Prévention du suicide, un rôle difficile pour l’entourage

Selon l’OMS, un suicide a lieu dans le monde toutes les 40 secondes. L’organisation a appelé tous les Etats et les autorités sanitaires nationales à mettre en place des plans de prévention. Ces programmes de prévention du suicide existent déjà dans certains pays et mettent souvent à contribution les proches, que ce soit les membres de la famille ou des réseaux sociaux. En Nouvelle Zélande par exemple, le programme de prévention commence par la mention explicite que « tout le monde a un rôle à jouer dans la prévention du suicide ».

Mais quel rôle peuvent jouer les membres de la famille, les amis ou les collègues, qu’est ce que cela signifie pour eux et de quelles ressources ont-ils besoin pour être réellement efficaces ? Autant de questions sans réponse claire. Les recherches ont en effet donné la priorité au rôle des professionnels de santé pour identifier et prendre en charge le risque suicidaire. Mais l’on sait que la grande majorité  des patients ayant attenté à leur vie n’avaient eu aucun contact récent avec un professionnel de la psychiatrie ou avec un médecin généraliste. Il apparaît alors que ces professionnels n’ont pas beaucoup d’opportunités pour prévenir le passage à l’acte. Les proches sont souvent les seules personnes à pouvoir remarquer qu’un des leur ne va pas bien, et toute la prévention semble reposer sur eux, en tous cas jusqu’à ce que l’intéressé se décide à consulter.

Une équipe du Royaume Uni a mené une enquête pour éclairer les difficultés que rencontrent les proches pour interpréter les signes annonciateurs d’un suicide et agir en conséquence. Les auteurs ont interrogé l’entourage familial, amical et professionnel de 14 personnes qui se sont suicidées, menant au total 31 interviews. Les personnes interrogées font état d’obstacles à la fois intellectuels et émotionnels qui les ont empêchées d’évaluer le danger et d’agir en prévention. Ils confirment que les signes émis par la personne suicidaire sont souvent ambivalents et difficiles à interpréter et qu’ils ont parfois eu tendance à minimiser des signaux de détresse en se focalisant au contraire sur les signes positifs. Ils reconnaissent être parfois restés inactifs alors qu’ils sentaient confusément que quelque chose de grave pouvait arriver.

Les auteurs estiment que la proximité avec le patient suicidaire et l’investissement émotionnel qui l’accompagne empêchent les proches d’évaluer objectivement la situation, et mettent un frein au partage de leurs préoccupations avec l’intéressé, avec les autres membres de l’entourage ou les médecins. Ils suggèrent qu’une meilleure information soit faite,  insistant sur le caractère ambigu des signes avant-coureurs et donnant des conseils précis concernant l’attitude que doivent avoir les proches au moindre doute sur les velléités suicidaires d’un membre de leur famille ou de leur réseau social.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Owens C et coll. : Recognising and responding to suicidal crisis within family and social networks : qualitative study. BMJ 2011 ;343: d5801. doi: 10.1136/bmj.d580

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