> Accueil JIM > Cellules tumorales disséminées et circulantes du sang périphérique dans le cancer du sein : quelle signification clinique ?

Partenaires Partenaire





ACTUALITE CONGRES

Cellules tumorales disséminées et circulantes du sang périphérique dans le cancer du sein : quelle signification clinique ?

Publié le 14/03/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Dans le cancer du sein, il n’est pas rare de découvrir des métastases en dehors de toute atteinte ganglionnaire axillaire, suggérant l’importance de la voie hématogène dans la dissémination métastatique.

Aussi, la mise en évidence de cellules tumorales isolées dans la moelle osseuse (DTCs), ou circulantes dans le sang périphérique (CTCs), peut-elle avoir une grande importance.

Dans ce but, plusieurs méthodes ont été mises au point afin d’améliorer les techniques histologiques habituelles dont la rentabilité est très faible (moins de 4 % de cellules détectées dans la moelle et moins de 1 % dans le sang). La cytokératine étant exprimée sur les cellules épithéliales et non sur les cellules hématopoïétiques d’origine mésenchymateuse, ces méthodes reposent sur des techniques de PCR Reverse Transcriptase à partir des cellules sanguines mononuclées, à l’aide d’anticorps anti-cytokératine (AC anti-CK).

Leur standardisation passe par l’utilisation d’un AC anti-CK hautement spécifique et par la présence d’un nombre significatif de cellules mononuclées à l’exclusion des CD45+, d’où l’importance des cytaphérèses qui améliorent leur rendement. Enfin, elles nécessitent dans tous les cas d’être évaluées par rapport à des témoins de par la présence d’une transcriptase inverse de bas niveau liée à la présence de gènes épithéliaux dans les cellules normales.

En outre, ces techniques permettent d’évaluer l’expression, au niveau des cellules tumorales  de différentes molécules impliquées dans la prolifération et la migration cellulaire (dont HER2, EGFR, EPCAM, UPA-R….) ouvrant une voie de recherche pour des thérapeutiques ciblées potentielles. A l’inverse, l’expression à leur niveau du Ki67 est, en règle, très basse, laissant supposer que les CTCs ne sont pas en phase de prolifération cellulaire.

Une des limites de la méthode réside toutefois dans le fait que les DTCs sont génétiquement très hétérogènes, avec d’importantes aberrations chromosomiques les rendant très différentes des cellules du site tumoral primitif et rendant compte de la possibilité de résultats éminemment variables, pour un même patient et d’un patient à l’autre.

Dans les stades précoces de cancer du sein, la détection de DTCs et de CTCs constitue, en soi, un facteur pronostique indépendant. Une étude, portant sur 4 703 cancers, allant du stade I au stade III, a mis en évidence une corrélation entre les DTCs et des tumeurs plus volumineuses de grade histopathologique plus élevé, avec une atteinte ganglionnaire plus étendue et enfin avec la présence de récepteurs hormonaux positifs. La survie globale dans les 5 premières années et le délai sans progression étaient également moindres en cas de DTCs décelables. La mise en route d’une chimiothérapie (CT) adjuvante n’entraînait l’élimination que d’environ 50 % des DTCs, conséquence possible de leur statut de cellules « dormantes ». Enfin, leur persistance après prescription d’un anti-oestrogène était également le signe d’une évolution péjorative.

L’étude des CTCs est tout aussi fondamentale. Leur présence, avant CT, est très étroitement liée à celle des DTCs avec un taux de concordance de 93,3 %. Ce taux, après CT, s’abaisse quoique restant significativement élevé à 72,6 %. Malgré le statut de cellules dormantes en apoptose, la mise en évidence de CTCs par RT6PCR constitue, comme pour les DTCs ,un facteur indépendant de mauvais pronostic sur la survie globale et le délai sans progression.

Dans les cancers métastatiques, ces constatations restent globalement inchangées. Une discrimination complémentaire apparaît dans ce groupe entre les patients avec plus de 5 CTCs/ml de sang et ceux avec moins de 5 CTCs/ml. Cette discrimination persiste après CT adjuvante, pouvant ainsi représenter un élément précoce d’appréciation de l’efficacité thérapeutique. En phase métastatique, respectivement 44 et 63 % des cellules expriment EGFR et HER2, versus 39 et 50 % en phase précoce, ce qui pourrait, là encore, constituer un facteur pronostique complémentaire indépendant des facteurs habituels, y compris du statut HER2 de la tumeur primitive. De même, l’inefficacité de la CT à éliminer les CTCs HER2 est, en soi, de mauvais pronostic et pose la question de l’administration rapide d’anticorps monoclonaux.

En conclusion, tant aux stades précoces que tardifs du cancer du sein, la mise en évidence de DTCs et de CTCs est un élément pronostique péjoratif majeur et indépendant. Leur éradication sous CT permet d’avoir une évaluation de la réponse thérapeutique plus rapidement qu’avec les moyens conventionnels. Elles ouvrent également la voie à l’utilisation potentielle de thérapeutiques ciblées plus adaptées.



Dr Pierre Margent


Georgoulias VA : Clinical relevance of disseminated and circulating tumor cells in patients with breast cancer. 23rd international congress of anti-cancer treatment (Paris) : 31 janvier- 2 février 2012.



IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions