Neuf cents millions de voyageurs internationaux par an dans le
monde -1,6 milliards prévus en 2020-, 50 millions de personnes se
déplaçant d’un pays industrialisé vers les pays tropicaux : les
chiffres du tourisme sont impressionnants. Et parmi cette
multitude, bien évidemment des Français, dont 5 millions se
rendront en zone tropicale dans l’année. Leur profil est
aujourd’hui assez bien cerné, grâce à une étude spécifique de la
Direction du tourisme : les plus voyageurs sont âgés de 50-64 ans
(taux de départ de 26 %), la catégorie socio- professionnelle la
plus concernée est celle des cadres supérieurs et professions
libérales (47 %), le volume le plus important est composé
d’inactifs (33 %), les étudiants dépassent de peu les 10 %. Le
nombre des "grands voyageurs", avec plus de 3 déplacements / an,
est estimé à 1,15 millions et ils appartiennent 6/10 fois aux
tranches d’âge actives. Les principales raisons de voyager sont le
tourisme, la visite d’amis ou de la famille, les affaires, des
raisons religieuses ou d’éducation et de recherche. A peine plus de
la moitié des voyageurs, selon une étude européenne de référence,
requièrent un avis médical avant le départ, les abstenants arguant
qu’ils sauraient quoi faire (41 %), qu’ils ne savaient pas qu’il
fallait consulter (20 %), qu’il n’y avait pas de risque pour leur
santé (18 %), ou qu’ils n’avaient pas eu le temps (6,3 %). Voilà,
quoi qu’il en soit, les risques "statistiques" du voyageur, en
termes de mortalité et de morbidité :
-Mortalité. Le nombre des décès à l’étranger (variable selon les
sources) était estimé entre 2 500 et 5 500/ an en 2000-2003, soit
0,5 à 1 % du total. Les causes étaient accidentelles et
traumatiques dans 49,5 % des cas et d’origine cardiovasculaire dans
27,4 % (équivalent à la répartition nationale) ; les causes
infectieuses représentaient 1,4 % des décès, avec comme seule
pathologie tropicale notable le paludisme. Par rapport aux données
nationales, la proportion d’accidents est plus élevée pour les
transports (28 % des décès) et les accidents de la vie courante (18
%), avec un net surplus de noyades (6,5 %). Les traumatismes
intentionnels représentent 3,2 % des décès, et celle des suicides
est moins importante qu’attendu, avec 2,1 %, mais la proportion
d’homicides (1,1 %) nettement plus élevée.
-Morbidité. La diarrhée du voyageur représente à peu près la moitié
des ennuis de santé en voyage, suivie par les infections ORL
(otites, sinusites…), les dermatoses, infectieuses ou non, la
fièvre, les accidents, le mal des transports, le mal de l’altitude
et les morsures animales. La fréquence des maladies varie
évidemment en fonction du lieu de séjour et des saisons. Par
exemple, la diarrhée et les infections respiratoires prédominent
dans les régions froides et montagneuses comme le Népal, et les
dermatoses et blessures superficielles dans les zones chaudes et
maritimes. Le paludisme est plus fréquent l’été et juste après la
saison des pluies. Même dans les centres spécialisés en maladies
tropicales, la part observée pour ces maladies ne dépasse pas le
tiers des cause de consultation en maladies infectieuses du retour
; les maladies d’importation dans ce contexte étant le paludisme,
la bilharziose, les arboviroses (dengue et chikungunya) et dans une
moindre mesure l’amibiase, les rickettsioses et la typhoïde.
On ne meurt finalement pas si souvent de maladie en voyage, et
le risque d’infection grave acquise est faible. Il faut pourtant
savoir reconnaître ces infections, pour deux raisons majeures : une
urgence éventuelle pour le malade, et le risque lié à la capacité
épidémique de certaines maladies (SARS, dengue…) pour la
société.
Dr Jack Breuil
Caumes E : Les voyageurs français et leur pathologies. Un état des lieux. Adsp (Actualité et dossier en santé publique) 2011; 76: 12-16 [HCSP informations. Avis et rapports].
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