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Dans la population générale, la mutation V 617 F sur JAK 2 n’est pas non plus de bon pronostic

Publié le 01/04/2011 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La mutation V617 F sur JAK 2 est une mutation acquise, fréquente au cours des syndromes myéloprolifératifs puisque retrouvée dans près de 100 % des cas de polyglobulie de Vaquez mais aussi dans environ 60 % des cas de thrombocythémie essentielle ou myélofibrose idiopathique. Toutefois cette mutation a pu être décrite aussi chez des sujets sans aucun signe patent de syndrome myéloprolifératif. La signification en est alors inconnue. Le but de cette étude a donc été d’estimer la fréquence de cette mutation au sein de la population générale et de voir si sa présence était associée à une incidence plus élevée de cancers de tous types, d’hémopathies, de syndromes myéloprolifératifs  et si elle entraînait une surmortalité.

La mutation a été recherchée chez 10 507 sujets provenant de la « Copenhagen City Heart Study »  par une technique de Taqman PCR à partir de l’ADN isolé du sang total périphérique. En cas de positivité, le résultat était contrôlé par la technique de PCR ciblée allèle spécifique décrite par Baxter et al (1) et par une PCR en temps réel de haute sensibilité permettant de quantifier la charge allélique (2).

La mutation a été retrouvée chez 18 sujets par les trois techniques utilisées : ce qui correspond à une prévalence de 0,2 % avec un âge médian lors du prélèvement sanguin de 59 ans. Pour les études statistiques mentionnées plus loin, les résultats observés chez ces sujets portant la mutation ont été comparés à ceux d’un groupe contrôle constitué de personnes ne portant pas la mutation et appariées pour l’âge et le sexe lors du prélèvement.

Dans la population étudiée, la présence de la mutation était positivement associée à un âge plus élevé (p<0,0001), au sexe masculin (p=0,02) et à la consommation cumulée de tabac (p=0,005). Sur un suivi pouvant aller jusqu’à 17,6 ans, l’on notait un taux de survie plus faible chez les 18 sujets positifs pour la  mutation par rapport à ceux négatifs (log rank, p=0,00003), ce qui correspondait à un risque relatif de 3,3 fois plus élevé de décès plus précoce pour les premiers.

S’agissant de la prévalence des cancers de tous types, chez les 11 sujets avec la mutation V617 F sur JAK2 mais sans cancer avant le prélèvement, l’incidence cumulée de cancer quel qu’il soit s’et avérée plus élevée que dans le groupe contrôle (log rank, p=0,0001) avec un risque relatif de 3,7. En ce qui concerne les hémopathies, pour les 15 sujets qui n’avaient pas ce type d’affection avant le prélèvement l’incidence cumulée est apparue là encore beaucoup plus élevée que dans le groupe contrôle (log rank,p=2*10-32), le risque relatif étant de 58. Enfin, il a été notée chez les 15 sujets porteurs de la mutation et indemnes de syndrome myéloprolifératif avant le prélèvement une incidence cumulée de survenue de ce type de syndrome beaucoup plus élevée que dans le groupe contrôle (log rank,p=7*10-22), avec un risque relatif de 161.Les risques relatifs observés chez les hommes par rapport aux femmes pour tous types de cancers, puis pour les cancers hématologiques et enfin pour les syndromes myéloprolifératifs étaient respectivement de  1,2, puis 2,3 et enfin 1,3.

Ces résultats ne concernent que des sujets « caucasiens » mais sont nouveaux et devraient être complétés par des études ultérieures précisant en particulier le phénotype hématologique concomitamment à la recherche de la mutation JAK 2.Cette étude montre donc que dans la population générale, la découverte de celle-ci est liée à une morbidité et une mortalité plus élevées dont le mécanisme précis demande à être élucidé : existence d’un syndrome myéloprolifératif latent sous-jacent, liaison à d’autres anomalies génétiques…. ?



Dr S.Belluci


1-Baxter EJ et al Lancet 2005 ; 356 : 1054-1061.
2-Larsen TS et al Eur.J Haematol.2007 ; 79 : 508-515.




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