Vingt-cinq ans après le diagnostic initial, la mortalité des
schizophrènes est le triple de celle observée dans la population
générale. Or, malgré l’augmentation très importante de la mortalité
par suicide, les décès surviennent surtout pour des causes
naturelles, liées essentiellement à la pathologie
cardio-vasculaire. Les médicaments neuroleptiques s’apparentent
ainsi à des agents doubles : ils contribuent certes à épargner des
vies en diminuant l’impulsivité et l’agressivité pouvant conduire
au suicide, mais ils tendent aussi à augmenter certains facteurs de
risque cardiovasculaire, en induisant une surcharge pondérale ou
d’autres effets d’ordre somatique et métabolique (hypertension
artérielle, dyslipidémies, anomalies glucidiques). Il est donc
important de déterminer l’incidence globale des traitements
neuroleptiques sur la mortalité associée aux psychoses : gain ou
perte, en termes d’espérance de vie ?
Identifier les modifications des facteurs de risque
cardio-métabolique et les interventions susceptibles de les
corriger constitue un « impératif clinique », écrivent les auteurs
d’une méta-analyse portant sur 25 études longitudinales (publiées
entre janvier 1990 et juin 2010) et consacrée à l’incidence
cardiovasculaire du traitement d’un premier épisode
psychotique.
Deux constats importants se dégagent de cette enquête :
(1) En matière d’augmentation de risque cardio-vasculaire (qu’il
s’agisse du poids ou des indices métaboliques entre sujets
psychotiques et sujets-témoins), il n’y a pas de différence notable
avant l’introduction du traitement neuroleptique.
(2) Mais ce risque cardiovasculaire augmente après la première
exposition à un médicament antipsychotique, sans différence
significative d’un type à l’autre de neuroleptique.
D’autres recherches devront encore préciser l’impact de ces
modifications cardio-métaboliques sur l’observance thérapeutique
(et vice-versa), les stratégies d’optimisation du rapport bénéfice
/risques (opportunité de fenêtres thérapeutiques chez les jeunes
patients, ou ultérieurement ?) et l’influence éventuelle de
critères démographiques comme l’âge, le sexe ou des facteurs
génétiques.
Dr Alain Cohen
Debra L. Foley & Katherine I. Morley : Systematic review of early cardiometabolic outcomes of the first treated episode of psychosis. Arch Gen Psychiatry 2011 ; 68-6 : 609-616.
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