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Affection longue durée : un médecin résiste contre les ordonnances bizones

Publié le 08/09/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mercredi 8 septembre 2010 – Quel médecin n’a pas rencontré de difficiles "cas de conscience" face à une ordonnance bizone ? Si dans certains cas, distinguer ce qui relève du traitement de l’Affection longue durée (ALD) et doit donc être remboursé à 100 % et ce qui ne doit pas bénéficier de ce type de prise en charge est facile, dans d’autres, la frontière n’apparaît pas clairement. « Si un patient diabétique se casse le col du fémur en tombant après un malaise lié à sa pathologie première, faut-il considérer que sa chute doit être prise en charge à 100 % » s’interroge en guise d’exemple le président de MG France, Claude Leicher, cité aujourd’hui par le Point. Plutôt que de se lancer dans de telles réflexions, pour 51 de ses patients en ALD, le docteur Didier Poupardin (64 ans) qui exerce à Vitry-sur-Seine a préféré ne pas choisir : il a considéré que tous les traitements devaient relever d’une prise en charge à 100 %. Il s’agissait pour lui de ne pas pénaliser des malades qui parfois renoncent aux traitements non remboursés à 100 %, mais aussi, il ne s’en cache pas, de résister activement contre le principe même de l’ordonnance bizone. « Ce n’est pas une affaire personnelle entre la Caisse d’assurance maladie et moi. C’est un problème plus général sur l’accès aux soins qui devient de plus en plus compliqué pour les démunis et sur l’exercice de médecin », explique-t-il au micro de France 3, avant de considérer que les ordonnances bizones sont utilisées comme des « moyens de pression » par les caisses sur les médecins, afin qu’ils deviennent des « agents actifs » de la maîtrise comptable des dépenses de santé.

Interrogations éthiques

Ces arguments n’auront nullement convaincu la CPAM du Val de Marne. Aujourd’hui, le praticien est convoqué devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) qui lui réclame 2 600 euros de remboursements et 4 000 euros de dommages et intérêts. Le directeur de la CPAM, Gilles Filiberti expliquait au Parisien en octobre 2009 quand les poursuites ont été engagées qu’il s’agissait d’une « procédure normale mais pas courante, parce que l’immense majorité des médecins respecte la règle ». De fait, en mars 2009, l’Assurance maladie indiquait que le montant des pertes liées au non respect de l’ordonnancier bizone s’élevait en 2008 à 1,3 million d’euros contre 20 millions en 2006.

Cependant, si les conflits sont moins fréquents, le principe même de l’ordonnancier continue à être fortement contesté. D’ailleurs, outre l’appui de la population de Vitry et de la municipalité qui y voit une « façon de s’opposer au morcellement comptable des malades », le docteur Poupardin peut compter désormais sur un soutien politique et syndical. Ainsi, le député communiste du Val de Marne, Pierre Grosnat, dans une lettre écrite au ministre de la Santé l’interpelle sur le caractère « éthiquement » contestable des ordonnances bi-zones. « Elles reviennent à considérer une maladie comme purement organique ou ne concernant qu’un organe, alors qu’il est de bon sens de voir que le corps humain est entièrement interconnecté et que telle maladie peut entraîner des dysfonctionnements au-delà du siège principal du mal et même entraîner des désordres psychologiques », écrit-il. De leur côté, le Syndicat de médecine générale (SMG) et MG France soutiennent également ouvertement le combat du docteur Poupardin et en ce qu’il révèle des difficultés d’utilisation de l’ordonnancier réservé aux ALD.

 

Illustration : le docteur Didier Poupardin



Aurélie Haroche



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