> Accueil JIM > L’IVG n’aurait pas de répercussions psychiatriques

Partenaires Partenaire





ACTUALITE MEDICALE

L’IVG n’aurait pas de répercussions psychiatriques

Publié le 31/01/2011   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Une interruption volontaire de grossesse (IVG) peut-elle favoriser des troubles psychiatriques ? De nombreuses études épidémiologiques ont répondu par l’affirmative. Mais leurs résultats ont été largement contestés pour des motifs méthodologiques : absence de groupe contrôle de qualité, petite taille des échantillons, auto-définition des pathologies psychiatriques…

Le croisement de 3 fichiers nationaux exhaustifs

Une équipe danoise s’est donc penchée à nouveau sur la question en s’appuyant sur l’état civil danois informatisé et sur deux registres nationaux exhaustifs, le registre national des patients qui collige toutes les données médicales de la population et le registre central des pathologies psychiatriques qui comporte des données sur plus de 725 000 personnes.  

Il a été ainsi possible d’isoler de la population danoise toutes les femmes nées entre 1962 et 1993 et ayant eu une IVG entre 1995 et 2007 ainsi que toutes celles ayant eu un premier enfant durant cette période (pour constituer le groupe témoin). Une fois exclues les femmes ayant des antécédents psychiatriques au moins 9 mois avant la période d’observation, Trine Munk-Olsen et coll. ont pu constituer deux cohortes : l’une d’environ 80 000 femmes ayant eu une IVG durant la période d’étude et l’autre d’environ 280 000 femmes ayant donné naissance à leur premier enfant durant le même temps.

L’IVG ne modifie pas la fréquence des signes psychiatriques

Il est apparu que le taux d’incidence de premier contact psychiatrique était, dans les 9 mois précédant l’avortement provoqué, de 14,6/1 000 personnes années et que ce taux demeurait stable dans l’année suivant l’IVG puisqu’il était alors de 15,2/1 000 personnes années (NS). En revanche, dans les 9 mois précédant la naissance d’un premier enfant le taux d’incidence de premier contact psychiatrique n’était que de 3,9/1 000 personnes années mais ce taux grimpait à 6,7/1 000 personnes années dans l’année qui suivait l’accouchement (p<0,001). Dans le détail, l’incidence des consultations psychiatriques augmentait fortement durant le premier mois du post-partum puis diminuait pour retrouver les taux précédant l’accouchement environ 9 mois après la naissance.

Comme toutes les études épidémiologiques de ce type, ce travail a bien sûr quelques limites. On peut en particulier noter qu’il s’est basé sur les contacts avec un psychiatre (à l’hôpital ou en ambulatoire) et que la propension des femmes à consulter un spécialiste des maladies mentales pour une même pathologie n’était peut-être pas identique dans les deux groupes. De plus il faut souligner que ses conclusions ne sauraient s’appliquer qu’à des populations exemptes d’antécédents psychiatriques. 

Sous ces réserves, il semble donc que, contrairement à ce que laissaient penser certaines études, un avortement provoqué n’a pas de conséquence mesurable sur la fréquence des pathologies psychiatriques. Il confirme également l’influence défavorable (mais transitoire) d’une naissance sur la santé mentale. Il met enfin en évidence une incidence élevée des troubles psychiatriques chez les jeunes femmes allant demander une IVG (14,6/1000 personnes années contre 8,2 dans la population féminine contrôle). Cette différence avec la population générale constitue donc un marqueur de risque d’IVG qui mérite peut-être l’attention des praticiens en charge de la contraception. 



Dr Nicolas Chabert


Munk-Olsen T et coll. : Induced first trimester abortion and risk of mental disorder. N Engl J Med 2011; 364: 332-9.


Vous pouvez lire sur un thème proche :


IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions

Troubles "psychologiques" et IVG

Le 08 février 2011

Si l'IVG n'est pas responsable de troubles psychiatriques elle est néanmoins responsable de troubles "psychologiques". Une de mes patientes à 40 ans d'une et deux IVG disait qu'elle en rêvait encore la nuit et que ça l'angoissait !

Lucile Poumarat

Réagir à cet article