Une interruption volontaire de grossesse (IVG) peut-elle
favoriser des troubles psychiatriques ? De nombreuses études
épidémiologiques ont répondu par l’affirmative. Mais leurs
résultats ont été largement contestés pour des motifs
méthodologiques : absence de groupe contrôle de qualité, petite
taille des échantillons, auto-définition des pathologies
psychiatriques…
Le croisement de 3 fichiers nationaux exhaustifs
Une équipe danoise s’est donc penchée à nouveau sur la question
en s’appuyant sur l’état civil danois informatisé et sur deux
registres nationaux exhaustifs, le registre national des patients
qui collige toutes les données médicales de la population et le
registre central des pathologies psychiatriques qui comporte des
données sur plus de 725 000 personnes.
Il a été ainsi possible d’isoler de la population danoise toutes
les femmes nées entre 1962 et 1993 et ayant eu une IVG entre 1995
et 2007 ainsi que toutes celles ayant eu un premier enfant durant
cette période (pour constituer le groupe témoin). Une fois exclues
les femmes ayant des antécédents psychiatriques au moins 9 mois
avant la période d’observation, Trine Munk-Olsen et coll. ont pu
constituer deux cohortes : l’une d’environ 80 000 femmes ayant eu
une IVG durant la période d’étude et l’autre d’environ 280 000
femmes ayant donné naissance à leur premier enfant durant le même
temps.
L’IVG ne modifie pas la fréquence des signes
psychiatriques
Il est apparu que le taux d’incidence de premier contact
psychiatrique était, dans les 9 mois précédant l’avortement
provoqué, de 14,6/1 000 personnes années et que ce taux demeurait
stable dans l’année suivant l’IVG puisqu’il était alors de 15,2/1
000 personnes années (NS). En revanche, dans les 9 mois précédant
la naissance d’un premier enfant le taux d’incidence de premier
contact psychiatrique n’était que de 3,9/1 000 personnes années
mais ce taux grimpait à 6,7/1 000 personnes années dans l’année qui
suivait l’accouchement (p<0,001). Dans le détail, l’incidence
des consultations psychiatriques augmentait fortement durant le
premier mois du post-partum puis diminuait pour retrouver les taux
précédant l’accouchement environ 9 mois après la naissance.
Comme toutes les études épidémiologiques de ce type, ce travail
a bien sûr quelques limites. On peut en particulier noter qu’il
s’est basé sur les contacts avec un psychiatre (à l’hôpital ou en
ambulatoire) et que la propension des femmes à consulter un
spécialiste des maladies mentales pour une même pathologie n’était
peut-être pas identique dans les deux groupes. De plus il faut
souligner que ses conclusions ne sauraient s’appliquer qu’à des
populations exemptes d’antécédents psychiatriques.
Sous ces réserves, il semble donc que, contrairement à ce que
laissaient penser certaines études, un avortement provoqué n’a pas
de conséquence mesurable sur la fréquence des pathologies
psychiatriques. Il confirme également l’influence défavorable (mais
transitoire) d’une naissance sur la santé mentale. Il met enfin en
évidence une incidence élevée des troubles psychiatriques chez les
jeunes femmes allant demander une IVG (14,6/1000 personnes années
contre 8,2 dans la population féminine contrôle). Cette différence
avec la population générale constitue donc un marqueur de risque
d’IVG qui mérite peut-être l’attention des praticiens en charge de
la contraception.
Dr Nicolas Chabert
Munk-Olsen T et coll. : Induced first trimester abortion and risk of mental disorder. N Engl J Med 2011; 364: 332-9.
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |
Troubles "psychologiques" et IVG
Le 08 février 2011
Si l'IVG n'est pas responsable de troubles psychiatriques elle est néanmoins responsable de troubles "psychologiques". Une de mes patientes à 40 ans d'une et deux IVG disait qu'elle en rêvait encore la nuit et que ça l'angoissait !
Lucile Poumarat
Réagir à cet article