Paris, le lundi 30 août 2010 – Depuis que les affaires
familiales et financières de Liliane Bettencourt font la une des
journaux, la question du rôle joué par certains médecins a été
évoquée à plusieurs reprises. Si les voyages rémunérés de certains
médecins de l’AP-HP, invités à accompagner le couple Bettencourt
lors de leurs déplacements, ont rapidement fait sourire, la
générosité de la milliardaire à l’égard des activités et de la
famille d’un praticien renommé de l’AP-HP et plus encore les
possibles interventions de ce dernier afin que la bonne santé
mentale de l’octogénaire ne soit pas remise en question ont plus
sérieusement intéressé les médias et la justice. On se souvient
ainsi comment à la mi-juillet a été révélé que les associations
fondées ou dirigées par le professeur Gilles Brücker et sa compagne
le docteur Katlama étaient en partie les bénéficiaires
testamentaires de l’île d’Arros. On découvrait par ailleurs que ce
même professeur Gilles Brücker, ancien ami d’enfance de
François-Marie Banier, était l’exécuteur testamentaire de la
milliardaire, tâche pour laquelle une rémunération d’un million
d’euros aurait été prévue. Des interrogations étaient également
soulevées quant au rôle joué par Gilles Brücker dans l’évincement
de médecins, inquiets de la possible vulnérabilité de leur riche
patiente.
Eclaircissements
Face à ces multiples informations et observant les passions
déchaînées dans le clan Bettencourt autour des expertises médicales
recommandées et refusées, le Conseil national de l’Ordre a décidé
de procéder lui-même à l’audition de tous les médecins concernés
par l’affaire. Ce vendredi, l’institution a fait savoir que le
président du Conseil national de l’Ordre des médecins a invité la
présidente du conseil départemental parisien à « obtenir des
éclaircissements ». « On a des questions à leur poser et
si on estime qu’ils ont violé le code de déontologie, alors on les
mettra devant la juridiction ordinale », explique la
présidente de l’ordre parisien, le docteur Kahn-Bensaude.
Attitude peu confraternelle
Trois règles déontologiques pourraient avoir été enfreintes de
façon plus ou moins marquée. L’article 51 du Code de déontologie
qui recommande aux praticiens de ne pas « s’immiscer dans les
affaires de famille » et la « vie privée de leurs
patients » paraît ne pas avoir été parfaitement respectée,
lorsqu’on observe la manière dont certains se sont opposés aux
expertises médicales souhaitées par la fille de la milliardaire.
Surtout, certaines des dispositions testamentaires supposées de
Liliane Bettencourt sont-elles compatibles avec l’article 909 du
code civil qui précise que : « Les docteurs en médecine ou en
chirurgie, les officiers de santé et les pharmaciens qui auront
traité une personne pendant la maladie dont elle meurt, ne pourront
profiter des dispositions entre vifs ou testamentaires qu'elle
aurait faites en leur faveur pendant le cours de cette maladie
», une règle reprise par l’article 52 du code de déontologie ?
Enfin, des attitudes potentiellement non confraternelles pourraient
être épinglées. En ligne de mire, l’influence du professeur Gilles
Brücker quant à l’éviction du docteur Koskas, médecin de la
milliardaire en 2006 et qui souhaitait que cette dernière réalise
une IRM, inquiet de son état neurologique.
Aurélie Haroche
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