Paris, le jeudi 14 juin 2012 – Pas d’équivoque : le cancer est
une maladie qui fait peur. Elle est même celle qui est considérée
la plus grave par une majorité de Français (71 %), loin devant le
Sida (49 %) et les maladies cardiovasculaires (30 %), nous révèle
la deuxième édition du Baromètre Cancer réalisée par l’Institut
national de prévention et d’éducation à la Santé (INPES) et
l’Institut national du cancer (INCA) auprès de 4 000 personnes en
2010. Et la grande confiance des Français dans les traitements
actuels (90 % pensent aujourd’hui que l’on peut guérir de nombreux
types de cancers) ne change rien à l’affaire : la proportion de
personnes considérant les cancers comme les pathologies les plus
redoutables ne cessent de s’accroître (71 % contre 64 % en
2005).
Devenir aigri : un risque pour la moitié des Français !
Inquiets, les Français ne sont pour autant pas fatalistes : ils
sont 75 % à ne pas être d’accord avec l’assertion selon laquelle on
« ne peut rien faire pour éviter le cancer ». Ils
identifient d’ailleurs assez facilement les principaux
comportements à risque susceptibles de favoriser l’apparition d’un
cancer. Ils sont ainsi 98 % à citer le tabagisme et 97 %
l’exposition au soleil sans protection. Mais à côté de ces vérités
bien enregistrées, d’autres « rumeurs » semblent s’être
imposées dans l’esprit des Français comme des certitudes bien
établies. Ils sont ainsi 69 % à être convaincus que le fait de
vivre auprès d’une antenne relais augmente le risque d’être victime
d’un cancer, contre 49 % il y a cinq ans ! On trouve en outre 75,7
% de Français persuadés que le fait de subir le stress de la vie
moderne est une situation à risque (contre 68,2 % il y a cinq ans)
et 51,2 % qui sont pareillement convaincus que le fait d’être «
devenu aigri à cause de déceptions affectives ou
professionnelles » est « cancérigène » !
Les fumeurs se rassurent comme ils peuvent
Si on le voit, la perception des risques est encore sujette à de
très nombreuses idées reçues et fortement influencée par les
polémiques les plus bruyantes, le baromètre cancer révèle en outre
que les risques les mieux identifiés sont également souvent
relativisés. D’abord, sans grande surprise, l’enquête met en
évidence la tendance (plutôt humaine) des fumeurs à minimiser les
dangers auxquels ils s’exposent. Ainsi sept non fumeurs sur dix
sont d’accord pour affirmer que certains peuvent fumer toute leur
vie sans être touchés par un cancer du poumon tandis qu'ils sont
huit sur dix à faire leur cette assertion chez les fumeurs !
A quoi bon arrêter de fumer, puisque la pollution est pire
!
Mais au-delà même de cette différence entre fumeurs et non
fumeurs, beaucoup sont convaincus (70 % de l’ensemble des personnes
interrogées) que les dégâts du tabac peuvent être compensés par la
pratique d’une activité physique ! « Or si la pratique
régulière d’une activité physique est en effet un facteur de
protection du cancer du sein et du cancer colorectal, les résultats
sur le cancer du poumon ne sont pas avérés » rappelle l’INPES.
De même, demeure ancrée chez beaucoup l’idée que le tabac n’est pas
le pire des maux. « Respirer l’air des villes est aussi mauvais
pour la santé que de fumer des cigarettes » assure ainsi 65 %
des Français (et jusqu’à 69 % des fumeurs invétérés).
D’accord, mais pas le vin !
Sur les méfaits de l’alcool, même relativisme. Ainsi, une
personne interrogée sur deux estime que seuls les alcools forts
sont dangereux pour la santé. Toujours, par ailleurs, les risques
environnementaux sont surestimés par rapport à la menace
représentée par l’alcool : ainsi 57,6 % des Français font leur
l’assertion selon laquelle « la pollution provoque aujourd’hui plus
de cancers que l’alcool ». Enfin, la proportion de personnes qui
sont convaincues que le fait de boire de l’alcool est mauvais pour
la santé uniquement en cas d’ivresse atteint encore aujourd’hui
22,5 %. Sur l’ensemble de ces points, de grandes différences
sociales apparaissent. Ainsi « un enquêté qui a un niveau de
diplôme inférieur au baccalauréat, qui se trouve au chômage et qui
appartient à un ménage moins aisé a environ cinq fois plus de
chances de penser que l’alcool, excepté en cas d’ivresse, n’est pas
mauvais pour la santé ».
Des disparités sociales qui n’ont pas évolué ces cinq dernières
années.
Illustration : protestation anti-pollution à Mexico, ville
la plus polluée au monde
Aurélie Haroche
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