Paris, le jeudi 7 juin 2012 – Longtemps la France a su résister
à l’invasion des boissons énergisantes et notamment de celles
contenant de la taurine (dont la célèbre Red Bull). Mais depuis
quelques années, les recours juridiques des fabricants de ces
produits qui promettent à leurs utilisateurs une énergie décuplée,
une résistance à l’alcool plus importante voire un soutien pour
maigrir ont fini par pouvoir s’implanter dans notre pays, à
l’instar de tous les autres états européens. On se souvient ainsi
comment en 2008, le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot ne
parvint pas à imposer sa position et dû accepter, la mort dans
l’âme, l’autorisation de la commercialisation du Red Bull. Cette
défaite ne l’empêcha pas de demander à l’Institut national de
veille sanitaire (InVS) de mettre en place un dispositif de
surveillance spécifique des effets indésirables potentiels des
boissons énergisantes (terme qui regroupe divers breuvages composés
de taurine mais aussi de guarana, de ginseng ou encore de
vitamines). Cette mission a été reprise en 2009 par l’Agence
nationale de sécurité sanitaire (ANSES).
Troubles cardiologiques, neurologiques et psychiatriques
Hier, cette dernière a présenté le bilan de ces premières années
de surveillance, faisant état d’un nombre de cas certes restreint
mais au profil fortement inquiétant. L’InVS a ainsi recensé
vingt-quatre cas d’effets indésirables potentiellement liés aux
boissons énergisantes auxquels il faut ajouter six nouveaux cas
signalés à l’ANSES. Parmi les 24 cas analysés par l’InVS, un «
lien de causalité possible ou probable a pu être établi »
pour 13 d’entre eux. Les effets indésirables recensés sont d’ordre
« cardiologique (tachycardie) et/ou neurologique (crises
d’épilepsie, paresthésies, tremblements, vertiges) et/ou
psychiatrique (angoisses, agitation, confusion) ». Outre ces
différents symptômes, l’ANSES évoque la survenue de « trois cas
d’accidents vasculaires cérébraux et deux cas d’arrêt cardiaque
(dont un mortel) (…) pour lesquels le lien avec la consommation de
boisson énergisante n’a pu être clairement établi ».
Concernant les six cas relevés par l’ANSES, elle note tout d’abord
qu’il s’agit de personnes de moins de 50 ans (et même de moins de
30 ans pour quatre d’entre elles). Les manifestations rapportées
sont également d’ordre cardiologique, neurologique et
psychiatrique. Un cas d’atteinte rénale est enfin également cité.
Au total, il existe au moins trois cas de décès suspects rapportés
depuis 2008. Si des investigations supplémentaires sont encore
nécessaires pour élucider l’origine de l’ensemble des événements
rapportés, ce bilan ne s’en révèle pas moins inquiétant et conduit
aujourd’hui l’ANSES à appeler les professionnels de santé à
redoubler de vigilance.
Alcool et boissons énergisantes : le cocktail de tous les
dangers
Outre le recensement de ces cas, l’ANSES attire également
l’attention sur la fréquente association entre boissons
"énergisantes" et consommation d’alcool. Ainsi sur les six cas
d’évènements indésirables rapportés à l’ANSES, cinq avaient
également bu de l’alcool. Par ailleurs, l’Agence indique que des
travaux actuellement menés en son sein et qui doivent être publiés
cet automne « montrent à la fois que la consommation de ces
produits en lien avec une activité sportive est en augmentation et
que 27 % des consommateurs de moins de 35 ans associent, au moins
de temps en temps, ces produits à l’alcool ». Cette donnée
était déjà apparue clairement dans une étude menée par des
chercheurs du Treatment Research Institute de Philadelphie et de la
Johns Hopkins University publiée l’année dernière dans la revue
Alcohol Clininical Experimentat Research. Chez 975 étudiants, ces
chercheurs avaient pu déterminer que la consommation occasionnelle
de boissons énergisantes concernait 61,4 % d’entre eux, tandis que
10,1 % avouaient une utilisation hebdomadaire voire quotidienne.
Chez ces derniers, une consommation plus fréquente d’alcool et en
quantités plus importantes avait pu être mise en évidence par
rapport à ceux en absorbant plus rarement. L'association à une
dépendance à l’alcool était ainsi multipliée par 1,86 par rapport
aux faibles consommateurs de boissons énergisantes et par 2,40 par
rapport à ceux n’en ayant jamais bu.
Des études chez l’animal déjà inquiétantes
Au-delà de cette association susceptible d’accroître les méfaits
propres des boissons énergisantes (sans évoquer la question de
l’installation facilitée d’une dépendance à l’alcool), une équipe
de pédiatres de Miami avait lancé l’année dernière une nouvelle
mise en garde contre ce type de breuvages en raison de leur
possible toxicité pour les enfants et adolescents. Dans le cas de
la taurine, de nombreuses études menées chez l’animal ont de fait
suggéré l’existence d’un profil toxicologique peu rassurant. Pour
s’opposer pendant de nombreuses années à sa commercialisation en
France, l’ANSES (qui était à l’époque l’Agence française de
sécurité alimentaire) avait ainsi évoqué les effets
neuro-comportementaux potentiels de la taurine. Elle redoutait par
ailleurs la toxicité rénale de la D-glucuronoclactone.
Aurélie Haroche
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