Les études épidémiologiques ont montré que la prévalence du
diabète croissait progressivement chez les sujets âgés. A l’heure
où I’augmentation de l’espérance de vie, de 2,2 ans par décennie,
laisse penser que la moitié des enfants nés aujourd’hui atteindront
leur 100e anniversaire, A Davey et coll. se sont attachés à
préciser la prévalence du diabète (défini par les critères
actuels), dans la population des centenaires, à en déterminer les
caractéristiques, ainsi que l’influence respective des progrès de
la prise en charge et de l’augmentation de la longévité dans cette
longue survie avec un diabète.
Deux cent quarante centenaires et 109 « presque centenaires »
américains, de 98 à 108 ans, ont été inclus dans cette étude. Seize
pour cent étaient des hommes, 20 % étaient afro-américains et 38 %
vivaient en communauté. Le diagnostic de diabète a été retenu en
cas de taux d’HbA1c supérieur ou égal à 6,5 % ou de prise
d’antidiabétiques. Vingt-neuf centenaires soit 12,5 % présentaient
un diabète, déjà connu pour 21 d’entre eux. Sur les 15 traités,
seuls 5 étaient sous insuline à faible posologie, dont 3 en
association à des antidiabétiques oraux. Sept patients avaient
débuté leur maladie avant 80 ans, 9 entre 80 et 97 ans et 3 à 98
ans et plus. La durée moyenne d’évolution était de 16,8 ± 13,5 ans.
Le sexe, l’âge, la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et
le mode d’habitation n’avaient pas d’effet sur la prévalence, à
l’inverse de l’ethnie afro-américaine, du surpoids, de l’obésité et
du niveau d’éducation. L’augmentation du risque relatif (Odds ratio
3,3) persistait chez les afro-américains après contrôle de la
surcharge pondérale. L’anémie et l’HTA étaient plus fréquentes (79
%) chez les centenaires diabétiques, lesquels prenaient d’avantage
de médicaments. Diabétiques et non diabétiques ne différaient pas
en revanche quant à la consommation d’alcool, de tabac et à
l’allèle Apo E ε4, ni pour les taux de créatinine, de ferritine, de
transaminases, de CRP. Aucun lien n’a été mis en évidence entre le
diabète et les causes de mortalité à 12 mois, les déficits visuels,
les amputations, les neuropathies distales du membre inférieur et
le fonctionnement cognitif global. Moins de complications ont été
notées chez les centenaires que chez les sujets jeunes. L’anémie
paraissait plus vraisemblablement liée à une néphropathie que
iatrogène.
Ainsi dans cette série de centenaires, une proportion non
négligeable de sujets sont diabétiques, le plus souvent depuis
l’âgé de 80 ans. Les complications, rares dans cet échantillon,
devraient être étudiées sur de plus grands effectifs afin de
distinguer l’impact de polypathologies qui peuvent minorer l’effet
du diabète. A l’inverse, la rareté des complications peut refléter
la sélection d’individus qui ont pu atteindre 100 ans tout en étant
porteurs d’une pathologie chronique. Des études longitudinales
seraient souhaitables devant la perspective d’une longue survie
sans complication chez les diabétiques.
Dr Anne Bourdieu
Davey A et coll. : Diabetes mellitus in centenarians. J Am Geriatr Soc., 2012 ; publication avancée en ligne le 27 janvier 2012
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