Certains travaux ont associé aux faibles taux de vitamine D, une
augmentation du risque cardiovasculaire ainsi que de la mortalité
toutes causes et de cause cardiovasculaire en population générale.
D’autres, menés chez des sujets atteints de néphropathie chronique
principalement non diabétique, ont relié faibles taux de cette
vitamine et risque accru de décès toutes causes et par maladie
cardiovasculaire, et suggéré le rôle du déficit vitaminique D dans
la progression vers l’insuffisance rénale terminale (IRT).
Enfin, il a été également mis en évidence dans la population
générale un lien inverse entre le taux de vitamine D et prévalence
de l’albuminurie. Le diabète étant la cause première d’IRT dans les
sociétés occidentales, et une cause majeure de décès par
complications cardiovasculaires, des auteurs danois ont évalué,
chez des patients diabétiques, la relation entre taux de vitamine D
et mortalité (toutes causes et de cause cardiovasculaire), ainsi
que le lien entre ce déficit et la progression de la micro- ou de
la macroalbuminurie.
Ils ont pour ce faire suivi une cohorte de 289 patients atteints
de diabète de type 2, âgés de 54 ± 9 ans en moyenne, parmi
lesquels, à l’inclusion, 172 étaient normoalbuminuriques (excrétion
urinaire d’albumine, EUA < 30 mg/24 h), 73 avaient une
microalbuminurie (EUA de 30 à 299 mg/24 h) et 44 une
macroalbuminurie (EUA ≥ 300 mg/24 h). Les taux plasmatiques de
25-hydroxyvitamine D3 [25(OH)D3) ont été dosés à l’entrée dans
cette étude longitudinale observationnelle, le déficit sévère en
cette vitamine étant défini par un taux inférieur au 10e percentile
(< 13,9 nmol/l).
Les taux médians de 25(OH)D3 étaient de 37,5 nmol/l (5-136,7
nmol/l). Ils ne sont apparus associés ni à l’âge ni au sexe, ni
encore au débit estimé de filtration glomérulaire (DFG) et au taux
d’EUA, ni même au taux initial d’hémoglobine glyquée (HbA1c), mais
une association, faible, a été relevée entre taux vitaminiques D
au-dessous de 13,9 nmol/l et pression artérielle systolique
élevée.
Au cours d’un suivi médian de 15 années (0,2-23 années),
jusqu’au 31 décembre 2009 (ou jusqu’au décès, ou, pour 3 patients,
jusqu’à la date d’émigration), 196 patients (68 %) sont
décédés.
L’analyse met en évidence :
- une association entre déficit sévère en vitamine D et
augmentation de la mortalité toutes causes : 86 % des diabétiques
ayant des taux de 25(OH)D3 inférieur à 13,9 nmol/l sont décédés vs
66 % de ceux dont les taux vitaminiques D atteignaient ou
dépassaient 13,9 nmol/l (p < 0,01). Après ajustements, notamment
sur la durée du diabète, le DFG, les taux d’EUA, d’HbA1c, les
facteurs de risque cardiovasculaire conventionnels, le ratio de
risque était de 2,03 (IC à 95 % 1,31-3,13).
- une association entre déficit sévère en vitamine D et
accroissement de la mortalité cardiovasculaire (ratio de risque :
1,90 IC à 95 % 1,15-3,10).
En revanche, elle ne laisse pas apparaître de lien significatif
entre taux de 25(OH)D3 et progression de la micro- et de la
macroalbuminurie.
Cette étude, qui a notamment pour atouts son caractère
longitudinal et la longue durée de suivi, suggère que de très
faibles taux de vitamine D plasmatiques, inférieurs au 10e
percentile, seraient, chez les patients atteints de diabète de type
2, prédictifs de la mortalité toutes causes et de la mortalité de
cause cardiovasculaire. Les associations observées se sont avérées
indépendantes non seulement du contrôle glycémique et des facteurs
classiques de risque cardiovasculaire, mais aussi de la fonction
rénale. L’étude, observationnelle, ne permet cependant pas de
conclure à une association causale. Elle n’a en outre pas pris en
compte les variations possibles des taux de vitamine D au cours de
l’année et n’a effectué d’ajustements ni sur la saison ni sur les
activités extérieures. C Joergensen et coll. insistent sur le
besoin d’études complémentaires pour confirmer ces résultats, et de
preuves d’un lien causal entre déficit en vitamine D et survie des
diabétiques de type 2, par la mise en œuvre d’essais randomisés
contrôlés.
Dr Claudine Goldgewicht
Joergensen C et coll. Vitamin D levels and mortality in type 2 diabetes. Diabetes Care 2010 ; 33 : 2238-43.
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