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Les Français sont-ils vraiment pour l’euthanasie ?

Publié le 18/01/2011 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 18 janvier 2011 – Plusieurs villes de France ont vu défiler ces derniers jours des poignées de manifestants réaffirmant leur opposition à une légalisation de l’euthanasie dans notre pays. Choisissant parfois de s’allonger pendant de longues minutes dans de pseudos linceuls pour illustrer leurs propos, ces anti-euthanasie ne représenteraient, si l’on en croit les nombreuses enquêtes menées sur le sujet, qu’une partie très restreinte de l’opinion. On se souvient ainsi comment en octobre 2010, un sondage réalisé par l’IFOP et publié par Sud Ouest indiquait que 94 % des Français seraient favorables à une loi encadrant l’euthanasie. Cependant, déjà, cette enquête aux allures de plébiscite réservait quelques nuances. En effet seuls 36 % des sondés soulignaient qu’à leur sens une telle législation devrait concerner « toutes les personnes atteintes de maladies insupportables et incurables », tandis que 58 % souhaitaient qu’elle soit limitée à « certains cas ».

L’euthanasie : pas une priorité quant à l’accompagnement de la fin de vie

Aujourd’hui, un nouveau sondage propose un éclairage très différent sur cette question que l’on a longtemps cru faire l’objet d’un parfait consensus. Alors que trois propositions de loi, favorables au « suicide assisté » et à l’euthanasie, défendues par des élus de gauche comme de droite, doivent être présentées au Sénat le 25 janvier, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), la Société française d’anesthésie réanimation (SFAR), le Centre de recherche et de formation sur l’accompagnement de la fin de vie (CREFAV) et le collectif « Plus digne la vie » ont commandé à Opinion Way une nouvelle enquête sur le sujet. Ses résultats sont édifiants : lorsqu’on les interroge sur « la priorité en terme de fin de vie », 60 % des personnes interrogées considèrent qu’elle doit d’abord être donnée au « développement des soins palliatifs » avant la « légalisation de l’euthanasie » considérée comme la première des mesures à mettre en œuvre par seulement 38 % des personnes interrogées. Par ailleurs, il apparaît que 52 % des sondés estiment qu’une loi sur cette pratique comporterait des « risques de dérives », ainsi pas moins de 57 % s’inquiètent du risque de voir « des malades non consentants (…) euthanasiés ».

Les soins palliatifs trop longtemps oubliés des sondages

La différence de libellé des questions (et peut-être aussi la nature des sociétés à l’origine de l’enquête !) explique nécessairement ces réponses quelque peu divergentes. Cependant, les organisations qui ont commandé le sondage notent que c’est l’une des premières fois que la question de l’euthanasie est abordée, dans une enquête publique, en parallèle avec les soins palliatifs. Pour le docteur Anne Richard, présidente de la SFAP ce parti pris et ces résultats « reflètent la réalité vécue sur le terrain. L’expérience montre que, la plupart du temps, les demandes d’euthanasie ne s’expriment plus lorsque les patients bénéficient de soins palliatifs avec une prise en charge adaptée ».

La loi Léonetti suffisante

A ces conclusions d’enquête contrastées s’ajoutent dans ce débat sur l’euthanasie que l’on pensait pourtant pratiquement sans contradiction les voix de plusieurs médecins qui ces derniers jours se sont élevés contre une nouvelle loi sur la fin de vie. Ainsi, dans le Figaro, le professeur Louis Puybasset (service de réanimation à la Pitié Salpêtrière) estimait que la priorité devait plutôt être donnée à une meilleure diffusion et application de la loi Léonetti adoptée en 2005. Cette dernière offrirait en effet dores et déjà selon lui un éventail de pratique assez large pour répondre à la plupart des cas les plus difficiles. Elle préconise de fait l’interdiction de l’acharnement thérapeutique ou encore la possibilité d’administrer des traitements destinés à réduire la douleur même si ces derniers pouvaient entraîner la mort. Or, ces dispositions sont méconnues des professionnels de santé et du grand public. Le sondage Opinion Way révèle en effet que 68 % des Français ignorent qu’il existe une législation interdisant l’acharnement thérapeutique.



Aurélie Haroche



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