N. KLUGER*, A. DEBU**
*Skin and Allergies Hospital, Helsinki University Central
Hospital, Finlande
**Service de dermatologie, Hôpital Saint-Éloi, CHU de
Montpellier
La prise en charge de l’acné reste un challenge pour le
dermatologue. La photothérapie dynamique a été testée dans l’acné ;
quelle serait sa place dans cette indication ? Les traitements
classiques comprennent différents traitements topiques
(antibiotiques, rétinoïdes, peroxyde de benzoyle), des
antibiotiques systémiques et les rétinoïdes per os. Cependant, leur
possible inefficacité dans certaines acnés, les risques de
résistance de P. acnes, les complications et les controverses ayant
entouré récemment les rétinoïdes oraux, poussent au développement
de nouvelles stratégies thérapeutiques(1) où des traitements
adjuvants pourraient agir en synergie avec les traitements
précédemment cités.
Intérêt de la photothérapie dynamique
Mode d’action
La photothérapie dynamique (PDT) en dermatologie repose sur
l’application d’une substance photosensibilisante, l’acide
méthylaminolévulinique (MAL), ou son précurseur, l’acide
aminolévulinique (ALA), associée à une source de lumière. Le
produit se concentre dans la ou les lésion(s) à traiter, qui sont
ensuite exposées à une source de lumière émettant dans le spectre
d’absorption de cette substance, ce qui déclenche une réaction
phototoxique. Cette dernière produit de l’oxygène singulet (O2) et
d’autres radicaux libres ayant des effets cytotoxiques (2). En
France, le Metvixia® (acide méthylaminolévulinique) a obtenu l’AMM
en 2006 dans le traitement des kératoses actiniques du visage et du
cuir chevelu, du carcinome basocellulaire superficiel du tronc, des
membres et du cou et de la maladie de Bowen. Cependant, depuis plus
de 10 ans, de nombreux auteurs ont essayé la PDT dans l’acné(3-6).
Deux arguments plaident pour l’utilisation de la PDT dans l’acné
inflammatoire : son effet bactéricide sur P. acnes et son action
destructrice/atrophiante sur les glandes sébacées.
La PDT a un effet
bactéricide sur P. acnes et une action destructrice/atrophiante sur
les glandes sébacées.
P. acnes produit naturellement des porphyrines, notamment la
coproporphyrine III. La lumière visible peut activer ces
porphyrines pour déclencher une véritable réaction phototoxique, ce
qui pourrait expliquer l’amélioration de l’acné l’été. Cependant,
les réponses sont variables d’un individu à l’autre en raison des
différences de concentration et des types de porphyrines dans les
follicules, et de la capacité de la lumière à atteindre la peau et
à activer la réaction. L’ALA est connu pour être incorporé par les
cellules épithéliales, et principalement celles de l’unité
pilo-sébacée, et converti en protoporphyrine IX (PpIX), qui
s’accumule dans l’épithélium. Une fois photoactivée par la lumière,
la PpIX est excitée et aboutit à la production d’oxygène singulet
et de radicaux libres, qui induisent la destruction cellulaire et
l’apoptose. Ainsi, la PDT offre la possibilité de traiter l’acné en
ciblant spécifiquement P. acnes dans le follicule pileux. De plus,
la PDT est également efficace sur la glande sébacée en induisant
une réduction de leur taille et de leur sécrétion (avec une lumière
rouge et a une efficacité sur les lésions inflammatoires). Enfin,
la destruction ou atrophie de la glande sébacée est accompagnée
d’une diminution de la sécrétion de sébum.
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Acné inflammatoire sévère chez un
adolescent avec contre-indication à l’isotrétinoïne.
A : avant la PDT. B : à 48 h après une séance
« test » de PDT : érythème et croûtes.
C : aspect de l’acné 1 mois après 2 séances à 1 semaine
d’intervalle (protocole : lumière rouge, lampe Aktilite®, puissance
37 J/cm2, émission à 635 nm, 10 minutes), douleur évaluée sur EVA
5/10 (Dr A. Debu).
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Résultats cliniques
Malheureusement, si les études publiées montrent certes une
efficacité de la PDT dans l’acné, les résultats ne sont pas
comparables, étant donné la diversité des protocoles, le choix de
paramètres de la PDT et le nombre de patients inclus. Il n’existe
pas à ce jour d’optimisation du schéma thérapeutique (type de
topique, dosimétrie, irradiance, source d’exposition) définie pour
l’acné(3,5,6). Aux États-Unis, la lumière bleue est utilisée avec
un temps d’application de l’ALA de 30 à 60 minutes et l’éclairement
est de 15 minutes. Trois à 4 séances à 2 ou 4 semaines d’intervalle
sont le plus souvent préconisées. Les soins postopératoires
consistent à appliquer des compresses, des émollients et des écrans
solaires. La photosensibilité peut persister jusqu’à 48 heures
après le traitement( 3). Un temps d’incubation de 3 heures ou plus
et une source continue de lumière rouge sont associées à une
remission de l’acné à long terme. En effet, les longueurs d’onde
rouges (650 nm) pénètrent plus profondément que les longueurs
d’onde bleues (400 nm) avec une probabilité plus forte d’atteindre
et d’activer les porphyrines dans les glandes sébacées. De plus,
les publications rapportant l’efficacité de la « short contact PDT
», c’est-à-dire avec des délais d’incubation plus courts (jusqu’à
10- 30 minutes), sont optimistes mais limitées par leurs qualités
méthodologiques. La meilleure efficacité prouvée reste à ce jour
obtenue après 3-4 heures d’application. La PDT associée à l’ALA ou
au MAL montre une même efficacité en cas d’incubation longue et
d’exposition à la lumière rouge avec des fluences élevées. De plus,
la préparation de la peau avant PDT (désinfection, dégraissage,
curetage, etc.) pourrait jouer un rôle non négligeable dans
l’efficacité. L’application sous occlusion pourrait également
améliorer la pénétration et l’absorption du produit.
La meilleure efficacité
prouvée de la PDT est à ce jour obtenue après 3-4 heures
d’application.
Effets indésirables et complications
Les complications liées à la PDT dans l’acné comprennent la
douleur quasi constante, qui doit être prévenue par différents
traitements (système de refroidissement, antalgiques, anesthésie
loco-régionale) durant la séance, un érythème pendant les 3 à 5
premiers jours, un oedème, des croûtes, une éruption pustuleuse.
Une poussée d’acné paradoxale est possible dans le mois suivant la
séance. Une allergie de contact au topique est exceptionnelle. Une
hyperpigmentation postinflammatoire peut durer 1 à 3 mois. La
cicatrisation après la séance est habituellement observée une
semaine après, mais l’érythème et l’hyperpigmentation peuvent
persister pendant un mois.
Conclusion
La place de la PDT dans l’acné est encore loin d’être claire.
Les balances bénéfice-risque et également coût-efficacité doivent
être impérativement étudiées et l’avan tage prouvé, par-delà les
aspects « académiques » de cette indication. Une meilleure analyse
des différents paramètres est indispensable dans des études de
bonne qualité méthodologique pour optimiser la PDT dans l’acné. De
plus, il faudra prévoir des études comparatives versus des
traitements dont l’efficacité est connue. Il n’existe à ce jour
aucune étude comparant la PDT à l’isotrétinoïne par exemple. La PDT
n’a pas non plus été étudiée chez la femme enceinte. Actuellement,
la PDT dans l’acné est hors AMM en France et devrait être reservée
aux cas d’acnés inflammatoires réfractaires aux traitements
conventionnels ou en cas de contre-indication à
l’isotrétinoïne.
Références
1. Dréno B. Données récentes sur l’épidémiologie de l’acné. Ann
Dermatol Venereol 2010 ; 137 : S49-51.
2. Christensen E et al.; Norwegian Photodynamic Therapy (PDT)
Group. Guidelines for practical use of MAL-PDT in non-melanoma skin
cancer. J Eur Acad Dermatol Venereol 2010 ; 24 : 505-12.
3. Berson DS, Boulinguez S. Place des traitements à base de lumière
dans l’acné. Ann Dermatol Venereol 2010 ; 137 : S72-5.
4. Bettoli V et al. Quoi de neuf dans l’acné ? Nouvelles approches
thérapeutiques. Ann Dermatol Venereol 2010 ; 137 : S81-5.
5. Sakamoto FH et al. Photodynamic therapy for acne vulgaris: a
critical review from basics to clinical practice: part I. Acne
vulgaris: when and why consider photodynamic therapy? J Am Acad
Dermatol 2010 ; 63 : 183-93 ; quiz 193-4.
6. Sakamoto FH et al. Photodynamic therapy for acne vulgaris: a
critical review from basics to clinical practice: part II.
Understanding parameters for acne treatment with photodynamic
therapy. J Am Acad Dermatol 2010 ; 63 : 195- 211 ; quiz 211-2.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, juin 2011
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