Paris, le lundi 21 mai 2012 – Avant d’être nommée ministre
délégué chargé entre autres de l’économie numérique, Fleur
Pellerin, avait fait ses preuves auprès du candidat François
Hollande en tant que conseillère remarquée dans ce domaine. C’est à
ce titre qu’elle signa en avril dernier avec Alain Rousset,
président du conseil régional d’Aquitaine, conseiller de François
Hollande pour l’industrie et Jean-Marie Le Guen, député PS et
spécialiste des questions de santé pendant la campagne, une tribune
intitulée « Cinq ans d’enlisement numérique : une menace pour
la qualité des soins ». Les trois auteurs énuméraient sous
cette sévère critique les manques de la France concernant le
développement des nouvelles technologies appliquées à la santé. Ils
épinglaient ainsi le retard pris quant au déploiement du dossier
médical personnel (DMP), de la télémédecine ou encore de
l’automatisation et l’informatisation de la délivrance des
médicaments au sein des hôpitaux. Quelques exemples cinglants
étaient en outre donnés : en matière d’archivage numérique d’images
médicales (PACS), la France se retrouve à l’avant dernière place
des pays européens, avec un taux d’équipement de 25 %, contre 61 %
pour la moyenne européenne. Ils notaient également que les freins
sont tels en France que nombre d’entreprises prometteuses se sont
exilées aux Etats-Unis, à tel point que l’American Telemedecine
Association a « créé « un dîner des Français » qui regroupe » ces
innombrables sociétés françaises.
Les opérateurs publics accusés de tous les maux…
Ce bilan pour le moins accablant avait servi de base à
l’association LESSIS (Les entreprises des systèmes d’information
sanitaires et sociaux) pour adresser aux deux candidats à
l’élection présidentielle encore en lice à l’issue du premier tour
de l’élection présidentielle une lettre évoquant le désarroi du
secteur. Cette missive appelait notamment à un engagement bien plus
important dans ce domaine : les systèmes d’information hospitaliers
(SIH) représentent en effet aujourd’hui 1,5 % du budget total des
établissements, « un effort moitié moindre que la moyenne de
nos partenaires européens » notait l’association. Mais à la
différence de Fleur Pellerin, Alain Rousset et Jean-Marie Le Guen,
LESSIS ne se contentait pas d’établir un bilan ou de lancer une
critique très globale. Elle évoquait ce qui à son sens constitue
une entrave majeure au développement des technologies numériques
dans le monde de la santé : « la présence d’opérateurs publics
d’informatique hospitalière ». Cette spécificité européenne
contribuerait selon LESSIS à créer une distorsion de la concurrence
et un détournement de rentrées fiscales. En tout état de cause,
LESSIS impute à cette organisation de l’offre les retards constatés
en France.
Même pas vrai !
Ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande n’ont répondu aux
critiques et suggestions de LESSIS. Cependant, Fleur Pellerin,
devenue ministre délégué à l’économie numérique (et aux PME)
pourrait, elle, s’emparer du dossier et constater que la guerre
entre opérateurs publics et privés est belle et bien déclarée. En
effet, si LESSIS n’a pas reçu l’attention qu’il espérait des deux
candidats, il a soulevé la colère des représentants des opérateurs
publics d’informatique hospitalière. Ainsi, LESSIS vient de
recevoir la réponse de l’Association des structures d’informatiques
hospitalières publiques autonomes (ASINHPA) ainsi que celle d’un
des opérateurs d’informatique hospitalière, le SIL. Tant l’ASINHPA
que le SIL ont tenu à rappeler que le marché ne paraissait
nullement marqué par une « distorsion de la concurrence »
en faveur des opérateurs publics, puisqu’il « représenterait en
2010 un chiffre d’affaires de 850 millions d’euros dont 750
millions pour les opérateurs privés et 100 millions pour les
opérateurs publics » écrit l’ASINHPA. Cette dernière dément
par ailleurs que « les opérateurs publics se livrent entre eux
une concurrence féroce » en s'appuyant sur ... sa propre
existence ! Enfin, en matière de fiscalité, elle assure que les
opérateurs publics « sont soumis » à des taxes « ni plus ni
moins avantageuses (…) que les opérateurs privés ».
Aurélie Haroche
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