Les mesures non-médicamenteuses sont recommandées en première
intention pour la prise en charge des symptômes
neuro-psychiatriques des patients atteints de démence. L'approche
pharmacologique reste nécessaire quand les symptômes persistent, ce
qui est souvent le cas. Plusieurs choix sont possibles, dont celui
des anti-dépresseurs, largement prescrits dans ce contexte, comme
en témoigne cette étude réalisée en Norvège qui révèle que 40 % des
résidents en institutions sont sous anti-dépresseurs, les IRS (
inhibiteurs de recapture de la sérotonine) étant choisis une fois
sur deux.
Les conclusions des travaux les plus récents concernant leur
efficacité sont toutefois contradictoires, et leur profil de
risque, considéré jusqu'à présent comme favorable, vient aussi
d'être mis en cause. Une telle fréquence de prescription ne manque
certes pas de susciter quelques intérrogations. Si l'efficacité de
ces molécules sur les manifestations neuro-psychiatriques de la
démence sont incertaines et leur profil d'effets indésirables moins
bon que prévu, ne vaudrait-il pas mieux interrompre les
traitements? C'est la question que s'est posée cette équipe
norvégienne, en arrêtant progressivement sur 1 semaine le
traitement par IRS de 63 patients déments (mais non dépressifs) en
le remplaçant par un placebo. Un groupe témoin était constitué par
68 autres patients dont le traitement était poursuivi. L'hypothèse
de départ était que l'arrêt des traitements ne modifierait pas
l'état des patients.
Les résultats ne sont pas conformes à cette hypothèse de départ,
puisque le groupe ayant été sevré de son traitement présente une
aggravation des manifestations dépressives, mesurées par le score
de Cornell, évaluant la dépression dans la démence, supérieure en
moyenne à celle qui est constatée dans le groupe témoin et ils sont
plus nombreux à passer d'un score de Cornell faible à un score
élevé. Toutefois, 86 % des patients du groupe sevré ont
parfaitement toléré l'interruption du traitement, restant dans la
même zone de score de Cornell (de 0 à 13 et supérieur à 14). Les
auteurs estiment donc qu'il peut être indiqué d'interrompre le
traitement anti-dépresseur chez certains patients déments, mais
ceux-ci doivent être alors particulièrement surveillés pour
dépister toute aggravation des manifestations dépressives.
Dr Roseline Péluchon
Bergh S. et coll.: Discontinuation of antidepressants in people with dementia and neuropsychiatric symptoms (DESEP study): double blind, randomised, parallel group, placebo controlled trial
BMJ 2012;344:e1566 doi: 10.1136/bmj.e1566
http://www.bmj.com/highwire/filestream/572579/field_highwire_article_pdf/0.pdf
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Tout cela est bien confus
Le 17 avril 2012
Il apparaît tout de même à la lecture de cet article, très intéressant par ailleurs, que l'on considérerait la prescription d'antidépresseurs comme étant un traitement de la maladie mentale dans son acception générale. On peut conclure de cela qu'il n'existe pas de traitement par la chimie de la maladie mentale, hormis lorsque celle-ci est une forte dépression. Deux réflexions s'imposent. La première consiste à s'interroger sur le bien-fondé de considérer la dépression, y compris intense, comme étant une maladie mentale en tant que telle. Elle est un état psychique douloureux mais un état psychique inconfortable ne fait pas de vous un malade mental. La deuxième réflexion est que, si la dépression peut accompagner un dysfonctionnement mental, traiter la dépression ne suffit pas à soigner la maladie mentale. Tout cela amène à la conclusion que l'on ne sait pas traiter les maladies mentales et que parler de "traitement" en termes de psychiatrie, dans le domaine médical, comme dans celui de la justice ou des faits de société, revient à évoquer quelque chose qui n'existe pas.
Maryvonne Legoux
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