Les suicides en prison toujours en hausse

Paris, le mercredi 7 décembre 2011 – La prévention du suicide en prison a été l’objet en octobre 2010 d’un programme spécifique coordonné par les ministères de la Santé et de la Justice. Ce plan prévoyait notamment la création de nouvelles unités hospitalières spécialement aménagées (USHA), l’expérimentation du dispositif de « co-détenu » de soutien qui existe dans plusieurs pays ou encore la distribution de kits anti-suicide. Ces annonces avaient été saluées à l’époque par l’Observatoire international des prisons (OIP) qui s'était félicité de la mise en place, pour la première fois, d’un « plan aussi large avec un tel éventail de mesures » dont beaucoup avaient été considérées comme « intéressantes ».

On se suicide six fois plus en prison

Un an plus tard, cependant, l’OIP ne peut que constater que pour l’heure ces différents dispositifs, dont plusieurs ont été effectivement déployés, n’ont pas encore tenu leur promesse. Selon un rapport de l’observatoire diffusé aujourd’hui, 82 détenus ont en effet mis fin à leur jour au cours des huit premiers mois de l’année, contre 73 au cours de la même période l’an dernier, ce qui représente une progression de 12 %, confirmant une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Si les chiffres englobant les dix premiers mois de l’année sont légèrement moins alarmants, ils confirment néanmoins une augmentation des autolyses, avec 97 suicides entre janvier et fin octobre 2011 contre 90 en 2010. D’une manière générale, l’OIP note que le taux de suicide des personnes sous écrou demeure « dramatiquement identique » ces dernières années, atteignant 14,6 pour 10 000 placements sous écrou. Ce taux est par ailleurs six fois supérieur à celui des hommes libres âgés de 15 à 59 ans.

La prévention du suicide n’est pas l’affaire de l’administration pénitentiaire

Pour l’OIP, cette situation s’explique par une politique de prévention de l’Administration pénitentiaire encore trop exclusivement concentrée sur les « facteurs individuels et familiaux » et qui fait l’économie d’une réflexion sur l’impact des « facteurs judiciaires et pénitentiaires » et notamment l’influence de la surpopulation carcérale. Pour l’OIP, ces données confirment plus que jamais l’urgence de confier au seul ministère de la Santé ce dossier de la prévention du suicide en prison en écartant de ce champ d’action une administration pénitentiaire, juge et partie.

Aurélie Haroche

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