La mutation V617 F sur JAK 2 est une mutation acquise, fréquente
au cours des syndromes myéloprolifératifs puisque retrouvée dans
près de 100 % des cas de polyglobulie de Vaquez mais aussi dans
environ 60 % des cas de thrombocythémie essentielle ou myélofibrose
idiopathique. Toutefois cette mutation a pu être décrite aussi chez
des sujets sans aucun signe patent de syndrome myéloprolifératif.
La signification en est alors inconnue. Le but de cette étude a
donc été d’estimer la fréquence de cette mutation au sein de la
population générale et de voir si sa présence était associée à une
incidence plus élevée de cancers de tous types, d’hémopathies, de
syndromes myéloprolifératifs et si elle entraînait une
surmortalité.
La mutation a été recherchée chez 10 507 sujets provenant de la
« Copenhagen City Heart Study » par une technique de
Taqman PCR à partir de l’ADN isolé du sang total périphérique. En
cas de positivité, le résultat était contrôlé par la technique de
PCR ciblée allèle spécifique décrite par Baxter et al (1) et par
une PCR en temps réel de haute sensibilité permettant de quantifier
la charge allélique (2).
La mutation a été retrouvée chez 18 sujets par les trois
techniques utilisées : ce qui correspond à une prévalence de 0,2 %
avec un âge médian lors du prélèvement sanguin de 59 ans. Pour les
études statistiques mentionnées plus loin, les résultats observés
chez ces sujets portant la mutation ont été comparés à ceux d’un
groupe contrôle constitué de personnes ne portant pas la mutation
et appariées pour l’âge et le sexe lors du prélèvement.
Dans la population étudiée, la présence de la mutation était
positivement associée à un âge plus élevé (p<0,0001), au sexe
masculin (p=0,02) et à la consommation cumulée de tabac (p=0,005).
Sur un suivi pouvant aller jusqu’à 17,6 ans, l’on notait un taux de
survie plus faible chez les 18 sujets positifs pour la
mutation par rapport à ceux négatifs (log rank, p=0,00003), ce qui
correspondait à un risque relatif de 3,3 fois plus élevé de décès
plus précoce pour les premiers.
S’agissant de la prévalence des cancers de tous types, chez les
11 sujets avec la mutation V617 F sur JAK2 mais sans cancer avant
le prélèvement, l’incidence cumulée de cancer quel qu’il soit s’et
avérée plus élevée que dans le groupe contrôle (log rank, p=0,0001)
avec un risque relatif de 3,7. En ce qui concerne les hémopathies,
pour les 15 sujets qui n’avaient pas ce type d’affection avant le
prélèvement l’incidence cumulée est apparue là encore beaucoup plus
élevée que dans le groupe contrôle (log rank,p=2*10-32), le risque
relatif étant de 58. Enfin, il a été notée chez les 15 sujets
porteurs de la mutation et indemnes de syndrome myéloprolifératif
avant le prélèvement une incidence cumulée de survenue de ce type
de syndrome beaucoup plus élevée que dans le groupe contrôle (log
rank,p=7*10-22), avec un risque relatif de 161.Les risques relatifs
observés chez les hommes par rapport aux femmes pour tous types de
cancers, puis pour les cancers hématologiques et enfin pour les
syndromes myéloprolifératifs étaient respectivement de 1,2,
puis 2,3 et enfin 1,3.
Ces résultats ne concernent que des sujets « caucasiens » mais
sont nouveaux et devraient être complétés par des études
ultérieures précisant en particulier le phénotype hématologique
concomitamment à la recherche de la mutation JAK 2.Cette étude
montre donc que dans la population générale, la découverte de
celle-ci est liée à une morbidité et une mortalité plus élevées
dont le mécanisme précis demande à être élucidé : existence d’un
syndrome myéloprolifératif latent sous-jacent, liaison à d’autres
anomalies génétiques…. ?
Dr S.Belluci
1-Baxter EJ et al Lancet 2005 ; 356 : 1054-1061.
2-Larsen TS et al Eur.J Haematol.2007 ; 79 : 508-515.
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