Paris, le lundi 30 août 2010 – Une certaine psychose s’était
emparée de l’opinion publique à l’automne dernier à l’égard des
vaccins contre la grippe A (H1N1) que certains soupçonnaient de
pouvoir provoquer des effets secondaires catastrophiques. A l’heure
des bilans, si la participation des Français à la campagne de
vaccination a été durablement affectée par ces rumeurs infondées,
le nombre de complications s’est révélé limité. Dans un récent
communiqué de presse, le ministère de la Santé rappelait en effet
que « Sur les 5,7 millions de personnes qui ont été vaccinées,
4 121 effets indésirables ont été signalés et 94 % d’entre eux ont
été qualifiés de bénins ». Pourtant, aujourd’hui, les cas de
narcolepsie recensés en Suède et en Finlande chez des personnes
vaccinées contre la grippe A (H1N1) interpellent les autorités
sanitaires.
60 % de personnes vaccinées en Suède, soit presque autant de
personnes qu’en France
C’est le 18 août que la Suède transmettait à l’Agence européenne
du médicament des informations sur six cas de narcolepsie chez des
enfants âgés de 12 à 16 ans, un à deux mois après une vaccination
par Pandemrix. Quelques jours plus tard, la Finlande évoquait à son
tour une augmentation des cas de narcolepsie ce printemps chez des
enfants vaccinés. Cependant, il faut noter qu’au regard de la
population suédoise, ces six cas ne représentent pas une
augmentation nette par rapport à la prévalence normale. En effet,
en Europe « la prévalence de la narcolepsie (avec cataplexie) est
de 20/30 cas pour 100 000 personnes. L’incidence annuelle estimée
est de l’ordre de 7 à 8 par million, soit en France l’apparition
d’environ 500 nouveaux cas par an », rappelait l’AFSSAPS à la fin
de la semaine dernière. En Suède, qui compte un peu plus de 9
millions d’habitants, si l’on se base sur les mêmes types
d’incidences, entre soixante à quatre-vingt dix cas de narcolepsie
sont donc probablement recensés chaque année ce qui relativise la
significativité des 6 observations recensées chez des
vaccinés.
Pas assez de raisons de s’inquiéter, mais assez pour relancer
la psychose
Qu’en est-il en France ? Il apparaît tout d’abord que les cas de
narcolepsie ne font pas partie des événements indésirables
potentiellement liés à une vaccination habituellement recensés dans
le cadre des activités de pharmacovigilance. Aussi a-t-il fallu que
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(AFSSAPS) mène l’enquête. C’est ainsi qu’elle a pu préciser la
semaine dernière que six cas de narcolepsie avait été observés chez
des personnes vaccinées contre la grippe A (H1N1) dont cinq par
Pandemrix et un par Panenza. Ces chiffres ne correspondent pas, une
fois encore, à un dépassement des incidences habituelles. Sur 5,7
millions de personnes vaccinées, un nombre de 50 cas de narcolepsie
aurait pu en effet être attendue, au regard de l’incidence annuelle
« normale ». L’AFSSAPS précise d’ailleurs bien qu’à « ce stade,
un lien entre la vaccination contre la grippe A(H1N1) et la
survenue de narcolepsie n’a pas été établi ». Cependant, une
enquête a été lancée par l’agence européenne du médicament (EMA) et
ces annonces laisseront probablement des effets durables dans
l’inconscient collectif.
La responsable pharmacovigilance de l’AFSSAPS, Carmen
Kreft-Jaïs, interrogée par l’Express considère que cette question
de la médiatisation est « compliquée. Si nous ne communiquons
pas, nous sommes taxés de volonté de cacher l’information. A
l’inverse, en rendant public cette inquiétude, on nous fait le
reproche d’être trop alarmistes. Nous avons préféré jouer la carte
de la transparence », explique-t-elle.
Aurélie Haroche
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