Le drainage lymphatique doit faire ses preuves !

Avec l’amélioration du pronostic du cancer du sein, une partie de l’attention s’est tournée vers la prise en charge des complications des traitements. Le lymphœdème du membre supérieur est une de ces complications, particulièrement invalidante pour les patientes. Selon certains travaux, un lymphœdème serait présent dans 12 à 26 % des cas 12 mois après un curage axillaire.

Le drainage lymphatique manuel est l’une des actions préventives proposées, bien que finalement rarement confronté dans des essais randomisés aux autres moyens prophylactiques que sont les conseils d’hygiène et de mobilisation du bras et la kinésithérapie. Une équipe de l’Université de Louvain a mis sur pied un essai randomisé incluant 160 patientes dans le but d’en évaluer l’efficacité.

Toutes  recevaient les recommandations écrites habituelles de prévention : éviter le port de charges lourdes et les mouvements répétitifs, élever le bras en cas de sensation de pesanteur, l’utiliser le plus normalement possible, éviter les vêtements trop serrés, les températures extrêmes ou la prise de poids, appliquer des crèmes hydratantes et porter un manchon lors des voyages en avion. Toutes les patientes se voyaient aussi prescrire des exercices en séances individuelles d’une demi-heure (mobilisation de l’épaule, étirements des pectoraux, massages des zones cicatricielles et programme de réhabilitation de l’épaule et du bras). Enfin, les patientes du « groupe intervention » (n = 79) recevaient en plus une prescription de 40 séances de drainages lymphatiques manuels, réalisées par un kinésithérapeute expérimenté. Le lymphœdème était évalué par la mesure de la circonférence et du volume du bras et défini comme une augmentation ≥ 2cm de la circonférence et ≥ 200 ml du volume du bras.

Le résultat est plutôt décevant, puisque après 3 mois, 6 mois et 12 mois de ce traitement, l’incidence cumulative du lymphœdème n’est pas significativement différente dans les deux groupes, de 24 % à 12 mois dans le groupe intervention vs 19 % dans le groupe contrôle (OR 1,3 ; IC 95 % : 0,6 à 2,9, P = 0,45). Le délai d’apparition du lymphœdème est lui aussi identique dans les deux groupes.

Les auteurs n’excluent pas toutefois la possibilité d’un effet minime du drainage lymphatique qui pourrait être mis en évidence par des essais de plus grande envergure ou en utilisant des méthodes de détection plus précises comme l’échographie voire la lymphoscintigraphie. En attendant, il semble judicieux de ne pas négliger les autres moyens de prévention comme les conseils d’hygiène et la kinésithérapie.

Dr Roseline Péluchon

Références
Devoogdt N et coll. : Effect of manual lymph drainage in addition to guidelines and exercise therapy on arm lymphoedema related to breast cancer: randomised controlled trial.
BMJ 2011;343:d5326 doi: 10.1136/bmj.d5326

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article