Paris, le vendredi 3 septembre 2010 – La semaine qui vient de
s’écouler a vu se multiplier les propositions et les déclarations
très tranchées des députés de la majorité au sujet de la réforme de
l’Aide médicale d’Etat (AME), érigeant ce dispositif comme un
nouveau motif de tension au sein de la droite, avec toujours pour
trame de fond la question de l’immigration.
Niches fiscales
Ainsi, nous sommes nous aujourd’hui un peu éloignés de
l’instauration d’une cotisation annuelle de 15 euros, sous forme de
timbre fiscal, vers laquelle semblait s’orienter le ministre de la
Santé, Roselyne Bachelot depuis quelques mois. En quelques jours,
les enchères ont doublé et l’on évoque désormais la possibilité
d’une contribution de 30 euros. Ce montant aurait notamment été
retenu par le Premier Ministre, François Fillon. Selon, le député
UMP Claude Goasguen, en charge par l’Assemblée nationale d’un
rapport sur l’Aide médicale d’Etat (AME), « Cette mesure, déjà
en vigueur dans la plupart des pays européens, permettrait une
économie d’environ 300 millions d’euros par an »,
explique-t-il cité par la Croix. Pour lui, elle s’impose
inévitablement face à un dispositif dont le coût s’est élevé à 547
millions d’euros en 2009 et dont le budget a augmenté de 15 % en un
an. « Au moment, où le gouvernement envisage de s’attaquer aux
niches fiscales sur les aides à domicile, les familles ou les
personnes âgées, il ne serait pas concevable qu’on n’agisse pas sur
l’AME », ajoute-t-il encore.
Quand même le Figaro et Eric Besson se rebiffent
Autre piste suggérée par le député au gouvernement pour réduire
la facture de l’AME : en exclure la médecine libérale. Pas sûr
pourtant que la mesure ait un réel impact financier. Ce sont en
effet les hospitalisations de longue durée qui représentent l’un
des postes de dépense les plus importants de l’AME, s’élevant à 370
millions d’euros. Une telle restriction risquerait en outre de
retarder plus encore l’accès aux soins. « Les sans papiers
hésitent déjà à se faire soigner. Beaucoup arrivent dans nos
centres lorsqu’ils sont vraiment malades. La vaccination recule
dramatiquement » observe Médecins du Monde, qui rédige
actuellement un nouveau rapport sur la santé des immigrés
clandestins dans notre pays. Les associations ne sont pas les
seules à se montrer très réticentes face au projet du gouvernement.
On constate, même chez ceux soutenant habituellement le
gouvernement, des étonnements. Ainsi, le quotidien le Figaro notait
cette semaine comment l’instauration d’une contribution annuelle
entraînerait une différence entre les sans papiers démunis et les
autres personnes en situation précaires. Les premiers deviendraient
en effet les seules personnes aux revenus très limités en France à
devoir payer pour leurs soins, quand les autres relèvent de la CMU.
Le même journal relève par ailleurs les propos du ministre de
l’Immigration lui-même, Eric Besson : « De toute façon, on ne
peut pas laisser des gens agoniser en France. Ce n’est pas en
réduisant les droits des sans papiers sur place que l’on stoppera
l’immigration clandestine, mais en s’attaquant aux filières. Et en
protégeant mieux nos frontières » analyse-t-il. Autre débat,
tout aussi vaste.
Aurélie Haroche
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