food, bien entendu, offerte au
client avec les slogans publicitaires ad hoc ? Si ces médicaments
étaient en vente libre, le problème se réglerait vite, certainement
trop vite.
Les dangers potentiels d’une telle stratégie sont, pour certains
évidents. Elle risque d’encourager les comportement alimentaires à
haut risque, alors même que la neutralisation d’un mal par un bien
est loin d’être acquise. Que dire des effets indésirables qui
existent même s’ils ont été surestimés ? Que dire de la prise en
charge globale de la MC et de la MCV ? Et le rapport
bénéfice/risque et les individus qui n’ont pas et n’auront pas de
dyslipidémie athérogène ?
Quant à la neutralisation des effets de la consommation de
graisses contenues dans le menu McDonald par la prise de 5 ou 10 mg
d’une statine, elle reste à démontrer. Pour cela, il faudrait une
bonne étude randomisée menée à double insu et, en attendant, il
n’est pas interdit de s’offrir un Mac drive sans statine, svp.
Dr Philippe Tellier
Ferenczi EA et coll. : Can a Statin Neutralize the Cardiovascular Risk of Unhealthy Dietary Choices ? Am J Cardiol 2010 ; 106 : 587-592.
Copyright © http://www.jim.fr