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Cancer du sein chez l’homme : les perturbateurs endocriniens sont-ils impliqués ?

Publié le 03/09/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le lien éventuel entre exposition professionnelle à des agents chimiques perturbateurs endocriniens et risque de cancer du sein chez l’homme a été examiné dans le cadre d’une étude multicentrique conduite dans huit pays européens, consacrée à l’étude épidémiologique de cancers rares (vésicule biliaire et voies biliaires extra-hépatiques, grêle, os, mélanome oculaire, thymus, mycosis fongoïde, et cancer du sein masculin).

Il s’agit d’une étude de type cas-témoins qui a inclus 104 hommes chez lesquels un diagnostic de cancer du sein avait été posé entre le 1er janvier 1995 et le 30 juin 1997, alors qu’ils étaient âgés de 35 à 70 ans. Ils ont été appariés pour l’année de naissance, le sexe et la région d’étude à 1 901 témoins tirés au sort, selon les pays, sur les registres de population, les listes électorales ou les registres municipaux.

Des entretiens en tête-à-tête ou téléphoniques ont précisé les données socio-démographiques, les antécédents médicaux, les habitudes de vie, le statut tabagique, la consommation d’alcool, les caractéristiques anthropométriques ainsi que les emplois exercés pendant plus de 6 mois consécutifs en détaillant les tâches effectuées, les équipements de protection portés, les agents chimiques utilisés, la production de l’installation. Pour chacun de ces emplois, un expert, a évalué en particulier l’exposition aux composés alkylphénols, aux phtalates, aux polychlorobiphényles (PCB) et dioxines et aux pesticides.

Après ajustements sur l’âge, le pays, la consommation d’alcool, l’indice de masse corporelle et le niveau d’éducation, une incidence accrue de cancers du sein chez l’homme dans certaines activités professionnelles et dans certains secteurs industriels a été mise en évidence, notamment :

- chez les mécaniciens automobile (OR = 2,1 IC à 95 % 1,0-4,4), avec une relation dose-effet en fonction de la durée d’emploi, l’OR étant de 5,9 (2,4-14,6) chez les hommes ayant exercé cette activité pendant 10 années ou plus. Ces données suggèrent le rôle possible de l’exposition aux solvants, aux dérivés de la pétrochimie, aux produits de combustion automobile ;

- chez les peintres (2,3 ; 1,0-5,2), évoquant là encore le rôle potentiel des solvants, ou celui des additifs des peintures ;

- chez les sujets travaillant dans la préparation du bois, la fabrication du papier (2,4 ; 0,9-6,5) dans le secteur forestier (2,4 ; 1,0-5,6), avec l’implication possible de composés organiques volatils.

Il n’a pas été mis en évidence ici de lien entre cancer du sein chez l’homme et un emploi dans la métallurgie, la soudure, les métiers de l’électricité.

Après ajustements sur les autres facteurs de risque, une association a été mise en évidence entre exposition professionnelle aux composés alkylphénols au-dessus de la médiane et cancer du sein chez l’homme (3,8 ; 1,5-9,5), l’association persistant après ajustements poussés sur les autres composés œstrogéniques rencontrés en milieu du travail (3,3 ; 1,1-9,9) mais sans relation dose-effet statistiquement significative.

En revanche aucun lien n’a été retrouvé entre l’exposition professionnelle aux PCB et dioxines et cancer du sein chez l’homme que ce soit après ajustement sur l’exposition aux composés alkylphénols, aux phtalates (qui, d’utilisation largement répandue, nécessitent, selon les auteurs, d’évaluer plus avant leur impact en termes de cancers hormonodépendants), ou encore aux pesticides (peut-être du fait du manque d’information intéressant des pesticides spécifiques). Ont été exclus de l’analyse les expositions au bisphénol A, aux parabens, dont la prévalence dans l’étude était très faible.

Cette étude, la première selon ses auteurs à avoir examiné la possibilité d’une association entre cancer du sein chez l’homme et exposition à des agents chimiques perturbateurs endocriniens, suggère un accroissement du risque de ce cancer dans certaines activités professionnelles. C’est l’exposition aux alkylphénols, largement répandue dans une vaste gamme d’activités professionnelles et d’industries (dont celles des savons et  détergents, des plastiques, du caoutchouc, des cosmétiques, du textile, dans la production du papier, dans les peintures…), qui est apparue ici conférer un risque accru de cancer du sein. S Villeneuve et coll. attirent l’attention sur le rôle possible de l’exposition à certains agents chimiques, aux solvants notamment, et insistent sur la nécessité d’évaluer, chez l’homme et chez la femme, par des études complémentaires le lien entre ces expositions, spécifiques et multiples, et le cancer du sein.



Dr Claudine Goldgewicht


Villeneuve S et coll. Occupation and occupational exposure to endocrine disrupting chemicals in male breast cancer : A case-control study in Europe. Occup Environ Med, Publication en ligne, 25 août 2010 (doi:10.1136/oem.2009.052175).


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