En 2008, une loi imposant l’affichage des apports nutritionnels
sur les produits vendus dans les fast-foods New-Yorkais prenait
effet. L’impact réel de cette de mesure a été relativement peu
évalué et les résultats des évaluations, réalisées sur un nombre
limité d’établissements, sont contradictoires.
Afin de compléter ces données, une étude à grande échelle a été
réalisée en deux temps : avant (au printemps 2007) et après (au
printemps 2008) l’application de la loi. Après une sélection
méthodique et minutieuse, les données recueillies auprès de onze
chaînes de fast-food ont été colligées pour l’analyse. Ce sont 7
309 et 8 489 clients ayant participé à l’enquête respectivement
dans la première et la seconde phase de l’étude qui ont été inclus
dans l’analyse. Ces clients étaient abordés par des enquêteurs à la
sortie du fast-food ; ils fournissaient d’une part le ticket de
caisse correspondant à leur repas et répondaient d’autre part à un
questionnaire. Celui-ci vérifiait notamment que le ticket de caisse
concernait leur propre prise alimentaire ; il leur demandait
également s’ils portaient attention aux informations
nutritionnelles consignées sur l’emballage des produits
achetés.
Globalement, toute chaîne de fast-food confondues, il n’y a pas
eu de réduction des apports caloriques correspondants aux achats
entre les deux périodes quand un « ajustement minimum » était
effectué (prise en compte de la chaîne de restaurant, du sexe des
clients et du niveau social du voisinage des restaurants). Quand
l’inflation et le type de produits achetés (achat d’une boisson
notamment) étaient pris en compte dans l’analyse multivariée («
modèle complet »), une réduction peu importante de 20 kcal mais
statistiquement significative des calories des repas achetés était
notée entre 2007 et 2008. On note toutefois des disparités selon
les chaînes de restaurants. Pour l’expliquer, il est probable qu’en
dehors de l’apparition des indications nutritionnelles, divers
changements intervenus entre les deux périodes aient aussi
influencé les achats. Ainsi, dans l’une des chaînes de fast-food,
les apports caloriques des achats ont augmenté (+ 133 kcal)
parallèlement à l’augmentation des portions des plats servis.
Inversement, ils ont diminué dans certains restaurants ayant
fait évoluer leur carte vers des produits moins caloriques. Un
résultat encourageant a été obtenu dans ce travail : les clients
qui déclaraient porter attention aux indications nutritionnelles
consommaient significativement moins de calories (-96 kcal) que les
autres après prise en compte des facteurs de confusion du « modèle
complet ».
Ces résultats sont en faveur de la généralisation de la
réglementation concernant l’indication des apports nutritionnels
dans les fast-foods. Même s’il n’est pas certain que cela influence
les choix de l’ensemble des clients, on retiendra de cette étude
l’absence d’inconvénients notables d’une telle mesure et la
possible influence positive pour choisir des repas moins caloriques
chez les personnes qui consultent les indications nutritionnelles.
En outre, une telle réglementation implique une plus grande
transparence vis-à-vis des clients. Cela pourrait inciter certaines
chaînes de fast-food à réduire l’apport calorique des repas, au
moins pour leur image commerciale.
Bien évidemment, réglementer l’information nutritionnelle sur
les denrées alimentaires ne représente qu’une petite partie des
mesures à prendre pour lutter contre l’épidémie d’obésité. Et elle
ne présente d’intérêt que si la population est parallèlement
éduquée au déchiffrage des indications nutritionnelles !
Dr Boris Hansel
Dumanovsky T et coll. Changes in energy content of lunchtime purchases from fast food restaurants after introduction of calorie labelling: cross sectional customer surveys. BMJ. 2011 Jul 26;343:d4464
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