L’aspartame ne présenterait pas de danger pour les femmes enceintes

Paris, le mardi 19 juin 2012 – Parmi les substances ayant fait l’objet d’une suspicion grandissante l’année dernière, l’aspartame figure en bonne place. A la faveur notamment de deux études semblant pour la première démontrer une influence de l’aspartame sur le risque de cancer du foie et pour la seconde un impact de l’aspartame sur le risque d’accouchement prématuré, la polémique a en effet resurgit. Si le manque de pertinence de ces différents travaux a été rapidement démontré par plusieurs agences sanitaires, européennes et françaises, les critiques à l’égard de l’édulcorant ne se sont pour autant pas tues. Tant et si bien que l’Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a eu deux types de réactions. D’une part elle pressé l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) d’anticiper « l’échéance de la réévaluation de la Dose journalière admissible (DJA) d’aspartame initialement prévue pour 2020 ». D'autre part elle a mis en place un groupe de travail « chargé d’évaluer les bénéfices et les risques nutritionnels de l’ensemble des édulcorants intenses ».

Rien à craindre selon la FDA

Premier champ d’étude de ce groupe de travail : les bénéfiques et risques de la consommation d’édulcorants intenses par la femme enceinte. Sur ce sujet, l’ANSES a rendu public hier une note d’étape plutôt rassurante. En guise d’introduction, l’agence rappelle tout d’abord qu’il n’existe en France pas de recommandations officielles concernant la consommation d’édulcorants pendant la grossesse. A l’étranger, quelques avis ont été émis, plutôt en faveur de ces produits de substitution. Ainsi, la Food and Drug Administration (FDA) a confirmé l’innocuité de quatre édulcorants intenses, dont l’aspartame, chez la femme enceinte, tandis que le « Nutrition Subcommittee » du « British Diabetic Association’s Professionnal Advisory Committee » a considéré qu’une « consommation de produits allégés en sucre avec modération » pouvait être autorisée aux femmes souffrant de diabète gestationnel.

Des substances plébiscitées par les futures mamans mais sans excès

L’ANSES s’est ensuite intéressée à la fréquence de consommation d’édulcorants intenses chez les futures mères. Elle apparaît élevée puisque 71,8 % des femmes interrogées par l’INSERM dans le cadre d’une étude de cohorte menée depuis 2003 sur « les déterminants pré et post-nataux précoces du développement psychomoteur et de la santé de l’enfant » (EDEN), admettent en avoir utilisé pendant leur grossesse. Cependant, « les apports observés, y compris pour les plus fortes consommatrices, ne dépassent pas la DJA actuellement établie ». Il n’existe par ailleurs pas de différences marquées quant aux apports nutritionnels des femmes enceintes en fonction de leur niveau de consommation d’édulcorants.

Risques d’accouchements prématurés : les nombreux biais d’une étude vedette

Ces différents éléments établis, le groupe de travail a passé au crible treize articles « portant potentiellement sur la question des risques d’une consommation d’édulcorants intenses pendant la grossesse ». Il s’est notamment arrêté sur l’étude prospective menée par Halldorsson et coll. publiée en 2010 et portant sur une cohorte de 59 334 femmes enceintes. Ceux sont ces travaux qui avaient servi de base aux pourfendeurs de l’aspartame pour relancer leurs appels à la limitation de cet édulcorant. Cependant, comme l’année dernière, l’ANSES relève les différentes insuffisances de l’étude. Elle remarque notamment que dans ces travaux « la consommation de boissons édulcorées gazeuses n’est significativement associée qu’aux accouchements prématurés induits et non pas aux accouchements prématurés spontanés ». Elle souligne encore l’existence de « limites méthodologiques (utilisation d’un auto questionnaire non validé (…), données sociodémographgiques autorapportées, non exhaustivité des facteurs confondants potentiels) et le manque de données nécessaires à l’interprétation des résultats (raisons d’induction [de l'accouchement] et antécédents obstétricaux et médicaux) ». Bref, il est impossible en se basant sur ces seuls travaux de conclure à un risque d’accouchement prématuré lié à l’aspartame.

Des études rares et plutôt en faveur de l’innocuité des édulcorants

Concernant le risque de fausse couche, l’ANSES n’a recensé qu’une seule étude sur le sujet, écartant qui plus est l’existence d’un risque associé à la consommation de saccharine. Sur la tératogénicité, les travaux sont également très rares : deux cas de malformations majeures ont été rapportés en 1969, sans que l’imputabilité des édulcorants n’ait pu être démontrée. Par ailleurs, aucune autre observation similaire n’a depuis été publiée. Enfin, une étude portant sur le diabète gestationnel n’a pas pu démontrer l’existence d’une « association statistique entre la consommation de boissons contenant des édulcorants intenses avant la grossesse et le développement d’un diabète gestationnel ». Ainsi, le passage en revue de la littérature ne permet nullement de « conclure à un effet préjudiciable des édulcorants intenses pendant la grossesse, que ce soit sur la santé de la mère, les paramètres obstétricaux ou la santé du nouveau né », conclue l’ANSES. Cette dernière cependant estime que des recherches complémentaires sont nécessaires et relève que s’il ne semble exister aucun risque associé à la consommation d’aspartame, les bénéfices sont eux aussi nuls. Qu’il s’agisse de la limitation du risque de diabète gestationnel, de la prise de poids ou encore du risque de carie, les études disponibles à ce jour ne permettent pas de trancher en faveur du recours aux édulcorants chez les femmes enceintes.

Des médecins convaincus de la nécessité de limiter l’aspartame pendant la grossesse

Cette analyse suffira-t-elle à convaincre ceux qui continuent à décrier les édulcorants et plus particulièrement l’aspartame ? Sans doute pas. Le compte rendu de l’audition du Réseau environnement santé (RES) par l’ANSES témoigne d’une conviction déjà bien établie et difficile à ébranler. « Le RES considère que l’ANSES dispose aujourd’hui de données scientifiques suffisantes pour recommander de reconsidérer l’aspartame et dans l’immédiat diffuser des consignes de prudence en direction des femmes enceintes », a constaté l’ANSES qui s’est par ailleurs vue reprocher sa lenteur par le RES.

S’il ne semble pas, au vu de la teneur de la note d’étape de l’ANSES, que les arguments de l’association aient pour autant réussi à marquer les experts de l’agence, ils ont déjà su influencer les médecins. Un sondage réalisé sur notre site au début de l’année a en effet révélé que 66 % d’entre eux  recommandent aux femmes enceintes d’éviter l’aspartame.

Aurélie Haroche

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