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6 mois de prison ferme pour avoir transmis sciemment le sida

Publié le 26/08/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le jeudi 26 août 2010 – Alors qu’il avait été relaxé en première instance en 2009, un homme de 32 ans, footballeur professionnel, a été condamné hier par la cour d’appel de Rennes à 30 mois de prison dont six ferme pour avoir transmis le sida à une jeune femme de 17 ans (au moment des faits), alors qu’il connaissait sa séropositivité. Cette décision, à l’instar de la condamnation en Allemagne à deux ans de prison avec sursis d’une chanteuse célèbre, Nadja Benaissa pour des faits similaires, renvoie aux réflexions et interrogations sur la « pénalisation » de la transmission du VIH.

Administration de substance de nature à nuire à la santé

En France, les quelques condamnations prononcées depuis un premier cas en 2005 l’ont toutes été au nom de l’administration d’une substance de nature à nuire à la santé, le recours à la qualification criminelle d’empoissonnement ayant été rejetée par la Cour de Cassation. L’utilisation de ce chef d’accusation permet de contourner certains arguments juridiques et notamment la notion d’intentionnalité criminelle qui préside à l’empoisonnement et qui apparaît difficile à démontrer en l’espèce. Cependant, au-delà des débats juridiques, les associations demeurent toujours pour la plupart fortement opposées à ce type de condamnation.

Transmission du VIH punissable dans 27 % des pays… au moins

Ainsi, en 2008, après un discours d’Edwin Cameron, juge à la Cour suprême sud africaine, lors de la conférence mondiale sur le Sida de Mexico, avait été lancée sur la base de ses arguments une pétition appelant à une abrogation de « toutes les lois spécifiques visant à punir les personnes séropositives lors de la transmission du VIH ». Le texte, rédigé à l’initiative d’Act up, concernait également les pays où n’existent pas de législations mais où des condamnations pénales peuvent néanmoins être prononcées, comme en France. « Nous demandons que les plaintes soient classées sans suite et que les procureurs cessent de requérir des peines à l’encontre des séropositifs et qu’ils comprennent que de telles sentences font le jeu de l’épidémie » pouvait-on lire. Deux ans plus tard, le sujet a de nouveau été largement abordé lors de la récente conférence sur le Sida de Vienne, au cours de laquelle l’ONUSIDA a notamment rappelé que la transmission ou l’exposition au VIH restent punies dans 27 % des pays, tandis que les données manquent pour 38 % des états.

Responsabilité conjointe

Les arguments avancés par les associations de défense de séropositifs pour refuser cette pénalisation de la transmission du VIH ne concernent pas uniquement le risque de stigmatisation des malades ou la mauvaise prise en charge des séropositifs en prison. Elles rappellent également que ces décisions mettent à mal l’idée clef de la prévention selon laquelle chacun doit être responsable face au Sida. Act up rappelle ainsi régulièrement : « Il n’est pas question d’une répartition des responsabilités à 50 %, mais bien d’une participation pleine et entière de chacun des partenaires à une relation protégée : je te protège, je me protège. C’est pourquoi, il vaudrait mieux parler de responsabilité conjointe que partagée ».

Les préservatifs doivent-ils être la norme ?

L’impact de ces décisions de justice en terme de prévention (et de dépistage) reste la préoccupation majeure des acteurs de prévention. Ainsi, en 2009, Marjolaine Degremont, présidente d’Act up et Pierre Bergé président de Sidaction notaient dans une tribune publiée par le Monde : « L’utilisation systématique des préservatifs devrait être la norme alors que la pénalisation entérine l’usage inverse qui voudrait qu’un couple hétérosexuel n’en utilise a priori pas ».

« On ne peut pas mettre un flic dans chaque lit »

Cependant, des voix un peu divergentes peuvent se faire entendre. Ainsi, certains souhaitent que puisse être nuancée une position qui ne permet pas toujours de distinguer entre les cas où une véritable volonté de nuire est manifeste et d’autres cas où le poids du silence et la crainte des conséquences d’une révélation semblent plus vraisemblablement en cause. Ainsi, il y a quelques jours, l’ancien président d’Act up, Didier Lestrade, rappelant que certaines décisions de justice peuvent être symboliques et ne pas entraîner d’incarcération s’interroge : « Tout l’argumentaire actuellement présenté au plus haut niveau des conférences internationales et si bien résumé par Edwin Cameron passe à côté de l’élément central : si la grande majorité des procès à travers le monde ne concerne pas des transmissions volontaires, que fait-on lorsqu’elles le sont vraiment, avec volonté de nuire ? On passe à autre chose ? On oublie ? (…) On ne peut pas, non plus, s’en tenir au cliché du « On ne peut pas mettre un flic derrière chaque homosexuel ». C’est une réponse profondément idiote, car c’est ne pas comprendre l’évolution de cette épidémie dans les pays riches, nourrie par la remontée des cas de contamination chez les gays qui disposent de tout pour se protéger, ce qui n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les pays en voie de développement ».



Aurélie Haroche



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