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TVA sur les actes de chirurgie et de médecine esthétique : la fin de la belle époque

Publié le 08/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le vendredi 8 juin 2012 – On n’est jamais aussi bien trahi que par les siens. Les chirurgiens esthétiques éprouvent actuellement cette maxime détournée à plus d’un titre. Ainsi, il y a trois ans, une de leurs consoeurs, installée dans le Vaucluse, conseillée par un expert comptable qui apparemment ne connaissait pas les spécificités fiscales de l’exercice de la médecine, décide de s’acquitter de la TVA. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu’elle constata qu’elle était la seule de sa profession à suivre une telle règle. Aussi, décida-t-elle de s’en informer auprès de l’administration fiscale. L’interpellation incita le fisc à se pencher plus précisément sur le dossier.

L’analyse a duré trois ans et a finalement abouti le 10 avril dernier à une note de Bercy se référant à un arrêt de la Cour européenne de justice datant de 2003. Cette dernière avait à l’époque jugé que « seules les prestations à finalité thérapeutique entendues comme celles menées dans le but de prévenir, de diagnostiquer, de soigner et dans la mesure du possible de guérir des maladies ou anomalies de santé sont susceptibles de bénéficier de l’exonération de TVA ». Forte de ce jugement, la Direction générale des finances publiques (DGFIP) a prescrit un nouveau régime aux chirurgiens esthétiques : ils devront désormais s’acquitter d’une TVA à 19,6 % pour tous les actes ne donnant pas lieu à un remboursement partiel ou total par l’Assurance maladie.

40 000 euros de TVA à payer chaque année en moyenne

Cependant, période électorale oblige, cette petite révolution que fomentait la DGFIP (sous un gouvernement de droite et donc réputé plus sensible aux attentes des chirurgiens…) n’a pas fait l’objet d'une communication trop empressée. C’était sans compter avec la curiosité du Parisien qui hier a révélé la teneur de la note de Bercy attisant la colère de la Fédération syndicale des médecins esthétiques et anti-âge (FSMEA). Déjà alerté du projet, le président de l’organisation, le docteur François Turnel, envisage aujourd’hui de déposer un recours devant le Conseil d’Etat pour abus de pouvoir. Le spécialiste souligne en effet que cette nouvelle règle imposera aux praticiens de verser en moyenne 40 000 euros de TVA à l’Etat (les revenus bruts annuels d’un médecin esthétique en France s’élèvent en effet en moyenne à 200 000 euros). « Quel Français accepterait ça ? » s’exclame-t-il dans les colonnes du quotidien.

Arbitrage difficile pour Jérôme Cahuzac

Si le recours devant le Conseil d’Etat devait être rejeté, les chirurgiens esthétiques espèrent qu’ils parviendront cependant à échapper à la taxe en intercédant auprès du ministre du Budget lui-même, Jérôme Cahuzac, dont le premier métier est chirurgien esthétique et qui est l’époux d’une dermatologue. Cependant, face à cette situation extrêmement délicate, comme le relève non sans une certaine ironie le Parisien, Jérôme Cahuzac pourrait refuser de soutenir ses anciens confrères. La manne pour l’Etat qui pourrait s’élever à 23 millions d’euros par an est en effet trop appréciable en cette période de disette pour être rejetée, tandis qu’en concédant une suppression de TVA aux chirurgiens esthétiques, le gouvernement socialiste risque de donner le sentiment de favoriser certaines catégories socio professionnelles plutôt aisées. Il ne restera alors aux chirurgiens esthétiques qu’une seule voie pour limiter le coût représenté par cette TVA : augmenter quelque peu le prix des actes au risque de perdre une partie de leur clientèle.

 

Illustration: le Dr Jérome Cahuzac, Ministre du Budget



A.H



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