Chez les patients ayant présenté un épisode de maladie
thromboembolique veineuse (MTEV) spontané, qu’il s’agisse d’une
thrombose veineuse profonde (TVP) ou d’une embolie pulmonaire (EP),
le risque de récidive est élevé ce qui justifie un traitement
anticoagulant au long cours par anti-vitamines K (AVK). Dans ces
MTEV non provoquées (c'est-à-dire sans facteur favorisant connu) la
décision éventuelle d’arrêt des AVK est difficile à prendre et se
base sur une évaluation individuelle des risques de récidive et
d’hémorragie.
Un substitut aux AVK après un traitement prolongé par ces
anticoagulants serait donc le bienvenu. A côté des nouveaux
anticoagulants comme le dabigatran ou le rivaroxaban qui ont été
testés avec succès contre placebo dans cette indication, la
possibilité de relayer les AVK par de l’aspirine à faibles doses
est une autre alternative séduisante (en raison de sa bonne
tolérance et de son coût modique) qui jusqu’ici n’avait pas été
testée sur une large échelle.
Une équipe multicentrique italienne vient de combler cette
lacune avec l’étude WARFASA. Il s’agit d’un essai randomisé en
double aveugle dans lequel ont été inclus 403 malades ayant
présenté une MVTE spontanée traitée pendant 6 à 18 mois par AVK.
Cecilia Becattini et coll. ont randomisé ces patients dans les 2
semaines suivant l’arrêt des AVK en un groupe assigné à la prise de
100 mg d’aspirine par jour pendant 2 ans et un groupe placebo. Le
critère principal d’efficacité était la récidive de la MVTE et le
critère principal de sécurité, la survenue d’un épisode
hémorragique majeur.
Une diminution du risque de récidive de 42 %
Une récidive a été diagnostiquée chez 28 patients du groupe
aspirine et 43 du groupe placebo soit un taux annuel de récidive de
6,6 % contre 11,2 % sous placebo (réduction du risque de 42 % avec
un intervalle de confiance à 95 % entre 7 et 64 % ; p=0,02). Un
épisode hémorragique majeur est survenu dans chaque groupe.
L’aspirine à faibles doses semble donc relativement efficace et
bien tolérée en relais des AVK.
Pour préciser la place de l’aspirine dans la prévention
secondaire de la MTVE après un traitement par AVK, il faut mettre
ces résultats en perspective avec les autres alternatives possibles
:
- la poursuite des AVK à posologie classique (INR entre 2
et 3) sur une durée prolongée avec réduction du risque de récidive
de 60 à 90 % par rapport au placebo mais un risque d’hémorragie
majeure élevé (2 % environ par an);
- les AVK à faibles doses qui ont réduit le risque de récidive
de 64 % dans un essai avec une fréquence d’hémorragies majeures
autour de 1 % par an ;
- les nouveaux anticoagulants qui dans des indications proches
et comparés au placebo sont supérieurs en termes d’efficacité
à ce que l’on a obtenu avec l’aspirine dans WARFASA mais semblent
inférieurs à l’aspirine en termes de sécurité.
Il n’existe pas aujourd’hui d’essais cliniques comparant ces
diverses possibilités thérapeutiques entre elles et le choix
reposera donc, outre sur les recommandations des sociétés savantes
(publiées ou à venir), sur l’évaluation individuelle des risques
thrombotiques et hémorragiques.
Lorsque les résultats de l’étude ASPIRE, conduite actuellement
en Australie et en Nouvelle Zélande avec l’aspirine à faibles doses
sur 822 patients seront connus et agrégés à ceux de WARFASA nous en
saurons cependant probablement plus sur cette question récurrente
en pratique clinique.
Dr Anastasia Roublev
Becattini C et coll. : Aspirin for preventing the recurrence of venous thromboembolism. N Engl J Med 2012; 366: 1959-67.
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Vos réactions |
Précision sur le "NNT"
Le 04 juin 2012
Article très intéressant du NEJM.
Pour encore mieux appréhender la force de traitement, il me paraît utile de faire mention du "NNT" ou nombre de patients à traiter pour éviter une récidive : ici 14. On l'obtient en faisant le rapport suivant 1/ARR où ARR est la réduction de risque absolu).
Xavier Balguerie,dermatologue
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