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Exclusif : 58 % des professionnels de santé prêts à « dénoncer » un confrère dangereux

Publié le 09/09/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le jeudi 9 septembre 2010 – Que faire face à un confrère présentant des comportements à risque (toxicomanie, troubles mentaux…) propres à mettre en danger la santé de ses patients ? La question est épineuse et au-delà de l’application extrême de la législation sur la non assistance à personne en danger les codes de santé publique et de déontologie n’apportent guère de réponse en la matière. Quand on les interroge sur ce point, le Conseil national de l’Ordre des médecins et l’Association pour la promotion des soins aux soignants (APSS) renvoient à l’article R4127-56 du code de la santé publique qui concerne les rapports entre les praticiens. « Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité. Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par l’intermédiaire du conseil départemental de l’ordre. Les médecins se doivent assistance dans l’adversité ». C’est notamment ce dernier alinéa qui est invoqué par le président de l’APSS, le docteur Jean-Marie Colson, également trésorier du Conseil national de l’Ordre, lorsqu’on l’interroge sur cette question du signalement d’un confrère présentant une pathologie inquiétante. Cependant, il admet que tant les médecins que l’Ordre ne disposent que de peu de moyens face aux praticiens malades refusant de se soigner ou de cesser leurs activités. « Nous n’avons pas, à l’Ordre, la possibilité d’adapter les mesures ou les interdictions administratives en cas de pathologie ou de défaillance du médecin. (…) Nous ne pouvons pas apporter de réponse adaptée à la situation du médecin », indiquait-il en juillet 2009 interrogé sur le site de son association. On soulignera que l’alinéa 3 de l’article R4127-71 du code de santé publique indique également que le médecin « doit veiller à la compétence des personnes qui lui apportent leur concours ».

Signalement d’un confrère : un devoir en pays Catalan

Les lacunes des textes en la matière n’empêchent pas le sujet d’être au cœur des réflexions de l’Ordre depuis longtemps et l’observation des exemples étrangers s’est révélée riche d’enseignements. Ainsi en juin 2008, un rapport du docteur Bertrand Leriche s’était intéressé à l’exemple Catalan. Un programme d’assistance particulièrement performant, spécifiquement dédiée aux médecins, a été mis en place parallèlement à l’édiction d’une règle qui vise à imposer aux praticiens de signaler les situations inquiétantes à l’Ordre. Le texte indique ainsi : « Le médecin informé de l’état de santé précaire d’un confrère, doit lui recommander (avec discrétion) de consulter. Ce médecin a également le devoir de communiquer cette information à l’Ordre des médecins. La sécurité des patients doit toujours être la priorité ». Des injonctions de soins peuvent même être prononcées par l’Ordre face aux médecins hostiles à toute prise en charge. En 2008 les responsables du Collège des médecins de Barcelone affirmaient à l’Ordre français que « 85 % des patients médecins sont volontaires et que seuls 15 % relèvent d’une injonction ordinale, faite par voie collégiale, sur signalement transmis à l’Ordre. Mais on assiste à une évolution des mentalités. Au début, les médecins étaient signalés par les patients. Aujourd’hui, les confrères n’attendent pas qu’on en arrive là et préfèrent signaler ou se signaler, sachant qu’ils peuvent faire confiance au programme pour une prise en charge de qualité, en toute confidentialité ». Les bons résultats obtenus en Espagne n’avaient cependant pas empêché l’Ordre français de considérer comme « dérangeante » la solution catalane. Cependant, l’expérience étrangère lui avait inspiré différentes propositions et notamment la mise en place au « sein de chaque conseil départemental, d’une cellule de veille confraternelle, adossée à la commission d’entraide, qui puisse repérer les médecins qui flanchent. Par pour les sanctionner : pour leur porter assistance et confier à une cellule de soutien le rôle de les accompagner » écrivait dans le Bulletin de l’Ordre en octobre 2008 Bertrand Leriche.

58 % de praticiens prêts à signaler un médecin en difficulté

L’absence de règles précises concernant le signalement d’un confrère présentant un comportement potentiellement à risque n’empêche pas une part importante de professionnels de se dire prêt à prendre « leur responsabilité » le cas échéant. Le sondage réalisé sur notre site du 22 août au 7 septembre auprès de 587 professionnels de santé révèle en effet que 58 % d'entre eux se déclarent prêts à signaler un confrère présentant des comportements potentiellement à risque. On compte 28 % de professionnels qui rejettent une telle pratique, tandis que 14 % probablement interdits face à la méconnaissance de la règle à appliquer ont indiqué ne pas pouvoir se prononcer sur le sujet.

 

Seriez-vous prêts à signaler un confrère présentant des comportements potentiellement à risque (toxicomanies, troubles mentaux…)



Aurélie Haroche



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