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Présence d’un réanimateur pendant la nuit, moins de mortalité en USI ?

Publié le 31/05/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le nombre de médecins réanimateurs en unité de soins intensifs (USI) durant la journée a été clairement associé  à une amélioration du pronostic des patients. L’intérêt d’une présence médicale nocturne reste cependant débattu.

Une enquête rétrospective, menée sur la cohorte (1) des USI ayant participé à l’élaboration du score APACHE (Acute Physiology and Chronic Health Evaluation) entre 2009 et 2010 a examiné les liens entre la survie des malades et la présence sur place d’un réanimateur la nuit. Une seconde analyse, destinée à confirmer les tendances observées a été réalisée sur un autre groupe de patients, hospitalisés dans les USI des hôpitaux de Pennsylvanie.

Les auteurs ont analysé dans un premier temps les paramètres de 25 hôpitaux avec 49 USI  dont 12 fonctionnant avec la présence d’un « intensiviste » de nuit, et 37 sans. Dans ces services, la permanence médicale était assurée soit par un interne de réanimation, par un médecin non réanimateur ou par des infirmières spécialisées.

Au total, 65 752 malades ont été inclus. On ne note pas de différence significative entre les différentes USI concernant les données démographiques générales, les catégories diagnostiques ou les scores de gravité des patients admis. La présence d’un réanimateur la nuit est associée à une baisse de la mortalité hospitalière uniquement dans le groupe des USI à  «faible intensité» où la consultation du réanimateur est optionnelle : l’odds ratio (OR) pour la mortalité est dans ce cas de 0,62 (p=0,004). Dans les USI ayant une activité plus soutenue (prise en charge systématique par un réanimateur de tous les malades admis en journée), il n’est pas observé d’amélioration de survie : l’OR est de 1,08 soit un p=0,78.

Dans la cohorte des unités de réanimation de Pennsylvanie servant à la vérification, les tendances vont dans le même sens, sans atteindre toutefois un niveau significatif statistique.

Le terme « réanimation » recouvre des réalités très hétérogènes à travers le monde et la conception américaine des soins intensifs diffère sensiblement des pratiques européennes. Une transposition littérale de ces résultats est donc difficile.  On peut considérer que le sous-groupe d’USI de « forte intensité » (avec prise en charge systématique par un réanimateur) est plus proche de services de réanimation tels que nous les connaissons. Doit-on pour autant remettre en cause la présence nocturne d’un réanimateur dès lors que l’on ne constate pas de bénéfice de survie ? V. Campbell dans son éditorial (2) met en garde contre toute conclusion hâtive : différents aspects de la qualité des soins n’ont pas pu être explorés dans cette étude rétrospective comme la durée de séjour, de ventilation assistée, le pronostic fonctionnel ou le taux de complication iatrogénique, tous ces paramètres impactant au final le coût des soins. Les recommandations sur le nombre et la qualification des médecins exerçant en USI, de même que  leurs modalités de fonctionnement devront attendre les résultats d’autres études. A moins que les pressions financières ou la démographie médicale ne nous contraignent à des choix plus rapides . . .



Dr Béatrice Jourdain


1 Wallace D. et coll. : Nighttime Intensivist Staffing and Mortality among Critically Ill Patients. N Engl J Med., 2012, publication avancée en ligne le 21 mai. (10.1056/NEJMsa1201918).
2 Campbell V.: Intensive Enough? N Engl J Med., 2012, publication avancée en ligne le 21 mai. (10.1056/nejme1203772).


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