Une campagne sans santé, vraiment ?

Paris, le vendredi 30 mars 2012 – Nicolas Sarkozy est aujourd’hui à Besançon pour évoquer ses nouvelles propositions en matière de Santé. Le candidat doit notamment expliciter l’un de ses principaux objectifs pour le quinquennat à venir (s’il était réélu) : la création de maisons de santé spécifiquement adossées aux hôpitaux qui doivent permettre de désengorger les services d’urgence. On le sait, cette proposition est semblable à une idée déjà formulée par François Bayrou. Le candidat Modem déplore par ailleurs aujourd’hui que les « problèmes vitaux » du pays ne soient pas suffisamment abordés dans la campagne, dont les questions de santé. Enfin, il y a quelques semaines, François Hollande consacrait l’un de ses premiers grands discours à ses ambitions pour renforcer la démocratie sanitaire.

La santé : un thème en crise

Les faits semblent donc témoigner de l’importance accordée par les différents candidats à l’élection présidentielle au thème de la santé. Et pourtant, ce dernier est souvent considéré comme une problématique oubliée. Ainsi, le quotidien la Nouvelle République (région de Tours et Poitiers) analyse-t-il ainsi les résultats de son enquête menée auprès des soignants et des patients du centre hospitalier Bretonneau par cette constatation amère : « Une large majorité [des personnes interrogées] note spontanément que ces questions de santé sont absentes de la campagne pour l’élection présidentielle ». Les infirmières, les médecins, les malades rencontrés s’affirment lassés des discours sur « la crise ou la sécurité », quand « la santé, quand même, ça concerne tout le monde ».

La santé : un sujet trop beau pour être discuté

Médecin et romancier, Luc Perino, a lui aussi le sentiment que « la médecine et la santé sont généralement absentes » des « grands débats » d’une campagne électorale. A son sens, ce phénomène n’est pas « illogique » et s’explique par le fait que « la médecine et le monde sanitaire disposent d’une indépendance par rapport au marché et d’une autonomie par rapport au pouvoir dont ne dispose aucune autre institution ». La médecine s’occupe en effet seule du contenu de sa formation, de ses voies de recherches, de sa déontologie ou encore de ses problèmes disciplinaires, énumère-t-il. Elle jouit en outre d’un très haut capital de confiance auprès des citoyens. « Très rares sont les zones sombres de cette perfection institutionnelle. La convention entre le monde libéral et les organismes sociaux n'est l'objet que de discussions symboliques. Le caractère sacro-saint de la protection sociale éloigne régulièrement le problème de la contrainte budgétaire. Les récentes "affaires" autour du médicament jettent un discrédit temporaire vite oublié par l'annonce d'une découverte biomédicale majeure. Devant un tel enthousiasme et un tel consens, la médecine et la santé n'ont effectivement pas à apparaître dans les débats électoraux » conclue-t-il.

Un point de vue iconoclaste et non dénué d’une certaine ironie qui éclaire d’un jour différent la question de l’introduction des questions de santé dans le débat politique.

Aurélie Haroche

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